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Des Maîtres dignes du Festival d’Opéra de Munich

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Munich. Nationaltheater, 31-VII-2006. Richard Wagner (1813-1883) : Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Thomas Langhoff ; décors et costumes : Gottfried Pilz ; chorégraphie : Marco Santi ; lumière : Manfred Voss ; dramaturgie : Eva Walch. Avec : JanHendrik Rootering, Hans Sachs ; Matti Salminen, Veit Pogner ; Kenneth Roberson, Kunz Vogelgesang ; Christian Rieger, Konrad Nachtigall ; Eike Wilm Schulte, Sixtus Beckmesser ; Jan Buchwald, Fritz Kothner ; Ulrich Ress, Balthasar Zorn ; Francesco Petrozzi, Augustin Moser ; Rüdiger Trebes, Hermann Ortel ; Alfred Kuhn, Hans Schwartz ; Gerhard Auer, Hans Folz ; Klaus Florian Vogt, Walther von Stolzing ; Kevin Conners, David ; Camilla Nylund, Eva ; Heike Grötzinger, Magdalena ; Steven Hulmes, Nachtwächter. Chœur et Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Peter Schneider.

Traditionnelle œuvre de clôture du Festival d’Opéra de Munich, jouée tous les 31 juillet, Die Meistersinger von Nürnberg était depuis des années la chasse gardée munichoise de Zubin Mehta (qui a fait ses adieux de Directeur Musical au Staatsoper l’an passé en dirigeant la représentation du Festival 2006) et de . C’est donc naturellement ce dernier que nous retrouvons ce soir à la baguette, dans la production gentiment modernisée de , qui a succédé en 2004 à la production plus traditionnelle d’, qui datait de 1979.

Avouons notre inquiétude, après un Fidelio à l’orchestre bien peu satisfaisant la veille, de subir un même traitement pendant plus de 4 heures avec Meistersinger, mais dès l’ouverture de l’acte I, nous sommes vite rassurés sur la prestation orchestrale. Quel contraste entre le démarrage approximatif, sans force et plein de couacs de l’ouverture de Fidelio et l’intensité immédiatement prenante, la profondeur, l’étendue et l’unité du tapis orchestral qui a tant manqué hier soir, comme la fermeté de la direction ! Et pendant toute la soirée, l’orchestre s’est montré d’un niveau, enfin digne d’un festival. Bien sûr les instrumentistes sont plus nombreux dans la fosse (peut-être a-t-on gardé les meilleurs d’entre eux pour le spectacle de clôture ?) mais nous mettrons au crédit (ou au passif, hier) du chef, l’essentiel de la différence qualitative entendue ces deux soirs.

La scénographie modernisée n’a bousculé ni le texte ni les personnages, se contentant de les placer dans un Nuremberg contemporain où, seule entorse à la lettre, le veilleur de nuit s’est transformé en SDF se déplaçant avec son caddie de supermarché et son litron. Bien sûr, on restera perplexe quant à la crédibilité d’offrir sa fille en mariage en guise de trophée à un concours de chant dans une ville allemande en 2007 ; mais passons sur ces détails, et une fois admis le concept, le reste se déroule sans incohérence avec même quelques belles réussites à côté de passages perfectibles. Côté réussite on comptera un premier acte assez bien huilé, aux décors un peu froids mais très pratiques pour les changements de scènes opérés par des manipulateurs qui se fondent comme par magie au milieu des chœurs, tous vêtus du T-shirt «PŒSIE» du concours de l’année. Classique, mais tout aussi réussi, le jeu de séduction entre Eva et Walter, arbitré par une Magdalena coquine, proche du fantasme masculin de l’hôtesse de l’air «années 60» (perchée sur ses talons hauts, sage chignon règlementaire, avec son tailleur à qui il ne manque que les insignes), qui n’est plus la nourrice d’Eva, les deux femmes semblant du même âge, mais plus vraisemblablement l’amie confidente de la comédie classique.

Nous sommes plus réservés sur les décors, simplissimes, représentants une rue de Nuremberg à l’acte II, symbolisée par des murs uniformément noirs qui font froid dans le dos, aucune magie ne se dégageant de cette nuit. En revanche, la prestation de Beckmesser, habillé en mafieux façon années 30 : costume croisé, chaussures bicolores, œillet pochette et chapeau de rigueur, donnant sa sérénade nocturne à Eva, non plus avec une mandoline mais jouant de la télécommande de son «ghettoblaster» trouve tout l’effet comique escompté. A nouveau, légère entorse au livret, les habitants ne sont manifestement pas «réveillés» par le bruit du chant de Beckmesser et du marteau de Sachs, puisqu’ils apparaissent à leur porte ou fenêtre encore en tenue de soirée, bien qu’ils soient toute fenêtre fermée et toute lumière éteinte…. L’acte III s’est partagé entre la réussite mitigée de la scène chez Sachs (qu’on a connue bien plus vivante, animée, drôle ou touchante), ici presque triste, encore une fois se déroulant dans un environnement froid et aseptisé, et le final festif parfaitement enlevé, aux mouvements de foules impeccables, animé et coloré à souhait, belle apothéose pour la comédie de Wagner.

Nous avions déjà remarqué, hier, que la salle au vaste volume, très haute de plafond, n’était sans doute pas des plus idéales pour la voix ; diagnostic confirmé ce soir, car on perd fréquemment les protagonistes dès qu’ils baissent un peu le ton, rendant les scènes intimistes parfois délicates. Néanmoins nous avons apprécié un plateau de qualité, avec le Beckmesser bon acteur et bien en voix de , un Sachs, peut-être un peu trop statique et philosophe de , mais à la voix nuancée à souhait, peut être un poil fatiguée néanmoins. Le Walter de s’est attiré un gros succès à l’applaudimètre, sans doute du fait de son physique parfait pour le rôle, de sa prestation d’acteur, et de sa vaillance vocale, même si on n’a pas été ébloui par le chant qui lui permet d’emporter le concours et Eva par la même occasion. Quant aux deux protagonistes féminins, à la séduisante silhouette et au convaincant jeu d’actrice, on airait aimé un peu de puissance vocale, et, de la part d’Eva, un jeu plus subtil à l’acte II, où elle frisait parfois l’hystérie (scène avec Sachs). Les grands triomphateurs de la soirée sont finalement les chœurs et l’orchestre, excellents d’un bout à l’autre, vocalement, musicalement et dramatiquement. Un grand bravo pour eux et un grand merci à d’avoir complètement renversé la vapeur après la grosse déception de la veille.

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater, 31-VII-2006. Richard Wagner (1813-1883) : Die Meistersinger von Nürnberg, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Thomas Langhoff ; décors et costumes : Gottfried Pilz ; chorégraphie : Marco Santi ; lumière : Manfred Voss ; dramaturgie : Eva Walch. Avec : JanHendrik Rootering, Hans Sachs ; Matti Salminen, Veit Pogner ; Kenneth Roberson, Kunz Vogelgesang ; Christian Rieger, Konrad Nachtigall ; Eike Wilm Schulte, Sixtus Beckmesser ; Jan Buchwald, Fritz Kothner ; Ulrich Ress, Balthasar Zorn ; Francesco Petrozzi, Augustin Moser ; Rüdiger Trebes, Hermann Ortel ; Alfred Kuhn, Hans Schwartz ; Gerhard Auer, Hans Folz ; Klaus Florian Vogt, Walther von Stolzing ; Kevin Conners, David ; Camilla Nylund, Eva ; Heike Grötzinger, Magdalena ; Steven Hulmes, Nachtwächter. Chœur et Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Peter Schneider.

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