Du très beau théâtre

La Scène, Opéra, Opéras

Mézières (Vaud). Théâtre du Jorat. 9-IX-2007. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Amour des Trois Oranges, opéra en 4 actes et un prologue d’après la pièce de Carlo Gozzi (version en français). Mise en scène : Benno Besson / Ezio Toffolutti. Décors : Ezio Toffolutti. Costume : Patricia Toffolutti. Avec : Sami Luttinen, Le Roi de Trèfles ; Gorby Welch, Le Prince ; Laura Nykänen, La Princesse Clarisse ; Bruno Balmeri, Léandre ; Sergueï Khomov, Trouffaldino ; Heikki Kilpeläinen, Pantalon ; Mikhail Milanov, Tchélio ; Victoria Safronova, Fata Morgana ; Chieko Higashi, Linette ; Peter Niklaus Kante, La Cuisinière ; Thorsten Grümbel, Farfadello, Le Hérault ; Véronique Parize, Nicolette ; Sylvia Hamvasi, Ninette ; Silvia Mauer, Sméraldine ; Martin Koch, le Maître de Cérémonie. Chœurs de la Deutsche Oper am Rhein (chef des chœurs : Gerhard Michalski), Duisburger Philharmoniker, direction : Wen-Pin Chien.

L’Amour des Trois Oranges

et son univers fabuleux semblent avoir toujours inspiré le meilleur théâtre du metteur en scène suisse disparu en 2006. Alors qu’il dirigeait le théâtre de La Comédie à Genève, il montait L’Oiseau Vert qui, pendant plus de quatre ans, alla promener ses masques et ses personnages sur toutes les scènes francophones d’Europe et d’Amérique. Un spectacle coloré et trépidant qui continue d’être sans cesse repris.

use de l’argument de la pièce éponyme de pour son opéra L’Amour des trois oranges. La fascination de pour l’écrivain vénitien devait l’amener tôt ou tard vers l’opéra de Prokofiev. C’est en septembre 2001 qu’il met en scène, avec la même veine que son spectacle de L’Oiseau Vert, l’œuvre du compositeur russe.

C’est la reprise de sa mise en scène vénitienne, mais cette fois dans une adaptation française que Benno Besson monte L’Amour des trois oranges de Prokofiev au Deutsche Oper am Rhein de Düsseldorf. Doublant sa fonction de directeur artistique Deutsche Oper am Rhein de Duisbourg avec celle du Septembre Musical de Vevey-Montreux, n’a eu qu’un pas à faire pour, dans un hommage au metteur en scène décédé, porter l’opéra de Prokofiev dans la programmation du Festival de cette année.

Dans la «Grange sublime», l’ainsi nommé Théâtre du Jorat où Arthur Honegger y créa «Le Roi David» en 1921, les bancs de bois (nouvellement garnis d’heureux coussins mœlleux) étaient presque tous occupés pour assister à ce spectacle. D’entrée de jeu, l’univers de la Commedia dell’Arte envahit le plateau dans cette comédie du pouvoir. La troupe d’excellents acteurs s’en donne à cœur joie pour exacerber le grotesque. Certes, aucune voix ne transcende la scène, mais qu’importe, le théâtre des attitudes gomme les imperfections vocales. Et le public se divertit à ces facéties scéniques qui, sous leurs aspects totalement déjantés, sont d’une clarté théâtrale exemplaire. Chaque personnage est admirablement caractérisé, chaque scène est réduite à l’essentiel du discours. Quel que soit le nombre d’acteurs sur la scène, l’attention du spectateur est constamment attirée sur les acteurs instantanés de l’intrigue.

S’il est difficile de juger d’un chanteur ou d’un autre, il faut souligner tout de même le très bon ténor (Le Prince) et l’excellente basse de (Le Roi de Trèfles) dont on appréciera la parfaite et intelligible diction de la langue française. Si du côté des dames, la qualité certaine de leurs voix aurait mérité plus d’éloges si leur français n’avait été totalement incompréhensible. La palme va sans contredit à l’Orchestre Philharmonique de Duisburg et à la direction de qui illustrent tout l’humour de ce très beau spectacle de théâtre musical.

Crédits photographiques : © Yunus Durukan

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