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Angers, Le Quai. 23-IX-2007. Béla Bartók (1881-1945) : Le Mandarin merveilleux. Chorégraphie : Lucinda Childs ; décors et costumes : Rudy Sabounghi ; Ballet de l’Opéra National du Rhin (maître de ballet : Bertrand d’At) ; Chœur d’Angers-Nantes-Opéra (chef de chœur : Xavier Ribes). Le Château de Barbe-Bleue. Mise en scène : Patrice Caurier & Moshé Leiser ; décors : Christian Fenouillat ; costumes : Agostino Cavalca ; Avec : Jeanne-Michèle Charbonnet, Judith ; Gidon Saks, Barbe-Bleue. Pour les deux spectacles : Christophe Forey, lumières ; Orchestre National des Pays de Loire, direction : Daniel Kawka.

Angers-Nantes-Opéra

Ouvrir une saison avec , il fallait oser. La salle flambante neuve Le Quai s’est pourtant remplie d’un public enthousiaste pour le premier spectacle lyrique dans ce lieu depuis son inauguration en mai dernier.

Venu de Strasbourg, la vision du Mandarin merveilleux de renoue avec l’esprit de pantomime d’origine. L’argument – considéré comme licencieux le jour de la création – est à peine retouché : trois voyous obligent une prostituée à leur livrer ses clients. Après un premier passant, la prostituée s’éprend d’un étudiant qu’elle protège des malfrats. Puis vient le Mandarin, qui semble insensible aux coups, élimine les maquereaux et meurt dans les bras de la prostituée après lui avoir fait l’amour. reste dans l’abstraction, évitant tout pathos expressionniste. La tentation est symbolisée par cinq clones de l’héroïne principale qui viennent autour du Mandarin, seul protagoniste dont l’habit n’évoque pas un habitant du Bronx. Le décor se résume à une simple structure métallique pourvue en projecteurs tournés vers le bas (en position « douche »), ainsi que d’un panneau translucide derrière lequel les clients arrivent. Cette simplicité presque post-moderne, au service d’une chorégraphie qui mêle danse contemporaine, danses de rue et une parodie de valse, entre en brutal contraste avec le déferlement orchestral de Bartók. L’Orchestre National des Pays de Loire est littéralement galvanisé par , maître absolu de cette complexe partition. Un spectacle au fort contenu émotionnel.

et Moshé Leiser comme à leur habitude fouillent au maximum le texte pour en livrer ses dessous psychologiques. Après une éclatante Jenůfa – récompensée par le Grand Prix de la Critique – le duo de choc de la mise en scène lyrique poursuit son exploration du répertoire par l’unique opéra de Bartók. Le château est une chambre d’hôtel. Les sept portes deviennent sept aperçus de la personnalité de Barbe-Bleue. Le seigneur taciturne se transforme en un être névrosé et pervers qui a su séduire Judith par ses allures de grand séducteur. Celle-ci se rend compte peu à peu de son erreur, et finit ligotée et étouffée, comme les trois épouses précédentes de Barbe-Bleue, toutes trois photographiées au moment de leur agonie. et sont d’excellents acteurs de ce huis clos devenu drame psychologique. Dans les deux cas la puissance vocale est époustouflante, le jeu scénique confondant de naturel. Une réserve toutefois pour le baryton-basse, qui a une forte tendance à pousser les sons en force. L’orchestre peine parfois aussi, les cordes ont perdu de leur brillant en cette seconde partie de spectacle. N’oublions pas qu’un tel programme reste éprouvant pour les instrumentistes. mène toutefois ses troupes à bon port, en réussissant la gageure de ne jamais couvrir les chanteurs. Il est en cela aidé par l’excellente acoustique de la salle.

L’accueil du public laisse songeur : une musique considérée comme « difficile » (enfin, bon, après Saint-Saëns tout deviendrait difficile), une chorégraphie ascétique, une mise en scène provocatrice et… un triomphe au baisser du rideau, applaudissements à tout rompre et standing ovation. On comprend mieux les déclarations fracassantes de Gérard Mortier à propos du public de l’Opéra de Paris.

Crédit photographique : © Jef Rabillon / Angers-Nantes-Opéras / Le Quai

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Angers, Le Quai. 23-IX-2007. Béla Bartók (1881-1945) : Le Mandarin merveilleux. Chorégraphie : Lucinda Childs ; décors et costumes : Rudy Sabounghi ; Ballet de l’Opéra National du Rhin (maître de ballet : Bertrand d’At) ; Chœur d’Angers-Nantes-Opéra (chef de chœur : Xavier Ribes). Le Château de Barbe-Bleue. Mise en scène : Patrice Caurier & Moshé Leiser ; décors : Christian Fenouillat ; costumes : Agostino Cavalca ; Avec : Jeanne-Michèle Charbonnet, Judith ; Gidon Saks, Barbe-Bleue. Pour les deux spectacles : Christophe Forey, lumières ; Orchestre National des Pays de Loire, direction : Daniel Kawka.

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