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Bastien, Bastienne à Dijon, Mozart côté jardin

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Dijon. Grand théâtre ; 28-IX-2007. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Bastien et Bastienne, « Singspiel » en un acte sur un livret de Friedrich Wilhelm Weiskern, créé en 1768. Mise en scène : Michel Fau. Décors, costumes et lumières : Patrice Gouron. Avec : Raphaël Bremard, Bastien ; Blandine Arnould, Bastienne ; Jean-Claude Saragosse, Colas. Orchestre du Duo Dijon, direction musicale : Thierry Weber.

C’est sous le signe de Mozart que le duo Dijon a choisi d’ouvrir sa saison lyrique, avec Bastien et Bastienne, Singspiel en un acte. Le petit prodige était alors âgé de douze ans et n’en était pas à son premier coup d’essai concernant la scène lyrique ! Il l’avait déjà abordée avec un intermezzo en italien, Apollo et Hyacinthus, joué à Salzbourg en mai 1767 ainsi qu’un petit opéra bouffe en trois actes La Finta Semplice. Écrit probablement à la demande du docteur Anton Mesmer, le célèbre magnétiseur ami du compositeur, Bastien et Bastienne sera créé à Vienne, dans le petit théâtre voisin de la maison du commanditaire, l’année même de sa composition, en 1768.

Le livret prend sa source dans celui de l’opéra de Rousseau, Le Devin du Village (1752) qui relate l’histoire d’une bergère, Colette, délaissée par son jeune amant Colin. Inquiète, elle se rend auprès d’un devin qui lui conseille de feindre l’indifférence. Colin, lui, ira voir le devin pour comprendre l’attitude de Colette. Tout se termine dans la liesse, avec l’adulation du devin reconnu comme sauveur des cœurs blessés. Il est d’usage, en France, de parodier, c’est-à-dire d’écrire une version plus populaire des œuvres. De ce fait, Les Amours de Bastien et Bastienne de Charles-Simon et Marie Justine Benoîte Favard, ainsi que Harny de Guerville ne tardèrent pas à monter sur les planches en 1753. On y retrouve Colin sous le nom de Bastien, Colette sous celui de Bastienne et le devin, qui reste toujours là, sous les traits de Colas ; le tout dans une campagne plus réaliste que celle de Rousseau. Les mélodies originales sont remplacées par des airs populaires. Le succès est énorme. L’œuvre est alors représentée à l’étranger : en 1756, à Vienne. Huit ans plus tard, un acteur-traducteur, Friedrich Wilhelm Weiskern en traduit le livret en allemand tandis que Müller et Schachtner y ajoutent quelques touches. C’est ce livret que Mozart mettra en musique dans son Singspiel.

Dans son superbe théâtre à l’italienne, le spectacle dijonnais conserve l’aspect bucolique, pastoral de l’œuvre mozartienne à l’aide d’un décor qui fait clairement référence à la nature : couronnes de fleurs, petits moutons en peluche et décors arborés en carton-pâte adorablement kitsch… Cependant, la ravissante Bastienne est dotée d’un riche habit orné de dentelles. Mais , le metteur en scène, ne s’arrête pas à ce premier aspect puisqu’il pense que la profondeur des futurs opéras mozartiens est déjà en germe dans cette œuvre de jeunesse. Peut-être que le théâtre dans le théâtre, artifice baroque par excellence, veut montrer au public que la vie est un théâtre, ou que le théâtre est la vie, et que la magie ne joue aucun rôle dans la réalité… Sans oublier l’humour présent dans le livret qui se retrouve ici avec, par exemple, la formule magique de Colas, très agité et drôle dans ce passage : « Diggi, daggi, shurry, murry, horum, harum, lirum, larum, rowdy, mowdy, giri, gari, posito, besti, basti, saron froh, fatto, matto, quid pro quo. », dans laquelle on peut voir une référence à Mesmer… A la fin, Bastien et Bastienne remercient Colas, tout se termine dans la bonne humeur, et les jeunes tourtereaux peuvent embarquer pour Cythère, l’atmosphère des peintures de Watteau n’étant pas si étrangère aux décors et aux costumes de Patrice Gouron.

D’un point de vue musical, l’orchestre, sous la direction précise et raffinée de Thierry Weber, sonne bien dans l’ensemble. On regrettera cependant des passages pas toujours justes et un manque de dynamisme et de légèreté dans les cordes. Légèreté et espièglerie, ces deux termes pourraient qualifier l’interprétation remarquable du ténor Raphaël Bremard, dans un Bastien très réussi, à la fois drôle et tendre. Son seul défaut, à l’instar de ses compagnons de scène, réside dans la prononciation des accents toniques de la langue allemande. Blandine Arnould enchante grâce à une voix de soprano ronde et bien timbrée. Elle incarne une Bastienne très touchante. On l’attend dans des rôles tragiques dans lesquels elle devrait exceller, à l’instar de sa Pamina dans les dernières productions de La Flûte Enchantée au duo-Dijon. Jean-Claude Saragosse, doté d’une voix de basse très profonde, interprète un Colas à la fois imposant et drôle. Notons également l’introduction de pièces musicales n’appartenant pas à l’opéra, comme la célèbre mélodie Dans un bois solitaire, interprétée par Bastien et accompagnée au piano (présent sur la scène). C’est le seul passage chanté en français, tandis que le reste de l’œuvre est conforme à l’original en allemand. Seules les parties parlées sont déclamées en français.

Au total, un spectacle réjouissant et frais. Un seul regret : que ce soit le premier opéra de la saison lyrique, ce qui empêche les enseignants du primaire d’emmener leurs élèves en sortie scolaire. Ils disposeront de davantage de temps pour Don Giovanni, programmé également cette saison, mais plus tard en avril et pour un public plus avancé …

Lire la chronique de cet été 2007 à Saint Céré

Crédit photographique : DR

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