Concerts, La Scène, Musique symphonique

Perfection orchestrale, marque déposée

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 23-X-2007. Claude Debussy (1862-1918) : Ibéria ; Matthias Pintscher (né en 1971) : 5 Orchesterstücke ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : symphonie n°7 en la majeur, Op. 62. The Cleveland Orchestra, direction : Franz Welser-Möst.

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Le premier passage à Bruxelles du sous la baguette de son directeur musical avait attiré un large public venu probablement par l’appât unique de l’orchestre étasunien connu pour la légendaire qualité de ses pupitres. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en terme de technique orchestrale et de virtuosité des musiciens le mélomane le plus exigeant n’a pas été déçu !

Les tournées sont rarement l’occasion de jouer de la musique contemporaine, il fallait se réjouir de l’audition des 5 Orchesterstücke de dont le titre s’avère un clin d’œil maladroit à l’opus 16 homonyme d’Arnold Schönberg (à force de faire d’éternelles révérences devant les statues de leurs commandeurs, certains jeunes compositeurs allemands nous semblent égarés au milieu de nulle part). Malheureusement, cette partition sans émotion fait tourner la gigantesque machine orchestrale à vide ; les séquences alternent épure néo webernienne et capharnaüm organisé ; le tout avec une débauche d’instruments et une section de percussions évidement pléthorique. Certes la virtuosité de l’écriture orchestrale témoigne d’une certaine science de l’orchestration, mais elle ne peut compléter une absence sidérante d’idées, la dernière pièce s’avérant même d’un creux abyssal. Cela étant, la performance de l’orchestre est saisissante et chaque partie orchestrale à l’image des redoutables traits de trompette dans la seconde de ces pièces, sont audibles sous la baguette, radiographique, de Welser-Möst.

Radiographie, il en est aussi question dans l’interprétation d’Ibéria de Debussy. Le chef prend un malin plaisir à faire surgir les plus petits détails de l’orchestration ou les moindres alliages de timbres. Tout est intellectuellement hautement satisfaisant pour un amoureux de ces œuvres mais cela un peu avare de vécu ibérique et de sensualité. Cette interprétation est tout de même un délice car le Cleveland orchestra est l’une des rares formations à savoir encore se parer des couleurs « françaises » pour servir cette esthétique sonore si particulière. À ce titre, la maîtrise et l’assurance des pupitres des vents étaient dignes des plus hauts éloges.

Après l’entracte, on retrouve un plateau divisé par deux en termes de présence instrumentale pour une symphonie n°7 de Beethoven. Là encore, on reste médusés devant l’équilibre des pupitres, la rondeur de la sonorité du quatuor et l’écoute des musiciens. La vision du chef est assez « germanique », c’est-à-dire solidement charpentée et construite sur des lignes des basses. On est encore très admiratif de la solidité de l’ensemble, mais il manque un chouia pour rendre ce concert inoubliable : la prise de risque. Fort heureusement, Welser-Möst lâche la meute dans l’Allegro con brio final et soulève la joie du public. Comme c’est malheureusement de plus en plus le cas, aucun bis ne vient clore ce concert !

Crédit photographique : © Roger Mastroianni

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 23-X-2007. Claude Debussy (1862-1918) : Ibéria ; Matthias Pintscher (né en 1971) : 5 Orchesterstücke ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : symphonie n°7 en la majeur, Op. 62. The Cleveland Orchestra, direction : Franz Welser-Möst.

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