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Le Théâtre Français de la Musique conjugué au futur, un défi à relever

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Compiègne. Théâtre Impérial. 28-X-2007. Extraits de : Charles Gounod (1818-1893) : Mireille ; Roméo et Juliette. Georges Bizet (1838-1875) : Les Pêcheurs de Perles. Jacques Offenbach (1819-1880) : Robinson Crusöé ; Les Contes d’Hoffmann. Jules Massenet (1842-1912) : Manon ; Thaïs. Léo Delibes (1836-1891) : Lakmé. Isabelle Philippe, soprano ; Mathias Vidal, ténor ; Gaspard Brécourt, piano.

Théâtre Impérial de Compiègne

Depuis le retrait d’une grande part des subventions qui permettaient au Théâtre Français de la Musique de défendre une partie oubliée du répertoire français, puis le décès du maître des lieux auquel la présente saison rend hommage, de lourds nuages pèsent sur le Théâtre Impérial de Compiègne où est installé le Théâtre Français de la Musique. Jean de Paris de Boïeldieu, le projet scénique de cette année, ne pourra ainsi pas être monté. Afin de soutenir l’institution, deux artistes habitués des lieux prêtaient gracieusement leurs talents le temps d’un récital soutenu par le piano précis et élégant de .

Le récital débute de façon enthousiasmante par un duo des solistes, la Chanson de Magali. Et il faut convenir que Mireille leur sied à merveille. La diction est parfaite, les vocalises bien exécutées, les crescendo habiles et non outrés, les messe di voce subtiles. Les voix bien timbrées, à peine rehaussées d’un léger vibrato font merveille et augurent d’un très beau moment de musique. Las ! Le reste du programme n’est pas toujours à l’avenant. La valse de Juliette est attaquée sur un tempo vif assez périlleux et l’exercice du récital au piano met la voix à nu. S’il n’y a rien à redire sur la justesse, s’y montre meilleure diseuse que musicienne et les coloratures restent sèches. A partir de là, moments de grâce et… d’ennui ferme s’alternent. est un Nadir élégiaque et très crédible mais reste timide dans sa voix de fausset, ce qui a toutefois l’avantage de conserver la ligne de chant. Mais il serait malhonnête de juger trop sévèrement l’exécution de l’air dès lors que, malgré l’absence des violons qui créent l’émotion au moins autant que la voix, le ténor peut compter sur un timbre chaud et sûr afin de pallier l’absence de la poésie d’un orchestre dans cette page de Bizet. Pour rester dans les Pêcheurs de Perles, sont donnés les récits et cavatine de Leïla puis la chanson de Nadir et un duo qui sont enfin le moment où les deux voix prennent leur essor pour atteindre la plénitude dont on les sait capables. La voix de la diva des lieux semble évoluer. En effet, loin des parfaites vocalises de Zerline où elle triomphait sur la même scène (Fra Diavolo d’Auber), la soprano perd en suraigu pour étoffer un médium qui lui permet des emplois plus lyrique. A moins qu’il n’en faille imputer à la fatigue d’un soir et la dureté d’un métier magnifique mais mal reconnu, surtout lorsque, au sein du TFM, on se lance dans des redécouvertes plutôt que dans le grand répertoire confortable et rentable. Quoi qu’il en soit, des visages féminins des Contes d’Hoffmann, c’est Antonia et non Olympia qu’elle choisit ce soir et y découvre un beau médium. Si son Robinson Crusöé ne marque pas les annales, le Chevalier des Grieux de est à retenir (« En fermant les yeux »), riche de couleurs, élégant et à la diction châtiée. Après une Thaïs aux aigus difficiles, retrouve toute son aisance avec Lakmé, et les qualités pour lesquelles on l’admire. Quand à Mathias Vidal, Gérald est pour lui un emploi parfait, et l’on ne sait plus que louer, de l’émission, du phrasé ou du timbre. Après ce récital en montagnes russes, deux bis sont donnés qui sont sans originalité la reprise des deux premiers morceaux. La Mireille quasi-parfaite où les chanteurs nous offrent les nuances et la délicatesse qui manquaient à leurs extraits d’Offenbach et de Thaïs et le Madrigal de Roméo et Juliette, pourvu des mêmes qualités, morceaux qu’ils enrichissent cette fois d’un jeu scénique discret et efficace.

La difficulté de la situation et peut-être le remplissage médiocre relativisent les défauts pointés çà et là, sachant l’excellence à laquelle ces artistes nous ont habitués. Le défi d’un TFM au futur est entre leurs mains. Souhaitons-leur les plus belles réussites.

Crédit photographique : © TFM

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Compiègne. Théâtre Impérial. 28-X-2007. Extraits de : Charles Gounod (1818-1893) : Mireille ; Roméo et Juliette. Georges Bizet (1838-1875) : Les Pêcheurs de Perles. Jacques Offenbach (1819-1880) : Robinson Crusöé ; Les Contes d’Hoffmann. Jules Massenet (1842-1912) : Manon ; Thaïs. Léo Delibes (1836-1891) : Lakmé. Isabelle Philippe, soprano ; Mathias Vidal, ténor ; Gaspard Brécourt, piano.

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