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Cendrillon de Massenet, un escalier pour rêver

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Berne. Stadttheater. 8. XII. 2007. Jules Massenet (1842-1912) : Cendrillon, opéra en quatre actes sur un livret de Henri Cain. Mise en scène : Johannes Erath. Décors : Christoph Wagenknecht. Costumes : Pierre Albert. Eclairages : Jacques Battocletti. Avec : Hélène Le Corre, Cendrillon  ; Monica Minarelli, Madame de la Haltière ; Claude Eichenberger, Le Prince Charmant ; Marta Casas Bonet, La Fée ; Anne-Florence Marbot, Noémie ; Solenn’ Lavanant-Linke, Dorothée ; Vincent Le Texier, Pandolfe ; Kristian Paul, Le Roi ; Andries Clœte, Le Doyen de la Faculté ; Andrzej Poraska, Le Surintendant des plaisirs ; Richard Ackermann, Le Premier Ministre. Chœur du Stadttheater Bern (chef de chœur : Alexander Martin). Berner Symphonieorchester, direction musicale : Daniel Klajner

Au milieu d’une scène entièrement plongée dans le noir, un grand escalier s’enroulant majestueusement de la scène aux cintres, voilà bien un décor pour amener les spectateurs de cette Cendrillon dans le rêve. Dans ce décor unique des quatre actes de l’opéra, il faut tout le talent du metteur en scène pour que l’ennui ne s’installe pas parmi le public. Parce qu’il faut bien reconnaître qu’en dépit de la notoriété dont jouissait au moment où il présente cet opéra à l’Opéra Comique, ce n’est de loin pas son œuvre majeure. On reconnaît mal dans le compositeur de Manon, de Werther, voir même du Cid ou d’Esclarmonde, dans cette Cendrillon. Si la musique est bien orchestrée, si les airs sont charmants, aucune mélodie n’est assez captivante pour qu’on puisse la chantonner dès le spectacle terminé. Contrairement à Rossini, Massenet gomme tout l’aspect farce de l’opéra pour en exacerber les images poétiques du conte de Perrault : l’amour de Cendrillon pour son Prince Charmant.

A ne croire que cette histoire n’a d’autre drame que la perte temporaire de l’Amour rend ce conte « fleur bleue » désuet. ne se laisse pas entraîner dans cette caricature mais, dosant savamment les rêves de Cendrillon et du Prince Charmant avec la réalité tragi-comique des autres personnages, il brosse un tableau des plus charmants de l’intrigue. Ainsi, à chaque réalité sa couleur, à chaque personnage son caractère et sa place. Le blanc du rêve des deux amants, le gris et le noir de la réalité du père, de la marâtre, de ses deux filles et des petites gens qui gravitent autour du couple et le rouge de la magie des sens. Alors, un peu nunuche, Cendrillon est un être rêveur, pur et vierge, les yeux constamment fixés vers le ciel. Mélancolique, le Prince Charmant a le regard vide, absorbé par les images intérieures de son désir. Dans ces deux principaux rôles, la soprano (Cendrillon) nous laisse peut-être un peu sur notre faim. Avec une voix certes jolie mais sans grand relief, ni puissance, la soprano manque de présence scénique et de charisme campant un personnage dans la convention qui tranche avec la mezzo (Le Prince Charmant) qui déploie un charme fou dans son air « Je suis à toi » ! Avec La Fée dans son costume tiré de La Commedia dell’Arte se positionne entre le rêve et la réalité. Sorte de Pantalone tout de rouge vêtu, la soprano s’introduit dans ce personnage de raison poétique avec beaucoup de charme et sa voix au vibrato rapide ajoute à l’étrangeté du personnage. Reste un monde de personnages insensibles aux égarements amoureux des deux jeunes gens. Suivie de ses deux pestes de filles (, Noémie et Solenn’ Lavanant-Linke, Dorothée par ailleurs toutes deux excellentes malgré la petitesse de leur rôle), la capiteuse et volontairement vulgaire Madame de la Haltière (très avenante ) impose sa suffisance détestable pour faire mouche sur le public dans l’hilarité qu’elle suscite. Pandolfe, le père trop absent de Cendrillon, est partagé entre l’autoritarisme de sa seconde épouse et son instinct paternel. Ni blanc, ni noir, vêtu le plus souvent de gris, le baryton s’introduit bien dans ce rôle même si la voix accuse une fatigue parfois gênante.

Remarquablement mis en scène, le chœur de l’opéra de Berne quitte l’immobilisme dont il avait coutume pour être entièrement partie théâtrale du spectacle. Une heureuse initiative qui parfois lui joue des tours, à l’exemple des quelques décalages qu’il signe avec l’orchestre. Hilarante pourtant la scène finale où tout le chœur, les hommes comme les femmes sont recouverts de voiles blancs sous des robes de mariées immaculées.

Si la musique de Massenet laisse un peu à désirer dans la force qu’elle peut avoir dans certaines de ces autres œuvres, elle reste d’une finesse orchestrale superbe. A cette dentelle musicale, Daniel Klaner sait amener le Berner Sinfonie-Orchester au mieux de lui-même.

En résumé, soirée réussie pour ce spectacle de (presque) ouverture de la saison sous l’égide du metteur en scène français , le nouveau directeur transfuge du Théâtre de Lübeck.

Crédit photographique : (Cendrillon) © StadttheaterBern

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Berne. Stadttheater. 8. XII. 2007. Jules Massenet (1842-1912) : Cendrillon, opéra en quatre actes sur un livret de Henri Cain. Mise en scène : Johannes Erath. Décors : Christoph Wagenknecht. Costumes : Pierre Albert. Eclairages : Jacques Battocletti. Avec : Hélène Le Corre, Cendrillon  ; Monica Minarelli, Madame de la Haltière ; Claude Eichenberger, Le Prince Charmant ; Marta Casas Bonet, La Fée ; Anne-Florence Marbot, Noémie ; Solenn’ Lavanant-Linke, Dorothée ; Vincent Le Texier, Pandolfe ; Kristian Paul, Le Roi ; Andries Clœte, Le Doyen de la Faculté ; Andrzej Poraska, Le Surintendant des plaisirs ; Richard Ackermann, Le Premier Ministre. Chœur du Stadttheater Bern (chef de chœur : Alexander Martin). Berner Symphonieorchester, direction musicale : Daniel Klajner

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