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Fortunio, comme des amoureux de Peynet

La Scène, Opéra, Opéras

Fribourg, Aula de l’Université. 06-I-2008. André Messager (1853-1929) : Fortunio, comédie lyrique en quatre actes sur un livret de Gaston Caillavet et Robert de Flers. Mise en scène : Eric Perez. Costumes : Jean-Michel Angays et Stéphane Laverne. Décors : Claude Stephan. Lumières : Serge Simon. Avec : Eric Vivion, Fortunio ; Marina Lodygensky, Jacqueline ; Jacques Calatayud, Maître André ; Sébastien Lemoine, Clavaroche ; Valerio Cantaldo, Landry ; Alain Bertschy, Maître Subtil ; Michel Kuhn, Guillaume ; Michel Muehlhauser, d’Azincourt ; Jean-Luc Waeber, de Verbois ; Marie-France Baechler, Madelon ; Joëlle Delley, Gertrude. Orchestre Opus Bern, Chœur de l’Opéra de Fribourg (chef de chœur : Inna Petcheniouk), direction musicale : Laurent Gendre

Avec une seule production par année, on pourrait penser que la maison d’opéra d’une ville de moins de 35 000 habitants programmerait des tubes de l’opéra pour assurer son succès commercial. C’est mal connaître l’audace du directeur de l’Opéra de Fribourg qui, depuis un dizaine d’années, s’offre un surprenant succès avec des œuvres peu ou pas connues. Après Les Aventures du Roi Pausole d’Arthur Honegger en 2003, La Pietra del Paragone de Rossini en 2004, Il Mondo della Luna de Joseph Haydn en 2005, l’an dernier voyait triompher Darius Milhaud avec Le Pauvre Matelot et avec Le Medium (lire la chronique).

Cette année, toujours dans l’attente d’un véritable théâtre (prévu pour 2011 !), c’est encore la scène génialement bricolée de l’Aula de l’Université qui reçoit Fortunio d’. Œuvre aussi charmante musicalement que dans son intrigue, cette comédie amoureuse séduit d’emblée par l’élégance de sa musique. Une musique qui malheureusement mériterait un endroit acoustiquement meilleur que cette aula d’université. Si ses gradins en demi-cercle ont l’avantage de permettre à chacun d’avoir une visibilité scénique parfaite, cet «entonnoir» fonctionne comme un porte-voix de l’orchestre. Les richesses harmoniques et les couleurs orchestrales de la partition de Messager s’accommodent mal à une interprétation chambriste et , malgré ses gestes d’apaisement envers son orchestre, peine à modérer les musiciens de l’excellent Orchestre Opus Bern pour ne pas couvrir la voix des chanteurs.

Si (Maître André) fait montre d’une parfaite diction française offrant une excellente lecture du livret, il n’en est malheureusement pas de même des autres protagonistes. A leur décharge, l’épidémie de grippe qui a décimé la quasi totalité de la distribution fribourgeoise les a mis à rude épreuve. Ainsi Eric Vivion (Fortunio) a vu son instrument vocal lui faire peu à peu défaut. Dommage, car la tendresse de son approche au rôle en fait un personnage très touchant. Son « Si vous croyez que je vais dire… » est un petit régal de bon goût amoureux. A ses côtés, la soprano Marina Lodygensky (Jacqueline) offre une presque trop belle voix pour le peu de caractère qu’elle exprime. On perd bien vite l’intérêt à son discours vocal qu’elle rachète un peu trop tard avec un sublime pianissimo dans son « Lorsque je n’étais qu’une enfant ». Bien que le baryton (Clavaroche) soit un sculptural officier et que sa voix bien charpentée colle parfaitement au rôle de séducteur de la belle Jacqueline, on aurait aimé qu’il soigne plus sa diction. De son côté, la voix quelque peu rude de Valerio Cantaldo (Landry) s’adapte mal au climat sentimental « Belle Epoque » qui se dégage de cette production.

Bien heureusement, le brillant déchiffrement scénique d’ pallie aux quelques défauts de jeunesse des chanteurs. Ne cédant pas à la facilité de la grosse farce du mari benêt trompé, il installe cette comédie dans une illustration bien inspirée des amoureux de Peynet. Eloge de la candeur, Fortunio est désigné pour tenir la chandelle des amours coupables de Jacqueline et du capitaine. Devant la touchante honnêteté du jeune homme, Jacqueline cèdera à la passion cachée de Fortunio. Avec les jolis décors () et les très beaux costumes (/), brosse un portrait en blanc et rose des plus charmants. Tout y est ! La cage qui emprisonne les amoureux, les grosses roses de tissus, comme le maquillage de Pierrot de Fortunio qui lui confère l’image bienveillante de l’innocent.

Si ce spectacle romanesque pourrait laisser un goût de suranné par rapport à la force dévastatrice du sang de ceux de l’an dernier, son succès montre qu’il n’est pas besoin de drames meurtriers pour qu’une manifestation lyrique porte le public à rêver et à rester toujours aussi vulnérable à sa sentimentalité «fleur bleue». Surtout lorsque ce sont d’autres que lui qui l’expose !

Crédit photographique : Eric Vivion (Fortunio) & Marina Lodygensky (Jacqueline) © Alain Wicht/small>

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