Un songe, un rêve, une féerie …

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, Opéra-Comique. 21-I-2008. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Cadmus et Hermione, tragédie mise en musique en un prologue et cinq actes sur un poème de Philippe Quinault. Mise en scène : Benjamin Lazar. Collaboration à la mise en scène : Louise Moaty. Chorégraphe : Gudrun Skamletz. Scénographie : Adeline Caron. Costumes : Alain Blanchot. Lumières : Christophe Naillet. Maquillages : Mathilde Benmoussa. André Morsch, Cadmus ; Claire Lefilliâtre, Hermione ; Arnaud Marzorati, Arbas/Pan ; Jean-François Lombard, Nourrice/Dieu champêtre ; Isabelle Druet, Charite/Mélisse ; Arnaud Richard, Draco/Mars ; Camille Poul, L’Amour/Pales ; David Ghilardi, Le Soleil/Premier Prince Tirien ; Geoffroy Buffière, Le Grand Sacrificateur/Jupiter ; Romain Champion, Premier Africain/L’Envie ; Vincent Vantyghem, Second Prince Tirien ; Luanda Siqueira, Junon/Aglante ; Eugénie Warnier, Pallas ; Anthony Lopapa, Second Africain ; Jerœn Bredelwold, Echion ; Elodie Fonnard, L’Hymen ; Hélène Richer, Vénus. Les danseurs du Poème Harmonique, Pierre-François Dollé, Caroline Ducrest, Robert Le Nuz, Alzbeta Majova, Anna Romani, Flora Sans, Anne Tournié, Akiko Veaux. Chœur (Chef de chœur : Daniel Bargier) et Orchestre, Le Poème Harmonique, direction artistique : Vincent Dumestre.

Cadmus et Hermione

Cadmus et Hermione était une promesse que nous avait faite, celle de nous émerveiller, de nous étonner, de nous bouleverser. Ce soir la troupe de a comblé nos espérances. L’Opéra-Comique est devenu en cette soirée du 21 janvier un doux séjour, nous permettant de goûter tous les plaisirs de la première tragédie lyrique française.

Avec cette œuvre Lully a su trouver tout ce qui allait faire le succès de cette nouvelle forme de spectacle incluant les ballets (art français, s’il en était, dans lequel il avait su briller), les récitatifs à la française mais également la structure en un prologue et cinq actes et une présence sur scène des chœurs qui d’ailleurs ont su s’emparer de leurs rôles avec vitalité et bonheur.

L’histoire est simple, Cadmus aime Hermione, fille de Mars et de Vénus, promise par son père à Draco, un géant monstrueux. Pour libérer sa belle Hermione, Cadmus devra donc affronter des épreuves aidé en cela par des divinités qui lui sont favorables (Pallas, L’Amour) et par un fidèle serviteur, Arbas, qui avec la Nourrice d’Hermione (l’on retrouve ici avec joie le primesautier ), fait entrer le comique au sein de la tragédie. Le Prologue est par contre une magnifique allégorie tirée des Métamorphoses d’Ovide à la gloire de Louis XIV. Dès le début, on est saisi par cette musique faite pour les plaisirs. fait palpiter le cœur de son orchestre à l’unisson des passions qu’exprime cette tragédie (tragi-comédie). Les nuances des cordes sont subtiles, délicates et pourtant aussi fulgurantes que les mouvements de la gestuelle baroque ou des éclats de la lumière des bougies sur les décors et les solistes. Le rideau s’ouvre et nous vibrons dès lors aux côtés d’Hermione et Cadmus, mais également d’Arbas et Charite ou de la Nourrice. Nous vivons pleinement ces peines, ces désirs, ces joies et ces danses qui se jouent sur scène. Les récitatifs chantants sont d’une fluidité qui nous permet, d’airs en ritournelles, de menuets en chaconnes (celle des Africains est un bijou, une véritable ode à l’Amour), accompagnés par la chorégraphie inventive de Gudrun Skamletz, de nous sentir conquis par cette histoire.

Les décors qui jouent sur les perspectives, les costumes, les lumières, la scénographie sont d’une beauté somptueuse. La mise en scène éblouissante de offre aux solistes le plus bel écrin qui soit.

(une découverte à suivre absolument) et forment un duo bouleversant, leurs voix et leurs gestes s’unissent en un parfait équilibre, où la suavité de la diction et du chant baroque donne à ce couple une absolue harmonie. lui s’empare du personnage d’Arbas (mais également dans le prologue du personnage de Pan), le fidèle serviteur avec une gourmandise vocale et scénique nous aura bien souvent entraîné sur les voies du rire à la Molière. , toute aussi gourmande est une Charite sensuelle et une Mélisse coquine, qui sait user de toutes les subtilités de son art vocal et de la rhétorique baroque. Mais une fois de plus, un article ne suffirait pas à citer tous les artistes, et pourtant tous le méritent, car c’est bien une troupe qui s’est présentée devant nous, prenant plaisir à nous donner du plaisir. Comme nous aurions aimé danser et chanter à leurs côtés. Ils ont su nous peindre ou nous dépeindre en utilisant tous les « artifices » de l’art baroque l’intensité et la diversité des passions de l’âme. Et lorsque le rideau se referme on ne peut s’empêcher de penser à la voix de Puck « Songez cher spectateur que tout ceci n’aura été qu’un songe… ». Alors souhaitons que longtemps encore, Vincent Dumestre et rêvent et rêvent encore car de leurs songes surgissent des contes merveilleux, nous emportant bien loin, bien au-delà des horizons.

Crédit photographique : Claire Lefiliâtre (Hermione) et (Cadmus) © Elisabeth Carecchio

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