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Pierrot Cadmus: L’autre côté du miroir vous enchantera tout autant

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Paris, Opéra-Comique. 23-I-2008. Denis Carolet (1696-1740) : Pierrot Cadmus, parodie de Cadmus et Hermione. Mise en scène et conception : Nicolas Vial (avec la complicité de Vincent Dumestre, Benjamin Lazar et Gudrun Skamletz) ; arrangement musical : Philippe Grisvard ; dramaturgie : Judith Leblanc ; costumes : Alain Blanchot ; lumières : Christophe Naillet. Avec : Alexandra Rübner, Cadmus ; Benjamin Lazar, Hermione ; Jean-Denis Monory, Arbas ; Anne-Guersante Ledoux, La Nourrice/Pallas/l’Amour ; Louise Moaty, Le Géant/Charite/Junon ; Nicolas Vial, le Grand Thomas. Philippe Grisvard, clavecin  ; Benjamin Perrot, théorbe ; Florence Bolton, viole de gambe ; Pierre Eric Nimylowicz et Stephan Dudermel, violon.

Allons, allons, Dames et Demoiselles, Messires, n’hésitez pas, poussez les portes du théâtre ! Vous n’avez pu voir Cadmus et Hermione, ou bien vous l’avez vu, mais laissez-vous tenter par Pierrot Cadmus, vous découvrirez la véritable et joyeuse (oh pardon, triste) histoire de la belle Hermione et de son tendre Cadmus.

Il y a des enchantements(z), des drôleries, des musiciens et des comédiennes (jolies et avenantes). Ils vous feront entendre les diverses beautés d’un conte merveilleux. A moins, que les aventures d’Arbas (au passage sachez que Jean-Luc Monory, un « grand et beau garçon ! » usera d’un jeu endiablé donnant à ce fidèle serviteur une verve insolente), de La Nourrice (la drôlesse qui l’interprète, Anne-Guersante Ledoux vous dévoilera ses charmes avec éloquence et souplesse, se transformant en déesse) et de Charite (Dieu qu’elle est jolie , et qui plus est terriblement pétillante, vous réservant bien des surprises dans ses changements de personnalités), ne vous fassent rire plus que de raison ou qu’un dragon ne vous terrorise.

Oui Mesdames, vous tremblerez sans aucun doute aux malheurs de la belle Hermione et de son doux Cadmus (Qui ? quoi ? , vous ne vous trompez pas ? Mon dieu qu’elle est agile à combattre le dragon et que son verbiage est maîtrisé ! ) et vous rirez des inversions. Vous Messires, toutes ces bizarreries attiseront votre curiosité savante.

Allons, allons, voyons, le critique est quelqu’un de sérieux, il se doit de juger doctement acteurs et musiciens. Et si le bonheur, n’était pas tout simplement, cet instant où les lumières du XXIe siècle s’éteignent, où des comédiens entrent en scène dans le noir, éclairés par la faible lueur des bougies, semblant craindre le guet qui viendrait les chasser. S’emparant alors de la scène, ils renversent les codes de la tragédie soulignant les couleurs vives de ce théâtre populaire baroque, aux costumes riches et bariolés et aux accessoires imaginatifs.

, propose une mise en scène inventive, drolatique et onirique, redonnant vie à ce théâtre de rue, de foire où le chaland pour quelques pièces entrait dans le jeu de la parodie avec plaisir et gourmandise. Le français que l’on dit « restitué » lui n’en est que plus vraisemblable et apporte une musique singulière, qui charme les spectateurs qui ne demandent qu’à se laisser prendre au jeu.

La parodie de Cadmus et Hermione qui nous est ici offerte conserve la trame générale de l’intrigue de la tragédie, tout en modifiant les paroles, en inversant comme dans un jeu de miroir les situations et s’appuie en partie sur la musique de Lully (il est absolument à entendre et à voir, le ballet de la chaconne des africains à la chorégraphie totalement décalée). Et si les musiciens répondent à la direction des comédiens, ils viennent aussi soutenir cet art du chant revisité avec brio par les comédiens. Les Musiciens du Poème Harmonique apportent leur talent à ces fantaisies. Le charme et la délicatesse de la musique sont un contrepoint poétique, montrant l’attachement profond des comédiens ne trouvant plus leur place dans la tragédie lyrique, mais ne renonçant pas à revenir sur la scène, retissant les liens qui les avaient unis aux chanteurs et danseurs, pour Le Bourgeois Gentilhomme.

Alors, n’hésitez pas, courez voir Pierrot Cadmus, vous rirez de bon cœur et vibrerez pour ces comédiens. S’ils jouent en catimini, en attendant le lever de rideau sur la tragédie, leur art est grand et votre bonheur le sera aussi. De la Commedia dell’arte à Molière, en passant par Shakespeare, vous sentirez cette connivence, cet esprit de troupe, où l’on partage tout, du rire aux larmes. On ne peut que leur dire tout comme à et (notre douce Hermione, si si ! Oh mais là, vous n’êtes pas au bout de vos surprises, je vous le dis) de ne surtout pas cesser de rêver, car leurs rêves vous enchanteront.

Crédit photographique : (Hermione) & (Cadmus) © Nathaniel Baruch

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Paris, Opéra-Comique. 23-I-2008. Denis Carolet (1696-1740) : Pierrot Cadmus, parodie de Cadmus et Hermione. Mise en scène et conception : Nicolas Vial (avec la complicité de Vincent Dumestre, Benjamin Lazar et Gudrun Skamletz) ; arrangement musical : Philippe Grisvard ; dramaturgie : Judith Leblanc ; costumes : Alain Blanchot ; lumières : Christophe Naillet. Avec : Alexandra Rübner, Cadmus ; Benjamin Lazar, Hermione ; Jean-Denis Monory, Arbas ; Anne-Guersante Ledoux, La Nourrice/Pallas/l’Amour ; Louise Moaty, Le Géant/Charite/Junon ; Nicolas Vial, le Grand Thomas. Philippe Grisvard, clavecin  ; Benjamin Perrot, théorbe ; Florence Bolton, viole de gambe ; Pierre Eric Nimylowicz et Stephan Dudermel, violon.

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