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IIIe biennale de quatuors à cordes – Les Arditti dans leur jardin

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Paris. Cité de la musique. 26-I-2008. Ruth Crawford Seeger (1901-1953) : Quatuor à cordes ; Elliott Carter (né en1908) : Quatuor n°4 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes n°63 en sib majeur op. 76 n°4 Hob. III/78 « Lever du soleil » ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°14 en ré mineur D. 810 (op. posth. ) « der Tod und das Mädchen ». Quatuor Arditti : Irvine Arditti, violon ; Ashot Sarkissjan, violon, Ralf Ehiers, alto, Lucas Fels, violoncelle.
Quatuor Pražák : Vaclav Remes, violon ; Vlastimil Holek, violon ; Josef Kluson, alto ; Michal Kanka, violoncelle.

La troisième Biennale de quatuors à cordes qui s’est tenue à la Cité de la Musique du 22 au 27 Janvier témoigne, tout comme les deux premières, du goût immodéré du public pour un genre qui, a priori, en appelle à la rigueur, voire à l’ascétisme mais à travers lequel les compositeurs qui l’ont pratiqué ont certainement livré la quintessence de leur art. Si l’amphithéâtre du Musée offrait le meilleur confort d’écoute pour une telle manifestation, la plupart des concerts avaient lieu dans la grande Salle de la Cité – affluence oblige – reconfigurée pour l’occasion en un espace plus intimiste qui situait les quatre interprètes au centre du public.

A une exception près, la création de Figment pour alto solo d’, la programmation s’en tenait à la stricte formation à quatre cordes, retraçant le chemin parcouru en termes de langages, de formes et de sonorités depuis la création du genre avec Haydn – qui figurait pratiquement à chaque début de concert – jusqu’à ses manifestations les plus contemporaines et transgressives avec l’intégrale des cinq quatuors – composés entre 1951 et 1995 – du compositeur américain dont on fête cette année les cent ans !

Douze formations avaient été convoquées pour cette passionnante rétrospective qui permettait d’apprécier, en fonction de l’expérience du groupe – les Juilliard – ou de la haute technicité des interprètes – le jeune – les couleurs et les spécificités de chaque formation ainsi que leur approche personnelle de l’esthétique viennoise dans les quatuors de Haydn mis systématiquement à leur programme.

Certains y échappaient tout de même comme le dont on connaît l’engagement exclusif pour la musique du XXe siècle et qui revenait cette année, fidèle de cette biennale, dans une formation rajeunie puisqu’il ne reste, des quatre » héros » de la contemporaine, que son leader Irvine Arditti.

Il nous faisait découvrir le Quatuor d’une compositrice américaine Ruth Crawford Seeger préfigurant, dès 1933, l’écriture de Carter sur le plan du traitement des relations entre les quatre instruments. Moins complexe cependant et plus « lisible » que celle de son compatriote, la partition fait naître de belles textures sonores, aux effets moirés dans l’Andante du troisième mouvement, et met en œuvre dans le final un subtil mécanisme temporel laissant peu à peu la vedette au premier violon et à son grain de son « impertinent ».

Des cinq quatuors de Carter joués lors de cette biennale, le quatrième en quatre mouvements enchaînés – c’est ainsi qu’il est présenté dans la notice de programme mais l’auditeur est-il vraiment à même de s’y retrouver ? – semble le plus compact et le plus hermétique de tous tant la texture y est complexe, l’écriture procédant à un éclatement du temps et de l’espace totalement déstructurant. Un remède peut-être…l’écouter en boucle pour en percer la substantifique mœlle !!!

C’est le , cet ensemble de Bohême de renommée internationale, constitué en 1974 au sein du conservatoire de Prague, qui assurait la deuxième partie du concert avec deux chefs d’œuvre du répertoire viennois. Tout d’abord l’un des quatuors de l’opus 76 de Haydn dit « Lever du soleil », appartenant à la dernière série achevée par le compositeur entre 1796 et 1797, au lendemain de sa dernière symphonie. A la sonorité lumineuse et au jeu rayonnant des Pražák dans l’Allegro initial s’oppose le climat introspectif de l’Adagio qu’ils instaurent dans un contraste saisissant. Mais c’est dans le relief et les détails pittoresques du Menuet aux accents populaires qu’on savoure toute la finesse de leur interprétation.

On ne saurait envisager une Biennale de quatuors sans inscrire au programme l’un des chefs d’œuvre du genre qu’est le quatuor « La jeune fille et la Mort » de Schubert. Plus que par une authentique couleur schubertienne, c’est dans la conception formelle et la gradation dramatique qu’il ménage du sombre premier mouvement – suivi par le célèbre Andante à variations – jusqu’au tragique finale qu’excelle le dont on ne peut qu’admirer l’élan collectif et la puissante cohésion.

Crédit photographique : © Cité de la Musique

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Paris. Cité de la musique. 26-I-2008. Ruth Crawford Seeger (1901-1953) : Quatuor à cordes ; Elliott Carter (né en1908) : Quatuor n°4 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes n°63 en sib majeur op. 76 n°4 Hob. III/78 « Lever du soleil » ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°14 en ré mineur D. 810 (op. posth. ) « der Tod und das Mädchen ». Quatuor Arditti : Irvine Arditti, violon ; Ashot Sarkissjan, violon, Ralf Ehiers, alto, Lucas Fels, violoncelle.
Quatuor Pražák : Vaclav Remes, violon ; Vlastimil Holek, violon ; Josef Kluson, alto ; Michal Kanka, violoncelle.

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