Sangria lyrique

La Scène, Opéra, Opéras

Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 2-II-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, opera buffa en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : Alain Gauthier ; décors : Robert Prévost ; adaptation : Guy Neveu ; costumes : Robert Prévost et Joyce Gauthier ; éclairages : Anne-Catherine Simard-Deraspe. Avec : Frédéric Antoun, Comte Almaviva ; Julie Boulianne, Rosina ; Donato du Stefano, Bartolo ; Aaron St. Clair Nicholson, Figaro ; Stephen Morscheck, Basilio ; Stephen Hegedus, Fiorello ; Pierre-Étienne Bergeron, Ambrogio. Sarah Myatt, Berta ; Alexandre Sylvestre, Un officier. Chœur de l’Opéra de Montréal (Chef de chœur : Jacques Lacombe). Orchestre Symphonique de Montréal. Direction : Jacques Lacombe

Il Barbiere di Siviglia

Partition juteuse, musique pétillante, le chef-d’œuvre bouffe de Rossini procure un réel plaisir toujours renouvelé. Nous savons désormais que l’humour est soluble jusqu’à plus soif, sous la pression orange. Sans jeu de mots, et pour être plus précis, il ne s’agit pas du fruit frais associé à Séville mais de parapluies, fusils, tabliers et d’éventails de tous les formats, accessoires invariablement de couleur orange. Idée récurrente et drolatique – une signature sur une toile – parce que la touche orange vite repérable devient le point de mire dans un tableau où rien d’autre ne détonne. On peut résumer ainsi la mise en scène d’Alain Gauthier : ni champagne, ni grand cru, mais une sangria au goût parfois acidulé avec un zeste d’insolence. Si le rire est le propre de l’homme, la scénographie réussie et originale se joue des lieux communs et compense une direction d’acteurs approximative. L’Opéra de Montréal est parvenu à réjouir autant les yeux que les oreilles de tous les mélomanes. Elle a atteint son but : la conservation des individus dans la bonne humeur jusqu’à la fin du spectacle.

Si le spectacle vaut la peine d’être vu, la part belle revient à une phalange de chanteurs. D’abord, le comte Almaviva de en est un d’anthologie. Il rivalise avec les plus grands et c’est tout à son honneur. Le ténor est en pleine possession de ses moyens, vocalement et scéniquement. Noblesse du geste, ce qui ne l’empêche pas d’être désopilant sous le déguisement d’un soldat ivre ou carrément hilarant dans les habits de suppléant de professeur de musique. La sémillante Rosina de la mezzo-soprano tient son rôle à la perfection. Nul besoin chez elle d’abuser d’artifice pour séduire un Lindoro conquis d’avance. Elle a dans son trousseau, – ou apporte dans sa dot – l’abattage, la rondeur de la voix, la couleur, l’art de l’ornementation qu’exige le rôle rossinien. On la voudrait un peu plus sonore mais le problème incombe avant tout à la salle Wilfrid-Pelletier dont l’acoustique cause toujours problème. Enfin, , excellent baryton, est un Figaro factotum des grands soirs. Un trio du tonnerre qui a su soulever la salle remplie à pleine capacité. Le reste de la distribution est malheureusement plus faible. Stephen Morscheck en Don Basilio est assez morne et son air de la calomnie risque de ruiner sa propre réputation et non celle du comte Almaviva ! Le Bartolo en méforme de la basse n’arrange guère les choses. Dans les rôles secondaires, relevons le baryton-basse Stephen Hegedus, Sarah Myatt, mezzo-soprano qui interprète le rôle ingrat de Berta, l’Officier du baryton-basse d’Alexandre Sylvestre, tous membres de l’Atelier lyrique de l’OdM et qui font tous bonne figure.

Au pupitre, , toujours complice des chanteurs, à la tête de l’, fait ressortir les ors de cette musique joyeuse et enivrante.

Crédit photographique : (Figaro) & (Rosina) © Yves Renaud

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