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Kazushi Ono, un berliozien d’avenir !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 9-II-2008. Hector Berlioz (1803-1869) : La mort de Cléopâtre ; Symphonie fantastique op. 14 ; Alfred Schnittke (1934-1998) : Concerto pour hautbois, harpe et orchestre à cordes. Béatrice Uria-Monzon, mezzo soprano ; Luk Nielandt, hautbois ; Letizia Belmondo, harpe. Orchestre symphonique de La Monnaie, direction : Kazushi Ono

Alors qu’il fait ses débuts dans la fosse de l’Opéra de Paris à l’occasion de la reprise de Cardillac de Paul Hindemith, revient au pupitre de l’orchestre dont il est, jusqu’en juin prochain, le directeur musical. Centré autour de Berlioz, ce concert avait tout pour plaire : une œuvre très populaire et l’espoir de grandes interprétations car le chef japonais avait été l’artisan d’un superbe Romeo et Juliette en octobre 2006. Dès les premières notes de La Mort de Cléopâtre, l’oreille est attirée par la tension qui se dégage de la direction. Le chef conduit avec précision et fougue, cette belle scène lyrique trop peu programmée. Cet écrin romantique et sensuel est un soutien solide à la voix chaude et ample de . Cette francophone, en dépit d’un volume un peu trop généreux, possède la droiture vocale et l’articulation des grandes tragédiennes. Toutes les lettres et syllabes sont audibles alors que l’intelligence du texte est parfaite. En seconde partie, Ono se lance dans une lecture emportée et conquérante de la Symphonique fantastique. Plutôt connu pour une certaine froideur analytique et distancée dans le grand répertoire, le chef ose des tempi rapides et de violentes ruptures, un peu à la Charles Munch. C’est dire à quel point l’artiste se lâche ! L’orchestre répond avec compétence, les bois et les cuivres sont excellents mais les cordes manquent de personnalité, surtout dans « un bal ». Cependant dès l’amorce de la « Marche au supplice », Ono desserre encore plus la bride et appuie avec un peu trop de générosité sur les fortissimi et les musiciens, heureux, s’en donnent à cœur joie. Le tout culmine dans un « Songe d’une nuit du Sabbat » un peu trop spectaculaire et tonitruant. Cela étant, cette prise de risque et ce vécu enragé sont hautement préférables à un ennui policé et musicalement correct.

Entre ces deux pièces de Berlioz, saut dans le temps avec le très rare Concerto pour hautbois, harpe et orchestre à cordes d’. Toute œuvre de Schnittke est défi car avec ce compositeur prolifique et inclassable, l’esprit peu tomber sur une petite merveille ou sur une pièce boursouflée. Fort heureusement, cette brève partition en un mouvement en impose techniquement et musicalement. Dans un souffle inspiré, le compositeur offre un moment de tension intense avec une pièce qui tire autant vers la souffrance de Chostakovitch que vers le romantisme de Berlioz. Cette partition assez expressionniste et suggestive présente une partie pour hautbois solo d’une ébouriffante difficulté car composée pour le brillant Heinz Holliger, elle explore les plus extrêmes frontières des possibilités instrumentales du hautbois. Il faut rendre les armes pour saluer bien bas la prestation forte impressionnante de Luk Nielandt, le soliste de l’orchestre de La Monnaie.

Après un gala de nouvel an très réussi sous la houlette de Mark Minkowski, ce second concert symphonique de l’année témoigne de la belle forme de la phalange bruxelloise. Il serait consternant que des remous politiques et institutionnels viennent rouiller des rouages de l’institution nationale belge.

Crédit photographique : © Johan Jacobs

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