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Diana Damrau et l’Ensemble Orchestral de Paris : la Belle et le Clochard

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Paris, Théâtre des Champs Elysées. 18-III-2008. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Divertimento en ré mjeur K. 136 ; La Flûte Enchantée K. 620, Air de Pamina « Ach, ich fühl’s » ; Cosi Fan Tutte K. 588, Ouverture ; Don Giovani K. 527, Ouverture ; Les Noces de Figaro : Ouverture, Récitatif et Air de Suzanna « Giunse alfin… Deh vieni » ; Lucio Silla K. 135 : Ouverture, Récit et Air de Giunia « In un istante… Parto m’affretto ». Antonio Salieri (1750-1825) : Cublai, gran Khan dei Tartari, Air d’Alzima « D’un insultante orgoglio » et « Fra i barbari sospetti » ; Semiramide, Air de Seiramide « Sento l’amica speme ». Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée, Ouverture. Diana Damrau, soprano. Ensemble Orchestral de Paris, direction : Joseph Swensen.

De toute part dans le monde, les plus grandes salles accueillent de nombreux maitres chanteurs, tous dotés de belles et grandes voix. Parmi eux, il en est une que l’Europe et les Etats-Unis couronnent de gloire depuis plusieurs années et qui, en ce soir aux Théâtres des Champs-Elysées, est venue conquérir le public parisien, après avoir gagné le cœur des toulousains.

C’est revêtue d’une robe rouge carmin que a fait son apparition ce soir. Cette soprano lyrique allemande a débuté ses études de chant au conservatoire de Würzburg, auprès de Carmen Hanganu. Primée lors de plusieurs concours internationaux, tels le VIIe Concours International Mozart à Salzbourg, elle a entamé en 2002 une carrière indépendante, incarnant les plus grands personnages féminins de l’opéra à Munich, Berlin, Vienne, Washington etc. Son interprétation de La Reine de la Nuit a fait parler d’elle dans le monde entier. Pour son deuxième récital en France, elle a choisi d’interpréter six arias extraites de son dernier enregistrement, qui étaient entrecoupées d’ouvertures d’opéras interprétées par l’. , chef d’orchestre, a débuté ce concert par le Divertissement en ré majeur K. 136 de Mozart, dirigeant selon une chorégraphie sautillante jusque-là inconnue, gâchant la subtile beauté de l’œuvre. Cette curiosité a été vite oubliée lorsque la lumineuse a chanté les premières notes de l’Air d’Alzima, D’un insultante orgoglio, extrait de l’opéra Cublai, gran Khan dei Tartari de Salieri. Dotée d’un charisme rayonnant, elle a dévoilé une voix de colorature d’un naturel épatant, en dépit d’un accompagnement d’une médiocrité irritante. Au fur et à mesure du concert, on ne pouvait que constater que les applaudissements, saluts, entrées et sorties de scène occupaient autant de temps que la musique.

Après s’être aéré l’esprit durant l’entracte, l’orchestre a repris le concert par l’ouverture de Don Giovani. Incarnant à la perfection chacun des personnages dont elle chantait le rôle, Diana Damrau a alors fait montre d’une voix au suraigu exceptionnellement riche et lumineux – contrairement à bien des sopranos légers – et d’une technique au legato et aux vocalises irréprochables, montrant par là qu’elle n’a de leçon à recevoir de personne. Le public du Théâtre des Champs-Elysées a par ailleurs été surpris par un orchestre au comportement bien peu professionnel (déplacements à tout va, bavardages… ) présidé par un maître-coq brassant de l’air avec de grands gestes insignifiants. Alors que la belle vocalisait, celle-ci a soudainement été interrompue : le basson solo de l’orchestre, après la reprise, a fait une entrée tardive remarquée, une telle absence de délicatesse a pourtant fait rire aux éclats la soprano, sauvant la demoiselle au basson pouffant devant son pupitre. On peut aussi reprocher à l’orchestre son manque de discrétion, masquant parfois la soliste. Devant des comportements aussi aberrants, le public ne savait que faire, entre applaudir la Belle et conspuer l’orchestre insolent. Le public français a choisi de porter la chanteuse aux nues qui, acclamée, a offert une nouvelle fois les trois airs de Salieri ainsi que le célèbre Alleluia de Mozart en bis. Une véritable performance vocale. Nous attendons avec impatience les futurs concerts de Diana Damrau, en espérant l’entendre accompagnée d’un orchestre digne d’elle.

Crédit photographique : Diana Damrau © Beth Bergman

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