Concerts, La Scène, Musique symphonique

« Le feu sacré » de Pierre-Laurent Aimard

Plus de détails

Paris. Cité de la Musique 26-III-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Les créatures de Prométhée op. 43 (extraits). Alexandre Scriabine (1872-1915) : Prométhée ou le Poème du feu op. 60. Luigi Nono (1924-1990) : Prometeo, Tragedia dell’ascolto (extraits). Pierre-Laurent Aimard, piano. Roberto Fabbriciani, flûte. Ernesto Molinari, clarinette. Klaus Burger, euphonium, tuba. Barbara Zanichelli, soprano. Amy Haworth, soprano. Suzanne Otto, contralto. Hubert Mayer, ténor. Caroline Chaniolleau, récitante. Mathias Jung, récitant. Experimentalstudio für akustische Kunst-Freiburg, réalisation électronique. Joachim Haas, Reinhold Braig, projection du son. Orchestre National de Lyon, direction : Thierry Fischer.

Domaine privé

« Réunir en un même concert symphonique trois versions du mythe fondateur de celui qui a tenu le dieu des dieux en échec m’a tenté… » déclare dont le « Domaine privé » – du 26 mars au 8 avril à la Cité de la Musique – s’ouvrait sur la figure du Prométhée illustrée par trois compositeurs visionnaires, Beethoven, Scriabine et .

Thème beethovénien par excellence, le mythe de Prométhée va tenter le maître de Bonn invité par le directeur du ballet de la cour de Vienne à concevoir la musique de son prochain spectacle qui sera crée en 1801 : un ballet en trois actes, Les créatures de Prométhée, dont seules l’ouverture et quelques pages symphoniques restent aujourd’hui à l’affiche des concerts. Cette musique de héros, puissamment architecturée – Beethoven s’en souviendra dans sa Symphonie n°3 – offrait un début de soirée fulgurant sous la direction enflammée de qui, à la tête de l’, exaltait l’énergie et le geste conquérant d’une telle partition.

Une dimension que l’on allait retrouver dans le Prométhée ou le Poème du feu d’ ; à mi-chemin entre le poème symphonique et le concerto pour piano, cette œuvre de 1911, très rarement donnée, devait associer à l’origine les sons aux faisceaux lumineux grâce au clavier de couleurs tel que l’expérimentera le compositeur en 1915 à New York. Si la partition se suffit à elle-même pour servir, dans une quête sonore vertigineuse, le thème scriabinien par excellence (dévolu au piano) de la libération de l’individu par la création, l’acoustique très absorbante de la Salle des concerts – privée ce soir de son estrade – en émoussait quelque peu les contours et ternissait la brillance des timbres, frustrant notre écoute de ce « splendide éclat » qu’au sommet final, le thème de l’affirmation sur trois intervalles de quarte doit atteindre. Tributaire de l’équilibre sonore toujours difficile à obtenir au concert avec la masse orchestrale – mais c’est l’enjeu même de l’écriture – le son du piano manquait certes de projection mais certainement pas de conviction à la faveur du jeu impérieux et de la présence rayonnante du soliste .

Le dispositif scénique souhaité par Aimard servait davantage le Prometeo de réclamant une spatialisation des six groupes instrumentaux qui encerclent le public. Conviant à une toute autre expérience d’écoute, l’œuvre, sous-titrée tragedia dell’ascolto – dont on n’entendait ce soir que des extraits – est une quête éthérée, inquiète, étrange, aux sonorités subliminales – parfois difficilement atteintes au sein des pupitres de cuivres ! – mêlant les instruments, la voix, le texte et l’électronique live qui en prolonge l’écho mystérieux… celui de Venise, la ville natale de Nono qui l’inspira toujours et dont l’univers acoustique unique et pluriel – des rumeurs de la lagune aux sons de cloches diffractées – renvoie peut-être à cette incertitude, cette insécurité ressentie à l’audition, qui nous étreint et nous dérange.

Crédit photographique : Pierre-Laurent Aimard © Guy Vivien

(Visited 170 times, 1 visits today)

Plus de détails

Paris. Cité de la Musique 26-III-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Les créatures de Prométhée op. 43 (extraits). Alexandre Scriabine (1872-1915) : Prométhée ou le Poème du feu op. 60. Luigi Nono (1924-1990) : Prometeo, Tragedia dell’ascolto (extraits). Pierre-Laurent Aimard, piano. Roberto Fabbriciani, flûte. Ernesto Molinari, clarinette. Klaus Burger, euphonium, tuba. Barbara Zanichelli, soprano. Amy Haworth, soprano. Suzanne Otto, contralto. Hubert Mayer, ténor. Caroline Chaniolleau, récitante. Mathias Jung, récitant. Experimentalstudio für akustische Kunst-Freiburg, réalisation électronique. Joachim Haas, Reinhold Braig, projection du son. Orchestre National de Lyon, direction : Thierry Fischer.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.