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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 27-III-2008. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Ogelala ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré bémol majeur op. 10 ; Albert Roussel (1869-1937) : Bacchus et Ariane, suite n°2 op. 43. Lise de La Salle, piano. Orchestre National de France, direction : James Conlon.

Certains compositeurs les accumulent. Après on s’étonne qu’ils aient été oubliés. , natif de Prague, a connu une brillante carrière de compositeur et concertiste dans les années 20 surtout en Allemagne, mais être juif à partir de 1933 étant mal vu, il a rejoint sa Bohème natale, sans se douter qu’elle serait happée par le Reich nazi pendant que les nations européennes tournaient la tête. Son esthétique très avant-gardiste, fortement influencée par le jazz, a achevé de le classer parmi les « dégénérés ». Mais ce n’est pas tout ! Communiste convaincu et militant au point de mettre en musique le Manifeste de Karl Marx, de surcroît homosexuel, notre héros a décidément tout fait pour se faire emprisonner en 1941 au camp de travail de Wülzburg, où il mourut l’année suivante de la tuberculose. Il n’a donc même pas eu l’opportunité d’être envoyé à Theresienstadt (Terezín) avec Gideon Klein, Pavel Haas, Hans Krása ou Viktor Ullmann, compositeurs dont on rappelle régulièrement le triste destin.

n’est pas à son coup d’essai dans ce répertoire, qu’il défend avec conviction. Ogelala mérite plus qu’un simple coup de projecteur. Ce ballet au sujet subversif (en gros une histoire de sexe et de torture dans l’Amérique centrale précolombienne) est l’enfant illégitime –mais ô combien réussi- du Mandarin merveilleux et du Sacre du printemps, avec le jazz pour marraine. Pointilleux à l’excès, Schulhoff est allé jusqu’à consulter les relevés ethnomusicologiques faits au Mexique et stockés à l’Université de Berlin. Le langage est modal, la percussion abondante (un passage complet est dédié à ce seul pupitre, quatre ans avant Ionisations de Varèse), le développement thématique obstinément refusé au profit de cellules mélodiques ressassées infiniment. Le résultat final de cette découverte est très proche de La noche de los Mayas de , œuvre dotée elle aussi d’une forte percussion. Il semble à peu près impossible que ces deux compositeurs aient pu se connaître ou communiquer. L’histoire de la musique réserve toujours des surprises. L’ aussi, galvanisé par cette partition guerrière, dans laquelle pas un pupitre n’a le temps de s’ennuyer. Très riche idée de de faire découvrir au public parisien cette œuvre, d’autant plus que l’intégralité des recettes de la soirée étaient versées au bénéfice du Sidaction.

Le reste du programme paraît banal, alors que le Concerto n°1 de Prokofiev et Bacchus et Ariane de Roussel ne sont pas si souvent programmés. En revanche, mettre autant de pièces exigeantes pour l’orchestre a un prix, celui du sacrifice : le National et Conlon n’ont pas eu ou pas pris le temps de travailler Prokofiev. Les décalages fusent, le son est brut de décoffrage, les cuivres tonitruent – alors que l’œuvre respire encore le post-romantisme. Pendant ce temps là fignole sa partition avec professionnalisme, faisant preuve d’un jeu très égal, tout à la fois puissant et délicat. En bis un choral de Bach/Busoni du même acabit, présenté avec pudeur et retenue. La suite n°2 de Bacchus et Ariane de Roussel qui terminait le concert avait eu droit à plus d’égard de la part de l’orchestre, le public retrouvant ainsi un National capable de jouer proprement.

Crédit photographique : © Stéphane Gallois

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 27-III-2008. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Ogelala ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré bémol majeur op. 10 ; Albert Roussel (1869-1937) : Bacchus et Ariane, suite n°2 op. 43. Lise de La Salle, piano. Orchestre National de France, direction : James Conlon.

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