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Aida, la religion du livre

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Berlin. Deutsche Oper. 28-III-2008. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aïda, opéra en trois actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Mise en scène : Christopher Alden ; décors : Andrew Lieberman ; costumes : Dœy Luethi. Éclairages : Adam Silverman.. Avec : Sara Galli, Aïda ; Carlo Ventre, Radamès ; Irina Mishura, Amnéris ; Raymond Aceto, Ramfis ; Ante Jerkunica, Le Roi d’Égypte ; Carlos Almaguer, Amonasro ; Jœl Prieto, Un Messager, Andion Fernandez, Une Prêtresse. Chœur du Deutsche Oper de Berlin (chef de chœur : William Spaulding). Orchestre du Deutsche Oper Berlin, direction : Renato Palumbo.

Le Deutsche Oper de Berlin consacre un mini festival à Verdi et ose une nouvelle production d’Aida. Il faut dire que la précédente, œuvre de remontait à 1982 ! Dès lors en bonne scène allemande, le Deutsche Oper a fait appel à un metteur en scène qui opère à cœur ouvert et sans anesthésie le chef-d’œuvre du compositeur italien. Frère jumeau du metteur en scène , bien (et trop !) connu du côté du Munich, cet homme de théâtre présente un solide pedigree que rien ne prédestinait au plantage absolu de cette production !

Le concept de mise en scène replace l’histoire au sein d’une sorte de « secte-état » totalitaire des années 1970 si l’on en juge par le décor glacial unique de hall d’hôtel international qui sert de cadre à cette question ou par les costumes tristounets curieusement inspirés de l’univers d’un Marthaler. Les personnages portent sur eux et lisent éternellement un petit livre blanc marqué symboliquement d’un oiseau. L’idée n’est peut être pas sotte, elle va au-delà d’un historicisme désormais insupportable pour des yeux modernes, mais la direction d’acteur était en total décalage avec le texte tout en présentant de sidérantes incohérences et des placages des plus malvenus. Dès le début, on est pris d’un certain malaise : des hommes viennent retirer un cadavre du jeu d’eau central. Suicide, mort violente ? Toutes les interprétations semblent ouvertes, mais à quoi bon et qu’est ce que cela a à voir avec l’histoire ? Dès la fin du prélude, Aida débarque pour frotter le sol avec une méchante loque sous les ordres de la Grande prêtresse reconvertie en mégère tyrannique…Ce sentiment d’incompréhension ne nous abandonnera pas de la soirée pour culminer lors d’une scène du triomphe sidérante ! Que penser de ce ballet de petites filles ultra-maquillées et en costume de danseuses ou de cette scène qui voit le roi d’Egypte contempler une ribambelle d’enfants qui mangent, sans les mains, des tartes préparées par leurs mamans ? À la différence du Rheingold de Hambourg qui s’appuyait sur une relecture minutieuse du texte, cette scénographie dépasse amplement le degré zéro de l’inspiration. Curieusement, le public a plutôt bien réagi et seules quelques huées isolées marquèrent la fin de l’acte II.

De la distribution, il faut surtout retenir la prestation des dames à commencer par la très belle incarnation d’Irinia Mishura en Amneris et celle fragile mais musicale de Sara Gilli en Aïda dont le physique longiligne évoque plus Cendrillon ou Juliette que l’Ethiopienne. Côté messieurs, c’est plutôt morne plaine avec un Radamès assez braillard et vociférant et un roi d’Egypte avare de charisme scénique et vocal ou un Amonastro engorgé. Fort heureusement, la direction dramatique et enflammée de , le chef de la maison de l’ex Berlin-Ouest, assure une tension de tous les instants et parvient à tirer le maximum de ses chanteurs sauvant la soirée du désastre total. Dernière bizarrerie de cette aventure : la belle affiche du spectacle qui représente une Aida imaginaire entourée d’éléphants ! C’est peu dire que l’affiche ne reflétait guère ce spectacle.

Crédit photographique : © DR

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Berlin. Deutsche Oper. 28-III-2008. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aïda, opéra en trois actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Mise en scène : Christopher Alden ; décors : Andrew Lieberman ; costumes : Dœy Luethi. Éclairages : Adam Silverman.. Avec : Sara Galli, Aïda ; Carlo Ventre, Radamès ; Irina Mishura, Amnéris ; Raymond Aceto, Ramfis ; Ante Jerkunica, Le Roi d’Égypte ; Carlos Almaguer, Amonasro ; Jœl Prieto, Un Messager, Andion Fernandez, Une Prêtresse. Chœur du Deutsche Oper de Berlin (chef de chœur : William Spaulding). Orchestre du Deutsche Oper Berlin, direction : Renato Palumbo.

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