Les rendez-vous montpelliérains de la Contemporaine

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Montpellier, Salle Pasteur / Le Corum. 18-VII-2008. Ondřej Adámek (né en 1979) : Sinuous Words pour ensemble ; Ivan Fedele (né en 1953) : Mosaïc pour violon et orchestre (CM) ; José Evangelista (né en 1943) : Alap et Gat pour ensemble. Francesco d’Orazio, violon ; Ensemble Orchestral Contemporain, direction : Daniel Kawka.

Quelque peu délaissée semble-t-il dans cette édition 2008 du Festival de Radio-France et Montpellier Languedoc-Roussillon – la semaine de l’électronique l’année dernière avait été autrement tapageuse ! – la musique d’aujourd’hui ne fait l’affiche cette année que de deux concerts, lors des rendez-vous gratuits de 18 heures à la salle Pasteur du Corum de Montpellier. Après le concert de l’ensemble strasbourgeois Accroche Note très chaleureusement accueilli par un public désormais fidèle aux soirées de « la Contemporaine », c’est l’excellent de Lyon sous la belle autorité de son chef qui nous proposait trois pièces très récentes dont une création mondiale d’. On attendait également avec beaucoup d’intérêt le concerto pour clarinette contrebasse de Art of Métal I – après la performance sonore que fut la création récente de Art of Métal III au Festival Agora de l’Ircam – ; mais l’irremplaçable , soliste de l’Ensemble Intercontemporain, étant souffrant, c’est Alap et Gap de , compositeur catalan de Valence qui fut jouée en remplacement. Attiré par la dimension mélodique et modale des musiques traditionnelles – des titres comme O Bali en témoignent – s’inspire ici des modèles formels de la musique d’Inde du Nord. Le compositeur réinvente une sorte de raga, plus récréatif qu’émotionnel, où l’exposition lente et non pulsée de la ligne mélodique ondoyant à travers les différents pupitres (Alap) est suivie d’une deuxième section rythmée (Gap) qui amorce un long accellerando et une démultiplication des lignes tissant une matière fluide et mouvante à laquelle les interprètes donnent un bel éclat sonore.

Plus intimiste mais puisant aussi à la source des modèles traditionnels, Sinuous words du compositeur tchèque se fonde sur les correspondances subtiles entre le langage parlé – on pense à son compatriote Janáček – et les sonorités instrumentales convoquant ici deux percussionnistes, une harpe, un piano aux côtés des cordes et des vents : une prière tchèque – évocation de son pays natal – puis une berceuse de Calédonie et enfin un combat de souffle Inuits sont autant d’incitations sonores évoquées par le compositeur pour forger une matière souvent au bord du silence. Un vocabulaire personnel sollicitant des modes de jeu originaux – parfois vains comme ce fil passé entre les cordes du piano – capte l’écoute mais ne parvient pas à imposer une syntaxe forte et cohérente.

La création mondiale du concerto pour violon Mosaïques d’ faisait l’événement de la soirée. Ce compositeur italien très présent sur la scène française – il a enseigné jusqu’en juin 2008 au conservatoire de Strasbourg – vient d’être nommé professeur de composition à l’Accademia Santa Cecilia de Rome, succédant à son illustre prédécesseur . Fedele évoque d’ailleurs Berio au sujet de sa nouvelle œuvre Mosaïque, une sorte de « Chemin » à partir d’une pièce pour violon solo Viaggiatori della notte écrite il y a vingt-cinq ans de cela dont il réalise l’agrandissement instrumental. C’est le même violoniste, Francesco d’Orazio – éminent interprète de la musique d’aujourd’hui et tout particulièrement de celle de Berio – qui créait ce soir cette version concertante en trois mouvements. « Je me sentais tel un archéologue fouillant les images d’un passé musical, tentant de les assembler avec ma nouvelle configuration… » souligne le compositeur. Cette dialectique opère dans le premier mouvement composant autour des lignes du violon comme une aura sonore dans une mosaïque de gestes et de figures apparentés. Utilisées avec beaucoup de retenue, les couleurs instrumentales « creusent » le sillage du soliste au cours du deuxième mouvement particulièrement émouvant dans l’interprétation très sentie qu’en livre  ; le final est pris dans une spirale ascendante que Francesco d’Orazio va mener jusqu’à son terme avec une égale fulgurance.

Crédit photographique : Daniel Kawka © Christian Ganet

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