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Festival des Arcs 2008, un auditorium des cimes

Force est de constater que musique et altitude font bon ménage. L’équipe du Festival des Arcs confirme. Rien de tel que ce coup de frais qui vous saisit à 2000 mètres, au plus fort de l’été, pour stimuler l’enthousiasme et exalter les énergies des musiciens. Du plus jeune au plus chevronné – et durant plus de deux semaines – ils enchantent les oreilles d’un public mélomane et passionné – vacanciers pour la plupart – ayant choisi la station des Arcs pour s’abreuver de musique et de grand(s) air(s). Son directeur artistique s’y emploie avec l’ardeur de sa jeunesse et l’excellence de son talent. Cumulant pour l’occasion les fonctions d’interprète – ce violoniste de haut vol sort de la Julliard School de New York – et de «grand ordonnateur du tout», il déploie une rigueur et un charisme qui cimentent cette vaste entreprise. Car au Festival proprement dit s’agrège l’Académie – une trentaine de professeurs accueillant plus de 180 élèves – au sein de laquelle, outre les Master-class quotidiennes, l’apprenti musicien peut se préparer aux concours d’orchestre, gérer son trac ou encore pratiquer le yoga.

Cette 35ème édition mettait à l’honneur les compositeurs nordiques avec les noms de «Sibelius, Grieg, Berwald…» qui faisaient la tête d’affiche. On y entend également des raretés tel le Quintette à vents de – rayonnant Fabien Thouand au hautbois – ou cet Octuor à cordes en la majeur de  : une pièce joviale autant que délicieuse, qui, à défaut de réelle épaisseur, brille par la qualité de ses interprètes – fougueuse – et l’ardeur festive de leurs archets. On appréciait également, aux côtés du récitant et comédien , le jeu puissamment coloré de la pianiste finlandaise Tuija Hakkila dans trois mélodrames de Schumann trop rarement donnés et dont on aurait aimé entendre la version originale en allemand. Parmi les moments d’exception, le très rapsodique Duo pour violon et violoncelle de Zoltan Kodaly mêlait, dans un jeu d’échanges endiablés, la sonorité racée de la violoniste – qui excellait la veille dans le septuor de Beethoven – à l’élégance souveraine et à l’aura lumineuse du violoncelle d’ conférant à cette partition étonnante son authentique verve populaire.

En invitant un compositeur vivant – (né en 1959) – dans cette édition 2008, le Festival des Arcs mettait la création contemporaine au cœur de sa programmation et face au questionnement d’un public curieux mais le plus souvent néophyte à qui va répondre avec cette disponibilité qui lève tout interdit lors de conférence, présentations d’œuvres ou échanges spontanés lors des concerts. Marqué par l’enseignement de ses maîtres Alain Banquart et , est engagé dans l’univers infra-chromatique ; il y entend forger sa sonorité et trouver «le chant qui le concerne» à l’échelle de la minutie de son travail d’écriture. Les sept œuvres composant ce «portrait» – dont une création mondiale, commande du Festival – étaient toutes jouées par l’, résident des Arcs cette année et lié depuis fort longtemps à l’univers du compositeur. C’est cette affinité singulière, intimement ressentie, qui habite l’interprétation du Quintette avec harpe – exceptionnelle Marion Lénart – dévoilant un monde de sonorités envoûtantes ; tout comme elle nous révèle le chef d’œuvre Sérail pour sextuor : cette œuvre fascinante, mâtinée d’Orient, était dirigée par Pierre Roulier qui semble l’avoir fait sienne et dont il donne à entendre la richesse des textures moirées avec une finesse d’approche et une sensibilité toute personnelle.

Un autre défi était relevé par le Quatuor Orfeo, un nom «qui sonne bien» pour ces quatre instrumentistes d’exception, ambitieux autant que passionnés – et Ayako Tanaka aux violons, Lise Berthaud à alto et au violoncelle – réunis depuis deux ans dans le but bien ciblé de jouer ensemble l’intégrale des Quatuors de Beethoven : Un pari qu’ils renouvelaient pour la troisième fois au rythme effréné de sept concerts en six jours. Ils avaient choisi de mettre en regard, pour une confrontation passionnante, les trois styles du génie beethovénien. Ainsi se toisaient dans le premier concert l’opus 135, 16ème et ultime quatuor écrit en 1826, et l’opus 18 n°4 qui se ressent encore des influences de Haydn et Mozart. On peut regretter la propension aux tempi trop enlevés – dans le Vivace du dernier quatuor par exemple – qui nuisent à la perception des belles textures/timbre de ces pages visionnaires ; mais les «Orfeo» nous proposent une lecture décapante de l’écriture beethovenienne dont la radicalisation du geste et la dramatisation – parfois outrée – du discours n’altèrent en rien la qualité du son toujours très contrôlé – merveilleux – et l’autorité d’une énergie commune très enthousiasmante.

Qu’elle émane des pages sublimes de la «cavatine» de l’opus 131 ou des horizons escarpés de la chaîne alpine, de toute part, la beauté aux Arcs vous assiège !

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