Retour aux sources musicales de Brahms par Gardiner

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, salle Pleyel. 28-IX-2008. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Coriolan, ouverture en ut mineur op. 62. Johannes Brahms (1833-1897) : Geistliches Lied op. 30, arrangement pour cordes de John Eliot Gardiner. Giovanni Gabrieli (1557-1612) : Sanctus et Benedictus a 12. Johann Eccard (1553-1611) : « Übers Gebirg Maria geht ». Roland de Lassus (1532-1594) : « Aus meiner Sünden Tiefe ». Heinrich Schütz (1585-1672) : « Saul, Saul, was verfolgst du mich ? », SWV 415. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : extraits de la cantate « Nach dir, Herr, verlanget mich », BWV 150. Johannes Brahms : Fest-und Gedenksprüche op. 109 ; Symphonie n° 4 en mi mineur op. 98. The Monteverdi Choir ; Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner.

C’est dans un programme éclectique et savamment agencé que Sir a choisi de s’illustrer salle Pleyel. Diriger des motets et des psaumes des XVIe et XVIIe siècles dans un concert consacré à Brahms semble a priori étrange et audacieux. Mais ce choix s’inscrit dans un projet de concerts consacrés aux racines musicales de Brahms. Et le dialogue entre les époques est un succès. Sans doute est-ce la réunion du et de l’, sous la direction éclairée de Gardiner, qui a permis un dialogue si harmonieux entre les styles. Ces ensembles se sont déjà distingués tant dans la musique ancienne que dans le répertoire du XIXe siècle, et leur polyvalence a permis un équilibre d’ensemble.

L’ouverture Coriolan a introduit le concert. La battue précise et dynamique du chef anglais a insufflé de la vie à l’œuvre de Beethoven. Le Geistliches Lied de Brahms qui suivait a illustré musicalement l’alliance du musicien allemand avec les musiques du passé. Le choix d’interprétation de Gardiner a souligné les sources anciennes auxquelles Brahms s’est abreuvé pendant la composition. L’élégance et le raffinement dans la direction, ainsi que la subtilité de la transcription pour cordes, ont permis une transition aisée avec les motets et les psaumes du XVIe siècle.

L’acoustique de la salle Pleyel a malheureusement diminué la saveur des œuvres de Johann Eccard et de , confiées au chœur a cappella. Sans la résonance et la réverbération du son qui se produit dans les églises, ces œuvres nous ont semblé un peu sèches. Le Fest-und Gedenksprüche de Brahms, qui achevait la première partie du programme, a lui aussi pâti de l’acoustique. En revanche, les chœurs de et de , soutenus par un petit ensemble instrumental, ont empli la salle Pleyel de sonorités subtiles et émouvantes. Gardiner a su rendre leur grâce et leur simplicité apparente à ces œuvres.

Les extraits de la cantate de Bach BWV 150 semblaient détachés de leur contexte mais leur place dans le programme répondait à une logique précise : le thème de cette cantate irrigue le dernier mouvement de la Symphonie n° 4 de Brahms, donnée en deuxième partie. Gardiner en a donné une interprétation fine et expressive. Il a mis en valeur la pureté des timbres et tout particulièrement des vents au début du deuxième mouvement (cors, puis flûtes, hautbois et bassons). Certains auditeurs n’ont pu s’empêcher d’applaudir à l’issue du premier mouvement vif et enlevé.

Le retour aux sources musicales de Brahms est un magnifique projet qui a été conçu et réalisé avec brio par Sir . Seule une impeccable logique musicale et un véritable sens artistique ont permis une conception et une réalisation également réussies.

Crédit photographique : Sir John Eliot Gardiner © Steve Forrest – 2004

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