Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Original et intelligent hommage à l’alto, instrument peu souvent fêté

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Paris. Salle Cortot. 15-X-2008. Fiodor Droujinine (1932-2007) : Sinfonia a due, pour 2 altos. Théophile de Wallensbourg (1974-) : De Profundis, pour viole d’amour et baryton à cordes. Dimitri Chostakovitch (1906-1975)  : Sonate pour alto et piano opus 147  ; Quatuor à cordes n° 5 opus 92. Juliette Danel, Vlad Bogdanas, Pierre Lénert : alto ; Philippe Foulon : baryton à cordes ; Guigla Katsarava : piano ; Quatuor Danel.

Chostakovitch et Droujinine – Hommage à l’Alto

En organisant cet «Hommage à l’Alto» l’Association Internationale a également honoré , altiste du Quatuor Beethoven de Moscou (à partir de 1964), en programmant des œuvres qui lui sont intimement liées : d’abord une œuvre de sa composition, puis une création mondiale «à la mémoire de », enfin deux œuvres de Chostakovitch, la Sonate op. 147 qui lui est dédiée et le Quatuor n°5 créé en 1953 par le Quatuor Beethoven de Moscou, avec Vladimir Borissovski à l’alto, professeur et prédécesseur de Droujinine dans cette formation. Cela constitua un programme à la fois cohérent et hétéroclite, qui vit se succéder sur scène trois altistes, accompagnés par d’autres instrumentistes selon la configuration exigée par l’œuvre jouée.

La première partie du concert débuta par Sinfonia a due de Fiofor Droujinine, datée de 1986, dédiée «à la mémoire de Romain Gary» dont la lecture de l’œuvre inspira le compositeur. Œuvre à programme, pour deux altos, faisant se succéder des sections de style assez disparate au grée sans doute des différents passages de l’œuvre de Gary qu’elle illustre, elle nous a rapidement donné la sensation, comme souvent lorsqu’un instrumentiste compose pour son propre instrument, que Droujinine avait essayé d’en utiliser toutes les possibilités expressives. Avouons que de ce point de vue, c’était plutôt réussi et fort bien mis en œuvre par Vlad Bogdanas et Juliette Danel, et constituait d’ailleurs un de ses principaux intérêts de l’écoute, tant l’alto n’est pas un instrument souvent mis sur le devant de la scène. L’occasion était ainsi trop belle d’en profiter même si le niveau d’inspiration de «Fedia» était sans doute inférieur à son modèle et ami «Dimitri Dmitrievitch» (c’est ainsi que Droujinine et Chostakovitch se nommaient entre eux). Si l’œuvre de Droujinine, bien que datée de 1986, ne répondait pas aux canons de l’orthodoxie de la musique d’alors, comme celle de Chostakovitch d’ailleurs, l’œuvre qui suivit, en création mondiale, renvoyait encore plus loin dans le passé, en inspiration comme en instrumentation, vers la musique byzantine antérieure au XIIième siècle. Point d’alto évidemment, mais une viole d’amour jouée par Pierre Lenert (accessoirement premier alto solo de l’Orchestre de l’Opéra de Paris) chargée de la partie mélodique de l’œuvre, accompagnée par un long ostinato du baryton à cordes, instrument créé au XVIIIième siècle, joué ce soir par . Le compositeur, présent au concert, voulait ainsi rendre hommage à Droujinine en essayant de retrouver la beauté des chants de l’église orthodoxe que l’altiste aimait tant. N’étant pas spécialiste de cette musique nous nous garderons bien de porter un jugement, mais nous avons pris plaisir à écouter cette œuvre originale.

Chostakovitch composa sa Sonate pour alto et piano assez rapidement, dans les derniers jours de sa vie. Il demanda à plusieurs reprises à son ami «Fedia» conseil sur les possibilités de l’instrument, et se vit répondre qu’il ne devait pas se restreindre dans son inspiration, c’était aux altistes de trouver la solution. Ainsi donc naquit cette sonate qui commence par une quasi citation du début du Concerto «A la mémoire d’un ange» d’Alban Berg et se termine par un Adagio en hommage à Beethoven reprenant au piano le thème, intelligemment transformé, de l’Adagio sostenuto de la Sonate «Au clair de lune». Droujinine raconte la double émotion qui l’a étreint, d’abord lorsque le compositeur lui demanda de créer cette œuvre, puis lorsqu’il lut sur la partition qu’elle lui était dédiée. Ce soir , retrouvant son alto habituel, rejoint par le pianiste géorgien , nous en ont donné une fort belle interprétation, dont l’exemplaire final montra qu’on peut «piquer» un thème célèbre sans le plagier, à condition de le faire avec génie. Enfin le clôtura le concert avec le Quatuor n°5, peut-être légèrement moins dynamique que lors de leur intégrale dans la même salle il y a presque deux ans, mais toujours sans faute. Une soirée au contenu original qui a fait salle comble, et c’était mérité.

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Paris. Salle Cortot. 15-X-2008. Fiodor Droujinine (1932-2007) : Sinfonia a due, pour 2 altos. Théophile de Wallensbourg (1974-) : De Profundis, pour viole d’amour et baryton à cordes. Dimitri Chostakovitch (1906-1975)  : Sonate pour alto et piano opus 147  ; Quatuor à cordes n° 5 opus 92. Juliette Danel, Vlad Bogdanas, Pierre Lénert : alto ; Philippe Foulon : baryton à cordes ; Guigla Katsarava : piano ; Quatuor Danel.

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