Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Un rendez-vous de haute voltige

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Perpignan. Auditorium du Conservatoire. 22-XI-2008. José Manuel López López (né en 1956) : African Winds III pour saxophone, marimba et vibraphone (CM) ; Giacinto Scelsi (1905-1988) : Maknongan pour saxophone baryton ; Daniel Tosi (né en 1953) : Phonic Design V pour saxophone et marimba (CM) ; Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Vibra Elufa pour vibraphone ; Philippe Hurel (né en 1955) : A bâtons rompus pour saxophone et percussions (CM). Duo Pulsaxion : Radek Knop, saxophones ; Philippe Spiesser, percussions.

Festival Aujourd’hui Musiques

Sous le titre rassembleur de «Multi-phonies», le Festival des «Créations Sonores Aujourd’hui Musiques de Perpignan» qui s’est déroulé du 11 au 23 Novembre 2008, entendait cette année apporter un éclairage vivifiant sur «les extrapolations du domaine de l’ouïe» selon les termes de , son directeur artistique. Ces soirées électroniques (le GRM en ouverture, l’IRCAM en clôture !), ont été des spectacles multimédia mêlant les supports audio et vidéo, des performances et des installations qui témoignaient de ces dérives de l’art sonore aujourd’hui largement assisté ou relayé par l’ordinateur.

Si le concert du duo «Pulsaxion» – deux interprètes de haut vol qui tutoient la perfection – était purement acoustique, il n’en offrait pas moins une palette de sonorités extrêmement riche à la faveur des cinq pièces (dont trois créations mondiales, commandes du Festival Aujourd’hui Musiques) jouées ce soir par Radek Knop aux saxophones et l’invitation de Philippe Spiesser à la percussion.

Venu de Madrid, où il est actuellement directeur artistique de l’Auditorium National de Musique, le compositeur espagnol évoque au sujet de sa pièce African Winds III pour saxophone, marimba et vibraphone, la technique du «hoquetus» africain. Une manière de briser la ligne mélodique pour en fragmenter le timbre. En résulte une sorte d’illusion acoustique opérée par l’alchimie des sonorités en surimpression. Réitérant en continu le même geste instrumental, l’œuvre engage une virtuosité phénoménale assumée avec maestria par les deux interprètes.

Radek Knop revenait seul sur scène avec le saxophone baryton pour interpréter Maknongan (1976) de , une œuvre puissante relevant de l’écriture incantatoire du compositeur italien dont on fête cette année les vingt ans de la disparition.

Maknongan est une pièce redoutable pour l’instrumentiste à vent (remarquable Radek Knop) amené à entretenir dans le registre grave une même note qui fluctue au quart de ton selon les différentes occurrences de timbre sollicitées par l’écriture. Avec une concentration de jeu qui captive l’écoute, Radek Knop confère à l’œuvre sa part de mystère et son aura envoûtante.

Dans Phonic Design V pour saxophone alto et marimba (la seconde création de la soirée) revisite les archétypes pour les interroger et y réfléchir son style. En invoquant les Caprices de Paganini et les Etudes transcendantales de Liszt, c’est le geste instrumental initié par le modèle et son esprit virtuose qu’il veut réincarner. Soit une musique solaire et volubile dont les deux interprètes, mis au défi, révèlent la puissance du jaillissement et une force cinétique.

Vibra Elufa de que Philippe Spiesser jouait au vibraphone solo est une pièce soliste extraite de Licht, issue du théâtre liturgique en sept opéras que le compositeur acheva en 2004.

Comme dans toutes les œuvres de cette dernière période de composition, l’attention est dirigée vers le spirituel, l’œuvre devenant une sorte de rituel. Stockhausen exigeait de ses interprètes qu’ils jouent par cœur comme le fit Philippe Spiesser avec une élégance dans le geste toute singulière. L’écriture presque sage concentre l’audition sur quelques figures en animation mais la qualité résonante de leur projection dans l’espace nimbe la pièce d’une aura lumineuse et presque hypnotique.

Présent dans la salle, venait retracer en quelques mots lumineux la genèse de sa nouvelle pièce, A bâtons rompus, pour saxophone et percussions : Passionné par l’élaboration de complexes sonores inouïs, Hurel nous dévoile quelques trouvailles singulières – le mixe des sons multiphoniques du saxophone et des impacts de gong – qui viennent rehausser de leurs éclats multiples le sillage de chaque trajectoire sonore ; Musique de l’urgence, l’œuvre est traversée d’une énergie pulsionnelle qui galvanise son auditeur.

Chapeau bas au duo «Pulsaxion» dont l’immense talent et l’investissement sans compter mettait ce soir l’écoute sous haute tension.

Crédit photographique : © DR

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Perpignan. Auditorium du Conservatoire. 22-XI-2008. José Manuel López López (né en 1956) : African Winds III pour saxophone, marimba et vibraphone (CM) ; Giacinto Scelsi (1905-1988) : Maknongan pour saxophone baryton ; Daniel Tosi (né en 1953) : Phonic Design V pour saxophone et marimba (CM) ; Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Vibra Elufa pour vibraphone ; Philippe Hurel (né en 1955) : A bâtons rompus pour saxophone et percussions (CM). Duo Pulsaxion : Radek Knop, saxophones ; Philippe Spiesser, percussions.

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