Au pays bleu

La Scène, Opéra, Opéras

Le Creusot, Théâtre de L’arc, 7-XII-2008. « Les folies d’Offenbach » : spectacle sur des airs de Jacques Offenbach (1819-1880). Solistes de Lyon-Bernard Tétu ; Percussions Claviers de Lyon ; piano : Sébastien Jaudon ; costumes : Robin Chemin ; chorégraphie : Philippe Chevalier ; adaptation et mise en scène : Jean Lacornerie ; arrangements : Gérard Lecointe ; direction musicale : Bernard Tétu.

Les folies d’Offenbach

Encore une soirée Offenbach à la veille des fêtes de fin d’année, me direz-vous ; mais en voir une de cette qualité, c’est plus rare, et elle mérite largement le détour, avec trois étoiles à la clef de sol ! La collaboration entre les artistes lyonnais et Jean Lacornerie, Philippe Chevalier et Robin Chemin, qui avaient déjà participé au spectacle «Signé Vénus» en 2007, fait sauter les bouchons de champagne, titille les oreilles et excite l’intelligence.

La soirée est organisée en cinq séquences extraites de diverses opérettes ; en premier le «Dictionnaire des onomatopées» insiste sur celle du général Boum, sur les zon-zon de la mouche d’Orphée aux Enfers, sans oublier l’alphabet de Madame l’Archiduc. Vient ensuite le «Fantasme de l’uniforme», qui nous rappelle par exemple le prix que l’on accorde au «sabre de son père» ou la gêne que l’on éprouve lorsque son «habit a craqué dans le dos». En troisième partie, une poétique «Histoire de plume» parle du rêve de la belle Hélène, tandis que fuit la tourterelle des Contes d’Hoffmann. Les thèmes de la danse puis celui de la grande bouffe concluent ce catalogue raisonné.

Mais jamais on a l’impression d’une énumération ennuyeuse, car tout se déroule à un train d’enfer, avec des chanteurs qui sont en même temps d’excellents acteurs, s’amusant eux-mêmes de leurs facéties. Les femmes ont un allant qui cherche à rivaliser avec celui d’ et les hommes ont une vivacité qui culmine dans le «Menu à toute vitesse». Les costumes simples et colorés sont efficaces et drôles, jouant parfois sur les mots : une robe à panier fait effectivement balancer un panier fleuri sur le postérieur d’une dame ! Dans la séquence «Petit traité de danse», un jeu de jambes postiches sème la perplexité avant de susciter le rire. Les effets magiques font partie intégrante de l’action et soulignent que dans tout spectacle, tout n’est qu’illusion.

L’arrangement de Gérard Lecointe joue un rôle essentiel dans la réussite de cette re-création. Il aurait pu paraître présomptueux de remplacer les instruments traditionnels de l’orchestre du XIXe par un ensemble à percussion ; pourtant, si on réfléchit au fait que l’art d’Offenbach repose essentiellement sur le rythme, on conçoit que cette idée n’a rien d’incongru. De plus, les sonorités des claviers rappellent celles des boîtes à musique et ne sont pas sans poésie. D’ailleurs les instrumentistes se complètent merveilleusement dans cet arrangement plein d’exigence. Gérard Lecointe ne dédaigne pas les modulations abruptes, ni celles au demi-ton dans le style «variétés», ni les références en clin d’œil au jazz. Cette réécriture n’est jamais pesante et c’est bien par là qu’il atteint la symbiose avec la subtilité ironique de .

Les musiciens n’ont pas l’air de se prendre au sérieux et s’engagent totalement dans le spectacle : quoi de plus hilarant quand ils zonzonnent dans le duo de la mouche en battant des ailes en même temps que Jupin amoureux, quoi de plus délicieux lorsqu’ils frappent sur leurs lames avec des bottines lorsqu’une soprano énonce que «sa robe fait frou-frou» et ses «petits pieds font clic-clac», quoi de plus acrobatique enfin lorsque les marimbas valsent à leur tour ? Ce remarquable ensemble lyonnais, au talent déjà éprouvé, nous propose aussi des pots-pourris qu’ils interprètent en manière d’interlude entre les séquences, annonçant par là comme dans une ouverture les thèmes à venir dans la partie suivante.

D’une manière générale la progression du spectacle est fort convaincante ; les deux premières parties insistent sur le côté cocasse du langage, amplifié par des subtilités musicales, et sur le ridicule des situations. «Une Histoire de plume» offre un instant de rêve au milieu du délire. Ensuite une frénésie de plus en plus grande saisit les personnages, comme s’ils étaient de plus en plus occupés à profiter et à s’en «fourrer fourrer jusque là». Cette fureur compulsive de consommer est brutalement interrompue par l’apparition noire de Metella ; après un récitatif parodique qui évoque «l’endroit effroyable où les fils mineurs font sauter l’argent gagné par leurs pères», celle-ci fait terminer le spectacle sur une note mélancolique en constatant : «Ohé, les heureux du jour… voici comment la fête finit.»

Crédit photographique : © DR

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.