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Splendeurs et misères du Mariinsky

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Baden-Baden. Festspielhaus. 28-XII-2008 (matinée/ soirée). Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en trois actes d’après le roman de Miguel de Cervantes. Chorégraphie : Alexander Gorsky, d’après Marius Petipa. Décors : Alexander Golovin et Konstantin Korovin. Costumes : Konstantin Korovin. Avec : Alina Somova/ Olesya Novikova, Kitri ; Mikhail Lobukhin/ Leonid Sarafanov, Basil ; Islom Baimuradow/ Konstantin Zverev, Espada ; Ekaterina Kondaurova/ Alina Somova, la Reine des Dryades ; Valerya Martinyuk/ Elizaveta Cheprasova, Cupidon ; et le Corps de Ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Petersburg. Orchestre du Théâtre Mariinsky, direction : Boris Gruzin.

Comme l’année précédente, le Kirov passe les fêtes de fin d’année à Baden-Baden. Les deux représentations de Don Quichotte étaient l’occasion d’évaluer à nouveau cette troupe dont la moitié est constamment en tournée et qui vient d’intégrer très récemment un grand nombre de jeunes danseurs sortis entre autres de l’école Vaganova, première pourvoyeuse d’artistes du Kirov.

En matinée, officiaient Alina Somova et dans les rôles principaux. Mlle Somova est une danseuse ( ?) qui mériterait à elle seule un article entier sur son cas, non tant pour flatter par des éloges qu’elle ne mérite pas, mais pour étudier ce phénomène surnaturel qui ne fait qu’avoir les jambes ouvertes à leur maximum physiologique et dont il semblerait que ce soit le but attendu de la danse. Mis à part cela, elle ne possède pas de qualités incontestables. Le style, si tant est qu’il soit possible d’en distinguer un véritable, n’est pas celui de la grâce et de la finesse du Kirov. Le concept des poignets cassés et des doigts écartés est identique à celui de ses membres inférieurs : elle s’oblige à occuper le plus d’espace, et à se disperser absolument en perdant toute la force centripète de la danse. Cela en devient absurde dans les arabesques, ou dans les attitudes, où le pied dépasse la tête de la danseuse, voire s’apprête à percuter le partenaire quand celui-ci la tient par la taille. Il n’y a aucune cohérence artistique, car cela ne correspond à aucune idée de la danse, ni de cohérence esthétique, car il n’y a aucune beauté à ruiner les lignes.

Cela est d’autant plus probant devant l’absence de collants blancs au premier acte, ce qui fait sortir les muscles de la jambe de façon peu harmonieuse et par trop saillante. La vulgarité du maquillage outrancier est à l’aune des efforts qu’elle déploie pour tourner ; les fouettés sont tout simplement horribles, et devant tant de souffrances à déployer sa jambe à hauteur de hanche, on en vient même à admirer qu’elle puisse assurer l’ensemble d’une représentation. L’évolution est tout de même flagrante depuis quelques années, où, dans le Lac des Cygnes, elle ne parvenait pas même à finir correctement une variation. Là, elle assure son emploi pour la représentation, mais cela ne fait pas la gloire du Kirov. Enfin, et malgré une amplitude de sauts non négligeables, on ne finit par n’être affligé devant la pauvreté consternante du mime qui fait passer n’importe quel gamin de l’école de danse pour un génie d’interprétation scénique.

La compensation viendra du rôle masculin. est tout l’inverse de Mlle Somova ; son mime est persuasif et l’on se prend à sourire devant la malice avec laquelle il mène l’action. Il danse fort bien, et de manière élégante ; il n’y pas là de maniérisme ni de platitude, penchants sur lesquels les titulaires du rôle se pervertissent. Comme il ne cherche pas à convaincre de l’absence de son caractère espagnol, il en ressort la beauté d’une danse de grande pureté, sans effets inutiles.

Mlle Kondaurova, en dépit d’un physique athlétique, et parce qu’elle est contrainte de composer avec, possède un certain lyrisme dans la Reine des Dryades, que n’a pas eu Mlle Somova dans ce même rôle en soirée (et l’on se contente d’un commentaire si succinct par crainte de retrouver des défauts que l’on aurait oublié de la matinée). Cupidon par Valerya Martinyuk possède une part mutine qui s’allie avec bonheur à la vivacité de sa danse tonique et musicale (la coda du deuxième acte fait voir des grands jetés splendides et appliqués sur la musique). Mlle Cheprasova, en soirée, a un comportement plus relâché, mais non moins intéressant que Mlle Martinyuk.

Cette version de Don Quichotte possède moins de danses que dans la version actuelle du Bolchoï, mais Alexandra Iosifidi emporte avec sensualité l’auditoire grâce à une danse pleine de mystère dans le rôle de la danseuse de rue et Islom Baimuradow est très convaincant en Espada, avec des jeux de cape très fouillés et un style racé.

Le corps de ballet, constitué de nombreuses jeunes recrues, montre quelques imprécisions et hésitations, plus visibles dans le Grand Pas que dans l’acte des Dryades, où l’ensemble est plus travaillé. La simplicité des costumes contraste singulièrement avec la richesse des décors (certes, que des fonds peints) qui sont éclairés avec une lumière chaleureuse et ensoleillée. L’impression laissée par l’Acte des Dryades reste celle des voluptueux bras évoluant dans une atmosphère radieuse, avec un orchestre d’une douceur qui confère à la représentation un climat ouaté et feutré.

Le soir a fait éclater avec brillance le talent évident de Mlle Novikova. Avec légèreté et brio, c’est une danseuse qui écoute la musique et semble respirer en la dansant. Quand bien même quelques imperfections techniques subsistent, elles sont minimes au regard de la cohérence construite pour le rôle de Kitri. Cet aspect est sublimé par la liaison avec , véritable prodige. Facétieux (mais sans excès), il se joue de tous les obstacles avec aisance ; la jeunesse de son visage, sa blondeur rendent d’autant plus crédible son investissement dans Basil, et ses capacités physiques sont intelligemment utilisées. C’est donc un couple très uni qui finalisait en beauté un Grand Pas final jubilatoire.

Deux représentations dans la même journée ont permis d’apprécier deux équipes différentes. Incontestablement, et malgré les mérites relatifs de la première, la seconde a remporté tous les suffrages ; celle-ci, d’ailleurs, est généralement très appréciée des balletomanes russes et est la figure de proue de la troupe du Kirov en tournée.

Crédit photographique : O. Novikova et L. Sarafanov © N. Razina

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Baden-Baden. Festspielhaus. 28-XII-2008 (matinée/ soirée). Ludwig Minkus (1826-1917) : Don Quichotte, ballet en trois actes d’après le roman de Miguel de Cervantes. Chorégraphie : Alexander Gorsky, d’après Marius Petipa. Décors : Alexander Golovin et Konstantin Korovin. Costumes : Konstantin Korovin. Avec : Alina Somova/ Olesya Novikova, Kitri ; Mikhail Lobukhin/ Leonid Sarafanov, Basil ; Islom Baimuradow/ Konstantin Zverev, Espada ; Ekaterina Kondaurova/ Alina Somova, la Reine des Dryades ; Valerya Martinyuk/ Elizaveta Cheprasova, Cupidon ; et le Corps de Ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Petersburg. Orchestre du Théâtre Mariinsky, direction : Boris Gruzin.

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