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Rachmaninov pudique et percussif avec Ivo Pogorelich et la Polnische Kammerphilharmonie

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Baden-Baden. Festspielhaus. 29-I-2009. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano ey orchestre n°2 en ut mineur op. 18. Witold Lutoslawski (1913-1994) : Petite suite pour orchestre (Mala suita). Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Symphonie n°3 en la mineur « Ecossaise » op. 56. Ivo Pogorelich, piano ; Polnische Kammerphilharmonie, direction : Wojciech Rajski.

Le temps fort de ce concert, donné dans le cadre du Festival d’hiver de Baden-Baden, était indubitablement en première partie l’interprétation d’ dans le célébrissime Concerto pour piano n°2 de Rachmaninov. Raide, concentré, ascétique – les photos respectives de et de Pogorelich dans le programme de salle révèlent une troublante ressemblance –, le pianiste propose une approche originale, souvent passionnante et, comme à son habitude, à rebours d’une certaine tradition. Il évite ainsi soigneusement tout alanguissement ou sentimentalisme dans cette œuvre, où dominent pourtant les élans passionnés. Un Rachmaninov pudique ? Une antinomie, diront les détracteurs du compositeur, habitués à tant d’interprétations dégoulinantes de pathos. Et pourtant, l’iconoclasme d’ nous donne à entendre un Rachmaninov inconnu, inouï et qui se tient… du moins jusqu’au final où l’envolée lyrique du second thème contraint finalement le pianiste à s’abandonner un peu.

S’appuyant sur une palette dynamique d’une étendue hallucinante, du pianissimo susurré au fortissimo d’une puissance titanesque (le premier thème du final par exemple), ne ménageant pas son rubato, jouant de contrastes marqués dans les tempi, Ivo Pogorelich rend évidents les thèmes au milieu des multiples contre-chants. Quitte à abandonner temporairement le legato, il les fait sonner violemment tels des cloches, celles dont s’inspire l’introduction du premier mouvement. Ce faisant, il révèle un aspect percussif du piano de Rachmaninov d’une étonnante modernité, évoquant Prokofiev voire Stravinski. La virtuosité ne lui pose évidemment aucun problème mais toujours sans ostentation ni histrionisme ; la main paraît caresser le piano sans effort apparent. La poésie n’est cependant pas absente, comme le démontre la rêverie du second mouvement et sa péroraison lentissime et suspendue.

L’Orchestre Philharmonique de chambre polonais– qui n’a de chambriste que le nom mais aligne un effectif de type symphonique –, dirigé par Wojciech Rajski, n’est pas tout à fait au diapason de la vision épurée du pianiste. Il offre en effet une interprétation propre et digne mais beaucoup plus traditionnelle, avec ses longues envolées soyeuses et frémissantes des cordes. L’entente entre le chef et le pianiste ne semble pas parfaite non plus ; à la réexposition du premier mouvement, Ivo Pogorelich tente d’imposer un tempo plus retenu que l’orchestre, ce qui induit un décalage rapidement rattrapé.

En deuxième partie, l’orchestre rendait hommage à son compatriote Witold Lutoslawski avec sa Petite Suite, courte œuvre en quatre parties, inspirée du folklore, à la puissante charpente rythmique et mettant en valeur les différents pupitres. Suivait la troisième symphonie de , dite «Ecossaise» – mais sans rien qui évoque nettement les brumes des Highlands ! –, dans une interprétation d’une grande clarté et parfaite de mise au point mais fort peu romantique. Les cordes ont à nouveau démontré leur qualité ; les bois souvent acides et agressifs – les flûtes en particulier – ont manqué de poésie. Le chef Wojciech Rajski s’y est montré très attentif à l’équilibre sonore et à la précision rythmique, avec un second mouvement au tempo endiablé et assumé.

Mais l’essentiel de ce concert, suivi par un public remarquablement attentif et silencieux, était ailleurs. En première partie, Ivo Pogorelich avait montré qu’il possédait tout un orchestre, ses couleurs et sa dynamique, dans son piano.

Crédit photographique : Ivo Pogorelich © Antonio D’Amato

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Baden-Baden. Festspielhaus. 29-I-2009. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano ey orchestre n°2 en ut mineur op. 18. Witold Lutoslawski (1913-1994) : Petite suite pour orchestre (Mala suita). Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Symphonie n°3 en la mineur « Ecossaise » op. 56. Ivo Pogorelich, piano ; Polnische Kammerphilharmonie, direction : Wojciech Rajski.

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