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Albert Herring, le péril jeune

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Paris, Opéra-Comique. 26-II-2009. Benjamin Britten (1913-1976) : Albert Herring, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eric Crozier. Mise en scène : Richard Brunel ; scénographie : Marc Lainé ; costumes : Claire Risterucci ; lumières : Mathias Roche ; Avec : Allan Clayton, Albert Herring ; Nancy Gustafson, Lady Billows ; Hanna Schaer, Mrs Herring ; Julia Riley, Nancy ; Felicity Palmer, Florence Pike ; Ailish Tynan, Miss Wordsworth ; Leigh Melrose, Sid ; Christopher Purves, Mr Gedge ; Simeon Esper, Mr Upfold ; Andrew Greenan, Mr Budd. Orchestre de l’Opéra de Rouen, direction : Laurence Equilbey.

Derrière ce nom un peu curieux (Albert Le Hareng… ) se cache une célèbre nouvelle de Maupassant, Le rosier de Madame Husson, transposée par Britten dans son Suffolk natal. Dans son troisième opéra, créé au festival de Glyndebourne en 1947, Britten reprend la figure de l’individu isolé face à la société, comme dans Peter Grimes, et aborde le thème de l’innocence soumise à la tentation, qu’il développera dans Le tour d’écrou. Il s’amuse aussi à créer un véritable kaléidoscope de styles et de citations. D’innombrables formes musicales sont traitées avec la plus grande virtuosité et un humour ravageur : les airs patriotiques, les marches pompeuses, les interludes nocturnes, de savoureux récitatifs accompagnés au piano et toutes les formes d’ensembles vocaux possibles jusqu’à un extraordinaire thrène à neuf voix.

Les quatorze musiciens de l’Orchestre de Opéra de Rouen, menés par , donnent de cette partition brillante une lecture remarquablement fine et énergique. Quant à la mise en scène de , on doit lui reconnaître une forte cohérence et une grande habileté, malgré une utilisation excessive des plateaux tournants.

Pourtant, il faut avouer que sa vision ne convainc guère. Qu’il se prive du charme de la province anglaise des années 1900 pour donner une résonance moderne à l’œuvre, pourquoi pas, même si les décors de banlieue américaine sont vraiment froids. La critique d’une société aseptisée et sclérosée, qui a peur de sa jeunesse et la soumet à la vidéosurveillance, fonctionne ; mais le monde déshumanisé qu’il s’efforce de construire évacue le comique minutieusement élaboré par Britten et Crozier, dans la lignée de Dickens, Wodehouse et bien sûr Gilbert et Sullivan. Les notables si typiques (le pasteur de campagne, l’institutrice prude ou le policeman flegmatique) sont réduits à des marionnettes quelque peu hystériques. La monumentale Lady Billows, transformée en pimpante housewife, ne s’en tire guère mieux, d’autant que Nancy Gustafson montre une voix fragilisée et une diction imparfaite, des reproches qui valent aussi pour . En définitive, les tenants de l’austérité morale qui pousse Albert à la révolte apparaissent bien falots, à l’exception de la formidable , et la relecture pessimiste de la dernière scène n’en paraît que plus forcée. Les autres protagonistes sont excellents, surtout , déjà remarqué dans le périlleux rôle-titre, l’été dernier à Glyndebourne. Les adolescents (issus de la ) sont parfaits, ce qui rend d’autant plus impardonnable la suppression de la plupart des scènes où ils apparaissent seuls ! On regrette notamment l’énumération des friandises disposées sur le buffet et les petits poèmes de compliments débités à toute vitesse, deux moments délicieux d’une œuvre hédoniste, véritable pied de nez à tous les moralisateurs.

Crédit photographique : (Albert Herring) ; Ailin Tynan (Miss Wordsworth) © Jean-Louis Fernandez

Orchestre de l’Opéra de Rouen

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Paris, Opéra-Comique. 26-II-2009. Benjamin Britten (1913-1976) : Albert Herring, opéra-comique en trois actes sur un livret d’Eric Crozier. Mise en scène : Richard Brunel ; scénographie : Marc Lainé ; costumes : Claire Risterucci ; lumières : Mathias Roche ; Avec : Allan Clayton, Albert Herring ; Nancy Gustafson, Lady Billows ; Hanna Schaer, Mrs Herring ; Julia Riley, Nancy ; Felicity Palmer, Florence Pike ; Ailish Tynan, Miss Wordsworth ; Leigh Melrose, Sid ; Christopher Purves, Mr Gedge ; Simeon Esper, Mr Upfold ; Andrew Greenan, Mr Budd. Orchestre de l’Opéra de Rouen, direction : Laurence Equilbey.

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