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Laurent Petitgirard transporte Berlioz…

La Scène, Opéra, Opéras

Toulon. Opéra. 27-II-2009. Hector Berlioz (1803-1869), L’enfance du Christ, Trilogie sacrée en trois parties. Mise en scène : Frédéric Andrau. Lumières et vidéo : Ivan Mathis. Costumes, Ludovic Londiveau. Avec : Avi Klemberg, le Récitant / Centurion ; Blandine Staskiewicz, Marie ; Thomas Dolié, Joseph / Polydorus ; Paul Gay, Hérode ; Jean-Marie Frémeau le père de famille. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Toulon (chef de chœur : Catherine Alligon). Direction : Laurent Petitgirard.

L’enfance du Christ

S’il est une œuvre insolite, presque incongrue dans l’œuvre de Berlioz c’est bien L’Enfance du Christ. Le sujet est déjà surprenant pour cet athée revendiqué et affirmé. Du reste il semble comme s’excuser de le traiter, en masquant sa paternité derrière un prétendu manuscrit du XVIIe siècle retrouvé, mais aussi en le présentant comme une belle histoire pour ses nièces. De fait même extrait du contexte berliozien, cette Enfance du Christ dénote dans le concert des musiques sacrées.

Bien que présenté comme une «trilogie sacrée», cet opéra oratorio – on sait combien le style fait, lui aussi, débat ! – s’apparente plus au récit mythique ou mythologique, à l’épopée d’un Chrétien de Troyes qu’à un récit sacré. Elle n’a de sacré que le thème et la reprise des modes anciens (plain-chant ou mode phrygien) renforce au contraire la fable historique que le récitatif du conteur rend d’autant plus évidente. Si Bach s’inspire profondément des Écritures pour son oratorio de Noël, Berlioz, écrit lui-même les textes de son Enfance du Christ. Ce n’est pas une médiation exégétique, comme ce que fera Beethoven dans l’incarnatus est de la Messe en ut. Berlioz raconte aux chrétiens l’histoire sainte, comme une belle histoire qui lui est aussi étrangère qu’un beau roman. C’est une fresque comme le sera Les Troyens. Mais une fresque d’un autre style, bien différent du reste de son œuvre. Lui-même s’en explique et renvoie au sujet, justifiant de soi un traitement d’une douceur et d’une naïveté qui, de fait, n’est pas un trait habituel de la musique du Dauphinois. Du succès de cette pièce Berlioz ressentira une certaine humiliation pour ses œuvres antérieures, et une pointe de mépris perce dans ses reproches au public parisien.

Ces considérations sont en fin de compte autant de questions sur l’interprétation tant musicale que scénique de L’enfance du Christ. À la question oratorio ou opéra, Frédéric Andrau n’a pas vraiment apporté de réponse très convaincante. Une simple succession de tableaux très statiques et sans grande originalité ni relief, voire incongrue dans la scène angoissée d’Hérode, a contribué à rendre considérablement ennuyeuse la première partie. Heureusement, la densité chorale des deux dernières parties permit de remplir une scène, toujours aussi statique. Sur les costumes blancs très simples, les éclairages pouvaient, en revanche créer et modifier à souhait les ambiances que l’orchestre servait admirablement. Il faut en effet souligner la très bonne interprétation musicale menée avec rigueur et précision par . Très vite, les musiciens, pris en main par le chef de l’Orchestre Colonne, se sont révélés très différents. Si l’on excepte les flûtes souvent en dehors et dont les entrées étaient parfois précipitées, l’orchestre a tenu de bout en bout un véritable équilibre où précision et finesse n’ont pas fait défaut un instant. Ostinati, enchaînement, pizzicati, nuances étaient amenées et gérées parfaitement bien. La chaleur des contrebasses venant encore mieux mettre en valeur la «douceur» que Berlioz souhaitait donner à sa pièce. Dans la soirée, trois moments furent particulièrement réussis et appréciés. Le chœur des anges et son tapis de violons furent admirablement portés par un orgue discret très uni aux voix, tandis que du chœur final jaillît une profonde émotion, soutenue par une gestion des nuances et un enlacement des discours musicaux remarquables.

Troisième moment très apprécié, le célèbre et tout aussi surprenant trio pour flûtes et harpe, même si parfois la seconde flûte peinait à suivre la ligne mélodique de la première. Mais nous ne serions pas complet si nous ne parlions pas de la beauté des voix, choisies avec à propos. Celles de Marie et Joseph, s’épousaient à merveille, renforçant par là l’unité et la quasi transcendance du couple saint. Enfin, si était magnifique, a su donner au récitant une présence à la fois consistante et discrète.

Crédit photographique : © Opéra de Toulon.

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