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Du bon et du moins bon…

La Scène, Opéra, Opéras

Nice. Opéra. 20-III-2009. Léo Delibes (1836-1891) : Lakmé, opéra en trois actes sur un livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille. Mise en scène, Jean Louis Pichon. Décors, Alexandre Heyraud. Costumes, Frédéric Pineau. Eclairage, Michel Theuil. Avec : Elisabeth Vidal, Lakmé ; Léonardo Capalbo, Gérald ; Marc Barrard, Nilakantha ; Claire Brua, Malika ; Jean Luc Ballestra, Frédéric ; Valérie Debize, Ellen ; Corinne Parenti, Rose ; Marie Josée Dolorian, Mistress Bentson. Orchestre et Chœur de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini). Direction : Alain Guingal.

Lakmé

Après les Pêcheurs de perles à Toulon, la Côte d’Azur poursuit son voyage romantique aux Indes avec la seconde œuvre majeure du genre, Lakmé. L’Opéra de Nice accueillait pour l’occasion une grande distribution qui pourtant se révéla très inégale.

On attendait beaucoup Léonardo Capalbo, d’ordinaire si brillant, mais il n’arriva réellement qu’au troisième acte, visiblement très handicapé par la prononciation française. Couvert souvent par l’orchestre, le public niçois ne put se faire une idée juste du talent habituel du ténor italien dont l’effort de prononciation paralysa également le jeu. Ce n’est qu’au troisième acte où libéré de son uniforme anglais, il entra enfin dans le rôle de Gérald et, comme s’il avait enfin dominé l’effort, il laissa entrevoir la beauté profonde de sa voix. À ses côtés, Frédéric, tenu par Jean- Luc Ballestra, était superbe. D’une voix claire et ferme, il habita un rôle qu’il tenait à merveille. S’il convient de souligner la belle prestation d’Élisabeth Vidal, notamment dans le très attendu Air des clochettes, sa voix manquait de clarté dans les basses, tandis qu’on la sentait attentive à gérer des aigus difficiles et qui passaient avec moins de naturel que ce à quoi le public s’attend d’ordinaire. Mais c’est incontestablement à , pour son extraordinaire présence sur scène, que le public a réservé le plus chaleureux accueil. Une voix d’une puissance et d’une prestance qui domina de bout en bout l’opéra ! En effet, si lui et Jean Luc Ballestra ont su trouver l’équilibre avec l’orchestre, les autres voix furent assez souvent couvertes ; bien que le chef, Alain Guingal, ait cherché en permanence à tenir un rapport stable et équilibré entre la scène et la fosse, les voix peinaient – particulièrement celle de Gérald – à sortir, ce qui ne fut pas sans dommage pour l’exécution, parfois en très léger décalage, notamment dans le célèbre Duo des fleurs. Duo, où les voix de et d’Élisabeth Vidal, trop distantes, s’épousaient mal, particulièrement dans une diction très différente de l’une à l’autre. Un duo trop hétérogène avec bien peu d’âme, où les interprètes ont passé beaucoup de temps à se trouver. Mêmes légers décalages entre l’orchestre et le chœur et manque de précision de la fosse sur la marche militaire du second acte. Si l’on excepte un certain flou de l’orchestre encore au début du troisième acte, la physionomie de ce dernier fut très différente des deux autres. Comme si l’ensemble des acteurs était enfin entré dans l’histoire, les petites imperfections disparurent ne laissant place qu’à la beauté d’une interprétation unie, chaleureuse et émouvante dont personne ne fut exclu. C’est ainsi que le public put davantage entrer dans cette Inde mystérieuse vue par les artistes romantiques à la suite de Pierre Loti.

Pour celui qui connaît l’Inde, une double surprise l’attend. Les petits détails de l’opéra sont justes. Loin d’une Inde imaginaire – au-delà de l’imagerie d’Épinal certes présente – le simple quotidien décrit par est comme une esquisse croquée sur le vif. C’était du reste un point d’attention permanent avec ses librettistes. L’étouffement de la foule insupportable à Miss Bentson, et si bien joué par , est criant de vérité. Frédéric résume avec une justesse admirable cette double attitude des Anglais les uns admiratifs les autres profiteurs. Soucieuse du même réalisme, la mise en scène et les décors nous font entrer, statues à l’appui, dans le temple même de Shiva. Mais, autre surprise déroutante de «l’indophile», les costumes. Si le pauvre est bien un pauvre de l’Inde, le Brahman est revêtu de vêtements de Maharadja… À quand le Dialogue des carmélites en robes de princesse ? Une fois passé cette tenace image d’Épinal, le reste de la mise en scène nous fait rapidement pénétrer dans cet univers, somme toute commun des opéras, celui de l’éternel amour impossible. Univers que la troupe sut, au-delà des petites imperfections, très agréablement livrer à un public conquis.

Crédit photographique : Elisabeth Vidal (Lakmé) & Leonardo Capalbo (Gérald) © Ville de Nice

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