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Fais-moi mal, envoie-moi au ciel, zou !

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 09-IV-2009. Claude Debussy (1862-1918) : Le martyre de Saint Sébastien, mystère en 5 mansions sur un poème de Gabriele D’Annunzio. Version de concert de Désiré-Emile Inghelbrecht. Avec : Isabelle Huppert, Sébastien ; Sophie Marin-Degor, la Vierge Erigone / Vox sola I / Vox coelestis / Anima Sebastiani ; Kate Aldrich, Marc / Vox sola II ; Christine Knorren, Marcellien. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer), Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

L’Amicale des Tousseurs Invétérés a trouvé dans le trop rarement donné Martyre de Saint Sébastien la partition idéale : des mouvements extatiques, des vastes plages sonores pianissimi, bref, la musique révêe pour un accompagnement de polyphonie catarrheuse de première qualité. Les interventions a capella de la Vox sola ont été particulièrement appréciées : « J’expire, je meurs, ô beauté », suivi d’expectorations diverses.

Le martyre de Saint Sébastien est, outre cette pollution sonore, difficile à défendre. Œuvre hybride composée sur un texte boursouflé, ni ballet, ni opéra, ni théâtre, ni cantate, faite de morceaux musicaux qui semblent décousus, écrits « au fil de la plume » dans un discours continu peu habituel chez Debussy. La création avait fait scandale. Pensez-donc : une œuvre sur un martyre chrétien, mélange de Christ et d’Adonis, qui provoque l’ire de César par sa sensualité, créée en 1911 par une juive russe (), sur un texte d’un dépravé sexuel et une musique d’un anticlérical déclaré ! Le martyre de Saint Sébastien est immédiatement mis à l’Index, l’évêque de Paris menaçant d’excommunication quiconque se rendrait aux représentations. Depuis, cette pièce n’est plus montée que dans sa version de concert, concoctée par Inghelbrecht, ou sous forme de suite symphonique, arrangée par André Caplet.

Pour Sébastien, si la créatrice du rôle fut une femme, un siècle a passé et les mentalités ont changé. L’androgynie est la base de la séduction du Saint. , aux manettes d’un texte impossible, récite froidement un annuaire téléphonique. On ne saurait rêver plus sensuel. Un peu d’ardeur transparaît dans la Danse extatique de Sébastien sur les charbons ardents pour disparaître aussitôt. Nous souhaitons beaucoup de plaisir aux ingénieurs du son pour tenter de minimiser, à défaut d’effacer, les nombreux craquements d’une sonorisation défaillante…

La sensualité fait aussi défaut à . Les tempi sont dans l’ensemble trop rapides, les plans sonores écrasés, les dynamiques trop fortes. Ce qui n’empêche pas de belles réussites : Danse extatique de Sébastien sur les charbons ardents, fanfare d’ouverture de la Troisième Mansion, chœur « Io, Io ! Adoniastes ! », l’apothéose finale, mais gâche les effets lancinants des préludes de la Chambre magique et du Laurier blessé et les arabesques de flûte et cor anglais dans la Première Mansion. La ligne de chant sans soutien de n’y contribue pas non plus. Les deux autres solistes, peu idiomatiques, tirent leur épingle du jeu, mais elles sont, il est vrai, moins exposées.

En revanche, prestation excellente du Chœur de Radio-France, dont la qualité ne cesse de progresser de concert en concert, notamment dans Le martyre, où leur partie n’est pas aisée. Bonne performance du National, très à l’aise dans ce répertoire. Malheureusement, dans cette œuvre hybride, tout repose sur la partie parlée, bien peu concernée ce soir là.

Crédit photographique : Saint Sébastien, huile sur toile de Pietro Perugino, ca 1500 © Musée du Louvre, Paris – GNU free documentation license

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Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 09-IV-2009. Claude Debussy (1862-1918) : Le martyre de Saint Sébastien, mystère en 5 mansions sur un poème de Gabriele D’Annunzio. Version de concert de Désiré-Emile Inghelbrecht. Avec : Isabelle Huppert, Sébastien ; Sophie Marin-Degor, la Vierge Erigone / Vox sola I / Vox coelestis / Anima Sebastiani ; Kate Aldrich, Marc / Vox sola II ; Christine Knorren, Marcellien. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer), Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

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