Les Puritains en grande pompes

La Scène, Opéra, Opéras

Toulon. Opéra. 26-IV-2009. Vincent Bellini (1801-1835) : I Puritani, opéra en trois actes sur un livret de Carlo Pepoli. Mise en scène : Charles Roubaud. Décors : Isabelle Partiot. Costumes : Katia Duflot. Lumières : Marc-Antoine Vellutini. Avec : Jessica Pratt, Elvira ; Cécile Galois, Enrichietta ; Shalva Mukeria, Lord Arturo Talbot ; Wojtek Smilek, Sir Georges Walton ; Rodion Pogossov, Sir Ricardo Forth ; Nika Guliashvili, Lord Gualtiero Walton ; Adrian Strooper, Sir Bruno Roberton. Chœur et Orchestre de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée (chef de chœur : Catherine Alligon). Direction musicale : Giuliano Carella.

I Puritani

Donner Les Puritains en pleine terre de marins pourrait presque paraître une provocation de nature à relancer la guerre des grandes écoles militaires ! La galette des Saint-Cyriens (extraite de l’opéra) en face des anciens de l’École navale… mais la qualité globale de la représentation, ouf, permet d’oublier l’affront !

Et de fait ce fut peut-être la plus belle soirée de la saison toulonnaise. Très vite on pouvait apprécier la cohésion de l’orchestre, formant une belle pâte homogène, malgré le solo de cor d’ouverture très en dehors et cuivré. Gros bémol à cette homogénéité les constants décalages entre l’orchestre et les chœurs, défaut récurrent dans les directions de qui a tendance à s’emballer lors des tutti et surtout à diriger beaucoup plus la scène que la fosse, ce dont les choristes et les chanteurs lui savent généralement gré. Emporté dans sa direction passionnée, le chef italien oublie le tempo et l’orchestre, et peut-être même les chanteurs eux-mêmes, puisqu’on l’entend chanter certaines parties d’orchestre et… de solistes ; passe pour le ténor, mais pour la soprano, c’est déjà plus délicat. En dépit de ces défauts importants et récurrents, l’interprétation venait rehausser des décors et des costumes imposants et somptueux – peut-être trop pour des «puritains» – notamment pour les costumes de femmes. Les tableaux d’époque les révèlent en effet plus sobres, ainsi qu’il sied à l’esprit #«puritain» des partisans de Cromwell. Mais sans doute ces costumes entendaient-ils renforcer la mise en scène relativement statique, faite d’imposants tableaux qui, pour tromper cette relative immobilité, se devaient de rompre avec la sobriété. Sobriété que rappelaient toutefois les décors d’une austère beauté. L’un des tableaux les plus réussis, tant du point de vue scénique que musical, fut peut-être l’entrée triomphale de Talbot, malgré des percussions un peu en dehors.

Souvent, malheureusement, les voix étaient couvertes par l’orchestre, notamment celle, délicate, d’, ou encore au moment de l’affrontement des deux prétendants. En revanche l’équilibre entre la scène et la fosse permit d’apprécier le très beau duo entre le père et la fille. C’est sur un emballement général assez brouillon que se conclut le premier acte et c’est avec un orchestre particulièrement pesant que dû donner un solo pourtant superbe. Moment d’émotion intense, «Lasciate mi morir» d’Elvira. Grande voix, grande actrice, certainement une des scènes les plus belle de la soirée. À moins que ce ne soit l’excellent trio du père, d’Elvire et de Riccardo ? Ici donna vie à la douleur la plus intense, aux sentiments les plus contrastés. Inutile de dire combien étaient épouvantables les râles du chef qui suivirent ! En revanche, le duo des retrouvailles entre Elvire et Arturo – duo qu’ovationna le public – ne fut qu’une succession de hurlements désagréables. Cris que l’on retrouva, tout aussi désagréables, sur le célèbre et attendu «Credeasi, misera» ; voix poussées et criardes qui permirent d’envelopper plus ou moins bien, ou de masquer tant bien que mal, un contre-fa délicat. Fidèle jusqu’au bout, le chef emporté par sa fougue conduisit le chœur au finale en délaissant l’orchestre. Un finale lui aussi ovationné quoique nettement en décalage.

Néanmoins, outre ces nombreuses restrictions (de taille), cette soirée demeure l’une des meilleures de la saison. L’orchestre rarement aussi uni par une vraie connivence d’orchestre pu profiter de l’expérience bellinienne indéniable de son chef, porteur d’une véritable conception de l’ouvrage qu’il défendit avec enthousiasme…

Crédit photographique : Shalva Mukleria (Talbot) © Frédéric Stéphan

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