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Il Barbiere di Siviglia à Lausanne, formidable caricature italienne

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Lausanne. Métropole. 07-VI-2006. Gioacchino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, opéra en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : Adriano Sinivia. Décors et costumes : Enzo Iorio. Lumières : Fabrice Kebour. Vidéo : Gilles Papain. Avec : Sabina Puertolas, Rosina ; Isabelle Henriquez, Berta ; John Osborn, Conte Almaviva ; Luciano di Pasquale, Dottore Bartolo ; Alexandre Diakoff, Fiorello ; Fabio Capitanucci, Figaro ; Devan Vatchkov, Don Basilio ; Manrico Signorini, Ambrogio ; Sacha Michon, un ufficiale. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Günter Neuhold

Deux peintres perchés sur des échafaudages barbouillent des nuages sur un panneau de décors. Ils conversent dans un patois italien incompréhensible. Un petit homme en casquette, un papier à la main, ordonne la fermeture rideau. En quelques images, transporte le public dans le monde de Cinecittà. On va tourner l’opéra de Rossini pour le cinéma ! Un choix scénique intelligent et original qui permet les changements de décors sans jamais casser le rythme de l’intrigue. On chantera à cour pendant qu’on chantera le décor à jardin. A partir de cette recette, la production lausannoise offre plus de deux heures et demie d’un bonheur théâtral et musical total.

Musical d’abord avec un en pleine forme suivant avec générosité l’excellente baguette de . Le chef autrichien profite des qualités de légèreté, de rythme et de swing de la phalange lausannoise pour offrir avec générosité des couleurs toutes mozartiennes à la musique de Rossini. L’ouverture de l’opéra, cette rengaine que chacun chante dans sa salle de bains, prend des formes de symphonie sous la direction de . Une heureuse symphonie musicale si souvent négligée dans la musique de Rossini.

Et théâtral ensuite parce qu’avec (dont on se souvient du brillantissime Monsieur de Pourceaugnac de Frank Martin), l’humour et l’image se mélangent avec intelligence. Admirable directeur de plateau, il raconte avec brio autant avec ses acteurs qu’avec ses décors. Et avec quelle subtilité et quel bonheur, il utilise les projections vidéo intelligentes de Gilles Papain. Comme dans cette illustration de l’air de la calomnie où les murs l’appartement du Dr. Bartolo se couvrent peu à peu d’une huile jaunâtre craquelant la tapisserie pour finalement faire trembler tout le décor quand Don Basilio lance son «Como un colpo di canone !» Et quelle drôlerie dans ces images d’Almaviva et de Figaro fuyant l’orage dans un chemin vicinal tortueux défilant en arrière-plan de la Vespa sur laquelle ils sont juchés. Un cinéma réalité extraordinaire, un plein d’idées réjouissant un public avide de rêver dans un opéra où le burlesque est souvent confondu avec le grotesque. La subtile caricature de l’Italie des années soixante d’Adriano Sinivia est perceptible dans les plus petits détails. La préparation des gnocchis, la lecture d’Epoca de La Domenica del Corriere, l’agencement de la cuisine, le débarquement du soldat bersagliere, tout y est.

Bien sûr, le metteur en scène profite de protagonistes débordant d’italianité. A commencer par l’incroyable Dottore Bartolo d’un formidable . Il s’empare du rôle avec une drôlerie totale le portant jusqu’à «nasaliser» sa voix pourtant bien placée dans son air «Quando mi sei vicina». Sa volubilité et sa théâtralité exploitée magistralement par la mise en scène, son personnage centralise toutes les énergies et les autres protagonistes ne ménagent nullement leurs talents pour développer une unité comique constante du spectacle. Ainsi, même si certains protagonistes n’ont pas en eux le comique de situation inné, voire l’italianité de la voix parfaitement en phase avec le propos, ils s’emploient à se fondre aussi bien que possible dans les intentions scéniques délicieusement excessives d’Adriano Sinivia. En particulier, si le ténor américain (Almaviva) n’a pas la voix idéale à l’expression rossinienne, il ne ménage pas pour autant ni son théâtre ni son instrument, offrant au public le luxe de la cabalette finale «Cessa di piu resistere», très rarement exécutée sur scène. A ses côtés, la soprano espagnole Sabina Puertolas (Rosina) fait montre d’une belle santé vocale. Maîtrisant habilement toutes les fioritures des vocalises, elle ne manque pas pour autant d’une belle puissance vocale. Si (Don Basilio) semble être moins convaincant que ces collègues de plateau, peut-être le doit-il à sa jeunesse (il n’a que 30 ans !) qui l’empêche de laisser passer le théâtre devant le chant. L’opposé de Fabio Capitanucci (Figaro) qui, à force d’excès de comédie, se laisse embarquer dans de dangereux décalages avec l’orchestre dont il se dégage avec l’habilité d’un chat retombant sur ses pattes.

Devant un spectacle aussi brillant, on regrette que tous les efforts apportés à sa réussite ne soient montrés que lors de ces seules cinq représentations. On se prend à espérer qu’un jour, ce spectacle reviendra sur les planches d’un théâtre. Mais, trouvera-t-il encore la potentialisation que chaque protagoniste de cette production lausannoise a apporté à ce succès ?

Crédit photographique : Alexandre Diakoff (Fiorello), (Almaviva), Sabina Puertolas (Rosina) ; (Bartolo), John Osborn (Almaviva), Sabina Puertolas (Rosina) © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Métropole. 07-VI-2006. Gioacchino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, opéra en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : Adriano Sinivia. Décors et costumes : Enzo Iorio. Lumières : Fabrice Kebour. Vidéo : Gilles Papain. Avec : Sabina Puertolas, Rosina ; Isabelle Henriquez, Berta ; John Osborn, Conte Almaviva ; Luciano di Pasquale, Dottore Bartolo ; Alexandre Diakoff, Fiorello ; Fabio Capitanucci, Figaro ; Devan Vatchkov, Don Basilio ; Manrico Signorini, Ambrogio ; Sacha Michon, un ufficiale. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Günter Neuhold

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