Pour la 9e de Beethoven : inhumain !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Avignon. Opéra-Théâtre. 11-VI-2009. Leonard Bernstein (1918-1990) : Chichester Psalms. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°9 en ré mineur op. 125. Catherine Hunold, soprano ; Svetlana Lifar, mezzo-soprano ; Martin Pijulet, contre-ténor ; Willem van der Heyden, ténor ; David Bizic, basse. Chœur Régional Provence-Alpes Côte-d’Azur (chef de chœur : Michel Piquemal), Chœur de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée (chef de chœur : Catherine Alligon), Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand). Orchestre de l’Opéra de Toulon-Provence-Méditerranée, Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Jonathan Schiffman

Inhumain, oui, le sauna imposé pour les artistes (dans le public, c’est un ballet d’éventails, ad hoc ou improvisés). Devoir jouer ou chanter, par 30° dehors, avec 220 personnes sur scène et 1. 000 dans la salle, à raison de x watts dégagés par chaque corps humain, sous les sunlights et projecteurs divers, et sans clim…, c’est vraiment inhumain. Mais le faire à la perfection, et en gardant le sourire, c’est proprement surhumain !

Il y a un an, presque jour pour jour, l’Olrap faisait trembler l’Opéra-théâtre d’Avignon aux accents telluriques de la Symphonie n°1 de Mahler. Aujourd’hui c’est l’Hymne à la joie (prémonitoire ? apotropaïque ?) qui éclate, sorti de l’élan de 220 artistes, musiciens et choristes. Avec trois chœurs régionaux, deux orchestres régionaux, cinq solistes, tous placés sous la direction parfaite de , le public a été gâté.

En première partie, les Chichester Psalms de Bernstein, œuvre peu connue mais dans laquelle se perçoivent à la fois les accents de West Side Story et l’influence de Mahler. Chants sacrés sur une expression profane, à 7 ou 5 temps, en 3 mouvements, ils ont quelque peu souffert de l’exiguïté, toute relative, de la scène, notamment les percussions qui n’ont pas pu donner leur pleine couleur…

En revanche, dans la somptueuse Symphonie n°9 de Beethoven, l’harmonie était telle que même cette œuvre célébrissime a su éveiller l’émotion, par des pupitres bien équilibrés dans les tutti, de belles prestations des pupitres solo, et des chœurs de qualité, même si le pianissimo tutoyait parfois le piano, le tout sous la baguette toujours magistrale de

Quant aux solistes, beau casting. Le contre-ténor Martin Pijulet dans la première partie, tout fluet, semblait un Petit Prince venu d’une autre planète, avec sa coiffure rasta sagement attachée et son strict costume gris sombre. Mais quel cristal dans sa gorge, cristal fragile et délicat, auquel une formation chambriste donnerait sans doute plus de relief.

Les quatre solistes qui ont chanté les vers de Schiller ont offert, eux aussi, en trio du moins, une prestation remarquable : le baryton-basse dans un beau récitatif initial – récent Publio dans la Clémence de Titus -, le ténor Willem van der Heyden et la mezzo Svetlana Lifar. Mais pourquoi donc y avoir adjoint la soprano , qui confond chant et cri et s’acharne à couvrir de ses aigus – pas vilains, au demeurant – ses collègues, mais aussi les trois chœurs et les deux orchestres ? Bravo au ténor et à la mezzo pour avoir réussi à faire entendre, malgré elle, la clarté de l’un et la pureté de l’autre !

Oui, l’Hymne à la joie était prémonitoire, et un beau final de saison… D’ailleurs le chef, en terminant la présentation de la soirée, comme il le fait désormais pour chaque concert, l’avait laissé entendre : il avait prononcé, en hébreu, la longue phrase de clôture des Chichester Psalms, puis avait hésité un long instant avant de livrer la traduction – rires dans le public, sur la scène… et au pupitre ! -, et avait lancé, heureux et ému : «C’est tellement beau quand les frères peuvent vivre et demeurer ensembleC’est pareil avec les nations, les orchestres…»

Crédit photographique : Jonathan Schiffman © Guy Vivien

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