La Scène, Opéra, Opéras

Un Gershwin bien (trop ?) stylisé !

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San Francisco, War Memorial Opera House. 18-VI-2009. George Gershwin (1898-1937) : Porgy and Bess, opéra en trois actes sur un livret de DuBose Heyward et Ira Gershwin. Mise en scène : Francesca Zambello. Décors : Peter Davison. Costumes : Paul Tazewell. Lumières : Mark McCullough. Avec : Eric Owens, Porgy ; Laquita Mitchell, Bess ; Lester Lynch, Crown ; Karen Slack, Serena ; Angel Blue, Clara ; Eric Greene, Jake ; Chauncey Packer, Sportin’Life ; Michael Austin, Robbins ; Samantha McElhaney, la marchande de fraises ; Ashley Faatoalia, le marchand de crabes. Chœur et Orchestre du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson), direction : John DeMain

Porgy and Bess

D’entrée de jeu, ce Porgy and Bess, qui s’ouvre de plain-pied sur un époustouflant «Summertime», sensuel, charmeur, violemment syncopé (l’excellente Angel Blue, qui vous agrippe dès ces premiers instants) et dont les décors modernistes et design vous placent, en fait vous déplacent, dans un Catfish Row des années 50, fait mouche. Il est permis, cependant, de ne pas trop apprécier ces énormes échafaudages (trop) nets, (trop) formels, trop joliment peints, qui, tout comme ces costumes proprets et soignés de nos foules endimanchées, participent d’une lecture formatée, stylisée de l’œuvre. La mise en situation de , superbement animée, rythmée, vive et bien menée, privilégie, elle aussi, un certain formalisme (Les sentiments sont dominés par la froideur et le non-dit. On se bat sur une chorégraphie artificiellement maniérée) qui plonge notre opéra droit dans la comédie musicale. Zambello aborde cependant, et malgré ce formalisme forcené, l’essentiel de l’humaine comédie : désirs, amours, mensonges, trahisons, désespoirs, cruautés, espoirs («I am on my way»), tout ce que constitue la tragédie métaphorique de l’homme en l’absence de dieu («It ain’t necessarily so»).

Le plateau, homogène, idiomatique, engagé, emporte une adhésion totale : la Bess de (prise de rôle – elle a été Clara dans la production de l’Opéra-Comique) d’abord frileuse et chafouine, puis libre et libérée en fin de parcours, poignante et convaincante, saisit son spectateur aux tripes. Emois, désarrois, frissons, tout y est. La voix, solide, attachante, à l’aigu frais et clair, au medium gras et charnu, aux mille accents déchirants, traduit à point toute l’indicible nostalgie, tout le lyrisme naturel du rôle, tout son aplomb. Un bonheur n’arrivant jamais seul….. , dont la voix puissante et tragique se révèlera un solide appoint dans l’émouvant duo «Bess you is my woman now», campe, lui, un Porgy décent, généreux, si tendre, loin des caricatures.

Il faudrait, bien sûr, citer les mille emplois de l’opéra : (Crown… sec et sévère, venimeux), (Serena… medium souple et charnu, courbes sans fin, présente), (Sportin’Life… spontané, flamboyant, maquereau-clé de ce Porgy, épluché au scalpel), (Jake… limpide et chambriste), (Robbins… troublant puis impressionnant), (au timbre chaleureux), . Le chœur, diseur d’Histoire, véritable protagoniste, comme l’est le chœur de Boris Godounov, crée, puis capte, robuste et franc, l’atmosphère magnétisante du drame. , qui connaît son Gershwin, dirige, amoureux, cette admirable (étonnante) musique que le spectateur fredonnera longtemps encore sur les autoroutes du retour !

Crédit photographique : (Bess) & (Porgy) © Terrence McCarthy

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San Francisco, War Memorial Opera House. 18-VI-2009. George Gershwin (1898-1937) : Porgy and Bess, opéra en trois actes sur un livret de DuBose Heyward et Ira Gershwin. Mise en scène : Francesca Zambello. Décors : Peter Davison. Costumes : Paul Tazewell. Lumières : Mark McCullough. Avec : Eric Owens, Porgy ; Laquita Mitchell, Bess ; Lester Lynch, Crown ; Karen Slack, Serena ; Angel Blue, Clara ; Eric Greene, Jake ; Chauncey Packer, Sportin’Life ; Michael Austin, Robbins ; Samantha McElhaney, la marchande de fraises ; Ashley Faatoalia, le marchand de crabes. Chœur et Orchestre du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson), direction : John DeMain

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