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Les Italiens à Paris : échantillons

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Dijon, Auditorium. 08-X-2009. Extraits d’opéras de Antonio Salieri, Luigi Cherubini, Gioacchino Rossini, Gaspare Spontini, Gaetano Donizetti et Gaspare Spontini. Mireille Delunsch, soprano ; Maria Riccarda Wesseling, mezzo-soprano. Le Cercle de l’Harmonie ; direction : Jérémie Rhorer

Le Cercle de l’Harmonie, créé en 2005, propose de donner un aperçu du goût français en matière d’opéra au tournant du XIXe siècle, d’évoquer un répertoire qui fut lors de l’inauguration du à Venise qualifié de «Sources du romantisme français». La scène lyrique parisienne était alors largement occupée par des compositeurs italiens fort appréciés du public : ce programme s’appuie uniquement sur ceux dont on parle souvent sans avoir l’occasion de connaître les œuvres. Pourtant La Vestale aurait été un des opéras les plus appréciés de l’Empereur…

Les instrumentistes qui composent Le Cercle de l’Harmonie jouent sur des instruments anciens ; ils sont tous jeunes et leur chef, né en 1973, dirige l’ensemble «con fuoco» ! Il en obtient une dynamique étourdissante et un son d’ensemble qui reste mœlleux en privilégiant les graves. Les nuances sont contrastées et certains pianos sont admirables. Au début de la soirée, les violons ont parfois été un peu imprécis, mais cette impression a vite été corrigée. Les soli des vents sont expressifs, comme celui du basson dans l’air tiré de Médée ou comme ceux du hautbois et de la clarinette dans Le Siège de Corinthe.

Les sonorités rondes des instruments présentent l’avantage de ne pas étouffer les voix et la balance entre les deux groupes reste donc fort agréable. Mais l’orchestre donne toute sa mesure dans le prélude de La Favorite, qui débute par des entrées fuguées aux cordes, se poursuit par un long développement sur une formule anacrousique de type beethovenien, puis se termine par une coda de style pompier comme on en voit souvent dans les œuvres lyriques de l’époque : bref un exercice de style interprété avec panache.

Les deux chanteuses possèdent des qualités exceptionnelles. On nous avait annoncé que était souffrante : quelles merveilles n’eussions-nous point entendues si elle avait été en parfaite santé ! Elle prononce à la perfection le langage ampoulé de l’époque pour en exprimer l’aspect touchant ou furieusement pathétique. Dans Les Danaïdes ou dans le rôle de Julia dans La Vestale, elle est attendrissante à souhait, puis passe au sentiment de révolte dans une partition périlleuse qui saute brutalement d’un registre vocal à un autre. Quelques coups de glotte troublent rarement la ligne vocale mais on pardonne aisément à celle qui fut l’interprète éblouissante de la Folie dans Platée. ne lui cède en rien : sa voix puissante est capable de la plus grande souplesse et reste égale dans tous les registres ; elle est d’un touchant lyrisme dans l’air «Ah, je vous suivrai jusqu’à la mort» de Médée, mais aussi d’une virtuosité fracassante dans le rôle de la Grande Prêtresse de La Vestale. Ces deux interprètes ont par ailleurs des attitudes corporelles assez dissemblables : la mezzo soprano a une gestique vivante et nerveuse, tandis que reste plus statique. Deux caractères semblent alors s’opposer et la vie naît de cette dissemblance.

Le programme insiste plus sur l’expression de la douleur résignée dans la première partie, et plus sur celle de la fureur véhémente dans la seconde, comme l’exprime avec ardeur dans Olympie. Mais comment, pour le spectateur, replacer ces trop courts extraits dans l’œuvre dont ils font partie ? Le programme, très salonnard, ne donne aucun éclaircissement, ni sur les auteurs, ni sur le synopsis de l’œuvre. Le spectateur est donc condamné à rester comme extérieur à la partition et à ne juger l’esthétique de cette époque que grâce à de fort belles voix, mais à travers de bien courts exemples.

Crédit photographique : Marie-Riccarda Wesseling © Alix Laveau

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Dijon, Auditorium. 08-X-2009. Extraits d’opéras de Antonio Salieri, Luigi Cherubini, Gioacchino Rossini, Gaspare Spontini, Gaetano Donizetti et Gaspare Spontini. Mireille Delunsch, soprano ; Maria Riccarda Wesseling, mezzo-soprano. Le Cercle de l’Harmonie ; direction : Jérémie Rhorer

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