La Bohème à Metz, entre tradition et modernité

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 6-X-2009. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre actes. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène, décors, costumes et lumières : Antoine Selva. Avec : Carole Sidney Louis, Mimi ; Bénédicte Tauran, Musetta ; Florian Laconi, Rodolfo ; Loïc Guguen, Marcello ; Jean-Pascal Introvigne, Schaunard ; Jérôme Varnier, Colline ; Michel Vaissière, Benoît ; Yvan Rebeyrol, Alcindoro ; Alain Barth, Parpignol ; Jean-Marc Guerrero, un douanier ; Patrice Moll, un sergent. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Chœur d’Enfants Spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole (chef de chœur : Annick Pignot-Hœrner). Orchestre National de Lorraine, direction : Alain Guingal.

Il n’est pas toujours évident de jeter un regard neuf sur un des piliers du répertoire lyrique, tout en restant dans le respect de la tradition. C’est pourtant ce qu’a en partie accompli pour sa nouvelle mise en scène de La Bohème à l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. Rien, dans la scénographie, ne pourra déranger le regard spectateur habitué aux mises en scènes qui prennent à la lettre les indications figurant sur le livret ou la partition. Ni transpositions bizarroïdes, ni anachronismes plus ou moins assumés, ni réécritures ou relectures en tout genre, ne viennent modifier la vision traditionnelle qu’on aura pu se faire, depuis plus d’un siècle, d’un des opéras les plus populaires du répertoire. Les costumes sont d’époque, la vue sur les toits de Paris reste la vue sur les toits de Paris, tous les accessoires habituels, jusqu’au hareng du quatrième acte, répondent présent à l’appel…

C’est dans la direction d’acteurs que le metteur en scène impose sa marque, en imposant sa propre vision de certains personnages. Il remet ainsi à plat l’image d’une Mimi fragile et victime de son destin, pour en faire une femme forte, suffisamment courageuse pour prendre l’initiative des décisions importantes qui guident sa vie. C’est elle qui choisit le moment le plus opportun pour frapper à la porte de Rodolfo (quand il est seul, bien entendu…), pour éteindre sa bougie en coulisse ou pour subrepticement jeter sa clé à terre, ou encore pour rejoindre, de son propre chef, le «viscontino» qui l’attend à la fin du troisième acte. Ce n’est pas uniquement de Musette qu’on pourra dire : «la commedia è stupenda»… De façon générale, ce sont bien, en effet, les femmes qui dans cet univers sont seules capables de prendre leur destin en main, les hommes n’étant finalement que des marionnettes pas plus efficaces dans leurs activités artistiques que dans la gestion de leur vie amoureuse. Dans un tel contexte, la mort de Mimi n’en est que plus émouvante, et on retiendra longtemps l’image des autres personnages du drame enveloppant dans le drap du lit le corps de la défunte. Bénéficiant d’une direction d’acteurs très attentive, la plupart des chanteurs jouent de façon convaincante, et montrent une fois encore que le travail d’équipe fournit la clé du succès.

La partie musicale est hélas moins heureuse, et d’un plateau vocal plutôt faible émerge tout juste, parmi les trois principaux rôles, le Rodolfo de . Ce dernier semble néanmoins privilégier la vaillance au détriment de la demi-teinte, et la justesse n’est pas toujours au rendez-vous. Il serait dommage en tout cas que ce jeune ténor gâche d’aussi jolis moyens par un chant insuffisamment soigné, et parfois peu subtil. Triste bilan, tout de même, qu’une Bohème dont le meilleur élément, au final, s’avère être le Schaunard de , remarquablement joué et chanté.

Les chœurs, bien mis en place au deuxième acte, s’acquittent de la partition avec conviction, malgré quelques décalages avec l’orchestre. Ce dernier est dirigé de manière assez routinière par Alain Guingal.

On l’aura compris, une Bohème plus pour les yeux que pour les oreilles.

Crédit photographique : © Florian Burger – Metz Métropole

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