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Carmen londonienne : pour un plateau d’exception

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Londres. Royal Opera House. 24-X-2009. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra-comique en 4 actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Francesca Zambello ; scénographie : Tanya McCallin ; lumières : Paule Constable. Avec : Elīna Garanča, Carmen ; Roberto Alagna, Don José ; Ildebrando D’Arcangelo, Escamillo ; Liping Zhang, Micaëla ; Eri Nakamura, Frasquita ; Louise Innes, Mercédès ; Adrian Clarke, Le Dancaïre ; Vincent Ordonneau, Le Remendado ; Henry Waddington, Zuniga ; Changhan Lim, Moralès. The Royal Opera Chorus (chef de chœur : Renato Balsadonna), Orchestra of the Royal Opera House, direction : Bertrand de Billy

Malgré les défauts de la production de , il fallait être des spectateurs de cette Carmen londonienne, ne fut-ce que pour voir et entendre un grand couple d’opéra. Car a tout pour être la grande Carmen des dix années à venir. Le timbre est somptueux, la voix bien menée et projetée, et l’actrice très crédible, belle et majestueuse. Il ne lui manque qu’un accent français un peu plus idiomatique et une mise en scène à la hauteur de son talent. A ses côtés, est tout simplement stupéfiant dans un rôle où il demeure sans rival. L’élégance du phrasé et le brillant du timbre toujours intacts, le charisme du ténor et la vérité de ses accents en font un Don José extrêmement touchant, plus investi encore sur scène qu’il ne l’était en studio lors de l’enregistrement de l’intégrale de Michel Plasson chez EMI. Liping Zhang est une Micaëla juste mais qui reste en retrait scéniquement et à la diction assez floue, tandis qu’, s’il n’est guère plus intelligible, peut quant à lui arborer un timbre superbe et charmeur. La version retenue surprend, à mi-chemin entre l’opéra-comique original et l’option des récitatifs chantés, là où une distribution internationale appelle généralement le «tout chanté» où les différents accents des chanteurs sont moins perceptibles qu’ils ne le sont dans les passages parlés. Mais, dirigés par la baguette alerte de , éloquente sans être clinquante, les chanteurs font preuve d’une cohésion rare. Le quintette «Nous avons en tête une affaire», notamment, est des plus réussis, tout comme l’air des cartes où brille , jeune Frasquita à la voix bien timbrée. Le reste de la distribution fait du bon travail et l’on ne peut que sourire face à la Lilas Pastia forte en gueule – le personnage est incarné par une femme dans cette production ! – de Caroline Lena Olsson.

Ce plateau tout à fait remarquable méritait mieux que la mise en scène convenue de . Autant l’on salue une direction d’acteurs très fouillée – la scène de genre qui se déroule sur la place publique du premier acte, le chœur des enfants réglé au cordeau, le ballet des contrebandiers au travail dans les montagnes, autant l’ambiance racoleuse à souhait lasse et finit par ôter toute sensualité à Carmen, réduite à un personnage qui n’est pas celui de Mérimée, celui d’une femme virile bien peu attachante. Peut-être le public avait-il compris que Carmen est une séductrice avant qu’elle n’ait charmé avec vulgarité puis repoussé avec violence la moitié des hommes présents sur le plateau. Peut-être que le flamenco des zingaras pouvait se passer de finir en French cancan… Alors il reste bien sûr les couleurs gorgées de soleil, les ocres et les jaunes citrins que distille Paule Constable, il reste des costumes soignés où ne manquent pas une mantille et pas une robe à faux-cul pour les bourgeoises, mais les personnages ne sont plus vrais, caricaturaux dès lors que Zambello est tombée dans tous les écueils qui guettent qui se frotte au chef d’œuvre de Bizet.

Crédit photographique : (Carmen) & (Don José) © Catherine Ashmore/ROH

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Londres. Royal Opera House. 24-X-2009. Georges Bizet (1838-1875) : Carmen, opéra-comique en 4 actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Francesca Zambello ; scénographie : Tanya McCallin ; lumières : Paule Constable. Avec : Elīna Garanča, Carmen ; Roberto Alagna, Don José ; Ildebrando D’Arcangelo, Escamillo ; Liping Zhang, Micaëla ; Eri Nakamura, Frasquita ; Louise Innes, Mercédès ; Adrian Clarke, Le Dancaïre ; Vincent Ordonneau, Le Remendado ; Henry Waddington, Zuniga ; Changhan Lim, Moralès. The Royal Opera Chorus (chef de chœur : Renato Balsadonna), Orchestra of the Royal Opera House, direction : Bertrand de Billy

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