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Succession d’images saisissantes pour Carmina Burana

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Berlin. Deutsche Oper. 24-X-2009. Carl Orff (1895-1982) : Carmina Burana, Cantiones profanae cantoribus et choris cantandi comitantibus instrumentis atque imaginibus magicis, cantate scénique sur des poèmes du Moyen-âge. Mise en scène : Götz Friedrich et Peter Sykora. Chorégraphie : Marc Bogaerts. Avec : Burcu Uya, soprano ; Markus Brüc, baryton ; Jörg Schörner, ténor ; Beate Vollack, Charlotte Butler, danseurs. Chor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœur : William Spaulding) et Kinderchor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœur : Dagmar Fiebach). Orchestre du Deutsche Oper Berlin, direction : William Spaulding

La signification originelle de Carmina Burana est simple. Carmina signifie «chants». Burana indique leur provenance : l’abbaye bénédictine de Beuren (Allemagne), où cet ensemble de plus de 200 textes fut redécouvert en 1803. Les poèmes et chansons (rédigés en latin principalement, mais aussi en allemand ancien et langue d’oc) datent de la période fractale qui sépare le XIIe du XIIIe siècle et embrassent différentes thématiques : satire de l’Église, parodies liturgiques, parfois érotiques ou, à l’opposé, textes moraux à la portée universelle. s’est emparé de ce matériel médiéval premier, découvert par hasard, s’attelant à une plongée dans le patrimoine allemand. Il met les poèmes en musique avec une volonté primitive où, affirme-t-il, «plus l’expression est essentielle, plus elle est simplifiée, plus son effet est direct et puissant». On trouve sans doute dans cette assertion le fondement du malentendu qui existe avec cette partition de 1937 dont on a pu souligner à l’envi le rapport avec l’idéologie nationale-socialiste… jusqu’à être considérée par certains comme une exaltation de la race aryenne. Foutaises aurions-nous envie d’écrire… Mais pour faire voler en éclats de tels clichés, il n’y a pas 36 méthodes : la première consiste – et elle a été usitée – à «retraiter» cette musique accessible à tous en l’utilisant dans des buts consuméristes (ressassée jusqu’à l’écœurement dans des spots de publicité) ou en l’intégrant dans de multiples bandes originales de films. La seconde a été employée par (1930-2000) qui fut intendant général de la Deutsche Oper de 1981 à sa mort, dans sa mise en scène de 1995 (dont c’était ce jour la 54e représentation) : il métamorphose l’œuvre en succession hallucinantes d’images et de situations illustrant l’éternel et ancestral conflit entre l’homme et la destinée. Cette transfiguration est servie par un plateau vocal de belle tenue, une remarquable prestation du chœur (pleine d’homogénéité et de musicalité), évidemment au centre de la partition, et un orchestre au sommet de sa forme (avec notamment un pupitre de flûtes de très haut niveau).

Au cœur du dispositif, une danseuse (la très brillante ) : au début, elle est ligotée sur scène, comme promise à un sacrifice. Les images, ensuite, s’enchainent crescendo… On découvre une bacchanale semblant directement issue de la Fête de la Bière, des extraits en boucle de La Grande bouffe de Marco Ferreri, une bouche immense et rouge d’où sort la soprano solo vêtue d’une robe en lamé doré, des symboles masculin et féminin flottants, entrelacés, au-dessus de la scène, de surprenantes créatures volantes et dansantes, des jeux de masques, un bourreau bodybuildé, une séance de lap dancing… Ce maelström foutraque pourra gêner les adeptes de la solennité grandiose du tourbillon élémentaire de . Reste qu’il épouse le «synopsis» de l’œuvre dont la structure en cinq sections est respectée. se borne à en donner une version éminemment contemporaine, représentative d’une certaine post-modernité «berlinoise». Amour, vie, violence, mort… Toute l’existence est sur le plateau. Elle explose, vole, chante, bascule et bouscule…

Crédit photographique : © Kranichphoto

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Berlin. Deutsche Oper. 24-X-2009. Carl Orff (1895-1982) : Carmina Burana, Cantiones profanae cantoribus et choris cantandi comitantibus instrumentis atque imaginibus magicis, cantate scénique sur des poèmes du Moyen-âge. Mise en scène : Götz Friedrich et Peter Sykora. Chorégraphie : Marc Bogaerts. Avec : Burcu Uya, soprano ; Markus Brüc, baryton ; Jörg Schörner, ténor ; Beate Vollack, Charlotte Butler, danseurs. Chor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœur : William Spaulding) et Kinderchor der Deutschen Oper Berlin (chef de chœur : Dagmar Fiebach). Orchestre du Deutsche Oper Berlin, direction : William Spaulding

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