Les dix symphonies d’Alfred Schnittke : Post-nucléaire !

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Alfred Schnittke (1934-1998) : intégrale des symphonies : n°0-n°9. Orchestre philharmonique royal de Stockholm, BBC National Orchestra of Wales, Stockholm Sinfonietta, Orchestre Symphonique de Göteborg, Orchestre symphonique de Norrköping, Cape Philharmonic Orchestra, direction : Leif Segerstam, Eri Klas, Tadaaki Otaka, Okko Kamu, Neeme Järvi, Lü Jia et Owain Arwel Hughes. 1 coffret de 6 CD BIS. Référence : CD 1767/68. Code barre : 7 318591 767688. Enregistré entre 1988 et 2008. Notice de présentation en : anglais, allemand et français. Durée : 7h13

 

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Bis continue de frapper fort et propose, en coffret économique (six disques pour le prix de deux), l’une des sommes symphoniques les plus énigmatiques mais essentielles du siècle dernier : les dix symphonies d’.

Près de vingt ans de travail, six orchestres et sept chefs ont été nécessaires pour boucler cette somme parue au fil de l’imposante édition que Bis consacre à . Si la symphonie n°0 vit le jour au milieu des années 1950, l’essentiel de ces partitions fut composé après 1980. Progressivement le geste musical de Schnittke se fait plus économique et ascétique et la démesure des moyens (colossale symphonie n°2 avec orchestre, chœur et solistes) fait place à une épure abstraite du matériaux musical (symphonies n°7, n°8 et n°9) où la beauté se fait minérale et mâte. Les lignes mélodiques, suspendues dans le temps semblent évoluer au fil des fines fluctuations de l’orchestration ponctuée parfois d’une intervention acidulée d’instruments inattendus comme l’orgue, le piano ou le clavecin. Tels des bouleversement mécaniques, ils éclosent souvent, imperturbables après des déflagrations orchestrales.

Toutes ces pièces apportent un regard fascinant sur l’art de la symphonie à la fin du XXe siècle. Russe mais proche de la culture allemande par son héritage familial et sa vie en Autriche et Allemagne, Schnittke tente de synthétiser l’apport des grands symphoniques de Beethoven à Chostakovitch tout en embrassant les interrogations existentielles d’une génération soviétique mal à l’aise dans la rigidité et les mensonges d’un système agonisant. L’artiste se rattache aux formes connues pour exprimer ses angoisses et la tristesse inexorable de ses rêves.

La musique de Schnittke ne cesse pourtant de toucher par son côté tantôt orgiaque, tantôt intimiste ; le tout restant d’une noirceur et d’un pessimisme rarement atteint ! C’est tout compte fait une musique portée par une puissance granitique composant un long requiem orchestral de souffrances qui commence avec cette symphonie n°0 et se termine dans les ultimes notes de la symphonie n°9. Après ces sept heures de musique, il ne reste plus rien, tout est détruit et en ruines dans ce monde ravagé par des explosions nucléaires.

C’est toute l’histoire de la musique, avec de nombreuses citations et références (Mahler, Bruckner et Tchaïkovski, Beethoven, Chopin, Haydn…) qui se mêle aux contorsions expressives d’un artiste prisonnier dans un monde en effondrement et en proie aux doutes constants.

Ce coffret, très exigeant, nécessite une grande disponibilité d’écoute et surtout se pratique avec économie et parcimonie. Mais l’auditeur scrupuleux atteint un sommet émotionnel et musical. Si l’on devait tout de même conseiller une unique symphonie pour découvrir ce corpus (qui, on le répète n’a une logique que dans sa globalité), il faut se tourner vers la symphonie n°3 (1981). Tout Schnittke, sa grandeur épique, sa tragédie, son dramatisme, sa volonté de fusionner toute l’histoire de la musique sont dans ce chef d’œuvre !

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