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Simon Keenlyside : beau, beau, beau mais…

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Genève. Grand Théâtre. 05-II-2010. Gabriel Fauré (1845-1924) : Mandoline op. 58/1 ; En sourdine op. 58/2 ; Green op. 58/3 ; Notre amour op. 23/2 ; Fleur jetée op. 39/2 ; Spleen op. 51/3 ; Madrigal de Shylock op. 57/2 ; Aubade op. 6/1 ; Le papillon et la fleur op. 1/1. Maurice Ravel (1875-1937) : Histoires naturelles. Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48. Simon Keenlyside, baryton ; Malcolm Martineau, piano


Alors que les Genevois avaient pu l’applaudir précédemment, a gagné la sympathie du public du Grand Théâtre avec ses formidables prestations du rôle-titre d’Hamlet d’Ambroise Thomas aux côtés d’une sublime Natalie Dessay en septembre 1996 et avec son Pélleas de février 2000 avec l’extraordinaire Mélisande d’Alexia Cousin, une soprano depuis lors malheureusement consumée aux flammes de sa propre notoriété. La sympathie du personnage, son talent, son allure, sa présence scénique l’ont depuis porté au faîte d’une carrière qui semble ne pas connaître l’éclipse. C’est, chargé de ce capital de sympathie, qu’après quelque dix ans d’absence de la scène genevoise que revenait à Genève pour un récital.

Un récital dont la première partie est consacrée à la mélodie française. D’emblée, Simon Keenlyside surprend par son extrême sens de la déclamation. Rien dans sa diction ne laisse supposer que le baryton est d’origine et de langue maternelle anglaise. Cette aisance déclamatoire lui permet de souvent toucher aux sens les plus cachés de la prosodie. Comme dans Spleen de où le poème de Paul Verlaine se transforme en une tragique complainte d’amoureux. Mais, peut-être est-ce dans les Histoires naturelles de que la subtilité linguistique de Simon Keenlyside touche au plus près de l’émotion. Ainsi, il sait faire attendre jusqu’au dernier vers du Cygne pour faire saillir l’humour de Jules Renard.

Ce récital d’une très haute tenue révèle cependant un léger malaise. Tout cela est beau, beau, beau mais, dès les premiers chants, le baryton semble extrêmement tendu, comme anxieux. Ses doigts ne cessent de s’agiter, ses mains saisissent nerveusement les bords du piano, puis se déplacent sur le revers de sa veste pour se retrouver bientôt jointes pendant quelques secondes avant de reprendre leur manège. Pourtant cette nervosité ne semble pas troubler la voix du baryton qui conserve toute sa prestance. Tout au plus sent-on une moins grande implication artistique dans certaines de ses interprétations. On se trouve souvent au bord du sublime mais, comme si Simon Keenlyside n’arrivait pas à se lâcher, on le sent retenu. Depuis les ans, la voix du baryton s’est assombrie et si le registre grave accuse une solide assise, l’extrême grave reste cependant parfois entaché de quelques rugosités. Seraient-ce là les raisons de son trouble ?

La seconde partie du récital est réservée au Dictherliebe de . Comme en première partie, Simon Keenlyside surprend par sa maîtrise de la langue. Enchaînant pratiquement sans aucune pause un chant après l’autre, il donne à ce cycle l’impression d’une continuité extraordinaire. Si la nervosité qu’on remarquait dans ses mains ne semble pas avoir cessé, la voix reste immuablement belle et bien dosée. L’intimité des poèmes et des mélodies ne pousse pour autant pas le baryton dans la mièvrerie. Capable des sons les plus doux et d’un phrasé au legato magnifique à l’image de son Im wunderschön Monat Mai, il peut éclater de puissance comme dans Im Rhein, im heiligen Strome.

Artisan exceptionnel de ce très beau récital, l’accompagnement de est à louer à plus d’un effet. En très grande forme, dispensant son touché de cristal, il a su donner une saveur musicale d’une grande beauté et offrir au soliste un soutien d’une sensibilité extrême. L’évidente quoique retenue complicité des deux protagonistes rendait l’auditoire silencieux d’admiration et d’attention. Le public comblé et distribuant chaleureusement ses applaudissements aura droit à quatre bis de lieder de Brahms et de Schubert de la même veine musicale que le récital prouvant, si besoin était, l’admirable préparation de cette visite sur la scène genevoise du Grand Théâtre.

Crédit photographique : photo © Uwe Arens

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Genève. Grand Théâtre. 05-II-2010. Gabriel Fauré (1845-1924) : Mandoline op. 58/1 ; En sourdine op. 58/2 ; Green op. 58/3 ; Notre amour op. 23/2 ; Fleur jetée op. 39/2 ; Spleen op. 51/3 ; Madrigal de Shylock op. 57/2 ; Aubade op. 6/1 ; Le papillon et la fleur op. 1/1. Maurice Ravel (1875-1937) : Histoires naturelles. Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48. Simon Keenlyside, baryton ; Malcolm Martineau, piano

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