Banniere-clefsResMu728-90

Non loin du Paradis

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Cité de la musique. 07-II-2010. Robert Schumann (1810-1856) : Das Paradies und die Peri op. 50. Mise en espace : André Wilms. Lumières : Hervé Audibert. Avec : Solveig Kringelborn, La Péri ; Pauline Courtin, La jeune fille ; Elodie Kimmel, soprano ; Maria-Riccarda Wesseling, contralto ; Catherine Padaut, Kristina Vahrenkamp, Violaine Lucas, Marie-Georges Monet, Quatre Péris ; Pavol Breslik, ténor ; Olivier Coiffet, Le premier jeune homme ; David Lefort, Le second jeune homme ; Nicolas Rouault, L’homme ; Shadi Torbey, basse. Accentus, Chœur de la Radio Flamande (chef de chœur : Bart Naessens), Brussels Philharmonic, direction : Laurence Equilbey.

Das Paradies und die Peri

Dans l’œuvre de Schumann, telle qu’elle est communément appréciée aujourd’hui, l’admiration se concentre sur les pièces pour piano, les lieder et la musique de chambre, au détriment des œuvres de plus grande envergure : les symphonies sont bien connues, sinon bien aimées, tandis que Genoveva, Manfred et les oratorios demeurent des raretés. Le Paradis et la Péri (1843) est une imposante féérie exotique, dont le personnage principal, une péri (génie oriental) s’efforce d’être admise au Paradis. Le sujet, inspiré d’un poème moral de Thomas Moore, et le genre même de l’oratorio peuvent paraître éloignés du goût moderne, et c’est sans doute pour cela que la Cité de la musique présente l’œuvre (bizarrement amputée d’un seul morceau, le n° 13 !) sous la forme d’un «concert scénique». Les chanteurs entrent, sortent et se déplacent autour de l’orchestre, tandis que des éclairages accompagnent le déroulement du conte. L’expérience est plutôt réussie, même si l’on est encore loin de l’art «total» dont se réclame . C’est avant tout la beauté de la partition qui soutient l’intérêt : tout en préfigurant Tannhaüser (1845), Schumann retrouve la tendresse naïve de La Flûte enchantée et des oratorios de Haydn.

Il faut à l’évidence beaucoup d’énergie et de subtilité à la fois pour faire vivre cette pièce sans l’alourdir, ni affadir ses couleurs. On ne saurait donc faire grief à de quelques décalages et de quelques pailles chez les violons quand on mesure les risques qu’elle prend pour donner le plus de relief possible à l’ensemble. Elle met bien en valeur la clarté de l’orchestre, obtenant d’appréciables nuances des pupitres de violoncelles et de cuivres. L’ensemble choral formé par et la Radio Flamande est un peu massif dans les interventions féériques, mais l’étoffe est belle, le chant convaincant et très sûr.

De la distribution, se détache par la beauté du timbre et l’art de la diction. Moins impressionnants, , en Narrateur, et sont cependant excellents et raffinés, et les nombreuses parties secondaires sont bien tenues. Dans le rôle principal, qu’elle a enregistré avec Sylvain Cambreling, se montre vraiment touchante, et, à part un ut final peu épanoui, il n’y a rien à reprocher à son chant éloquent. Au terme de cette attachante fresque, le public salue l’apothéose de la péri avec un enthousiasme compréhensible.

Crédit photographique : © Emilio Brizzi

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.