Festivals, La Scène, Musique symphonique

Là se promènent les navires, et ce Léviathan…

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Paris, Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. 16-III-2010. Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Symphonie n° 1 « A Sea Symphony ». Nathalie Manfrino, soprano ; Alain Buet, baryton ; Chœur de Paris-Sorbonne (chef de chœur : Denis Rouger), Orchestre de Paris-Sorbonne, direction : Johan Farjot.

Festival « Voix du Printemps »

Ouverture grandiose pour le Festival «Voix du Printemps», avec A Sea Symphony (1910), la première des neuf symphonies de Vaughan Williams. On peut être rétif à cette veine, et pourtant la candeur robuste de Walt Whitman, son éloquence tumultueuse et incantatoire, ont-elles jamais trouvé traduction musicale plus appropriée ? Pour peu que l’on se laisse envelopper par cette épopée océanique, dont le pouvoir d’évocation brouille les notions de temps et de lieu, l’expérience est extraordinaire, et suffisamment rare en France pour que l’on s’en délecte.

Malgré l’absence de Bernard Giraudeau, prévu en récitant, et une acoustique réverbérante, les forces de Paris-Sorbonne donnent la pleine mesure de l’œuvre. soutient l’ensemble sur ses épaules, en garantissant des tempos énergiques et des transitions bien huilées. Face à un chœur sonore et enthousiaste, l’orchestre semble assez déséquilibré, avec des cordes un peu timides, mais de remarquables interventions des vents et des cuivres. La performance des choristes est à saluer : la diction est soignée, les couleurs homogènes et les voix bien conduites. Quant aux solistes, ils sont particulièrement bien choisis pour des parties exigeantes : , au timbre chaleureux, au chant noble et à la prononciation parfaite, excelle dans les dialogues où les choristes, tels des matelots avec le quartier-maître, répètent l’air qui vient d’être entonné. séduit par la fraîcheur du timbre et la sûreté de sa technique sur toute la tessiture.

Malgré la vaillance de tous, la longueur de l’œuvre occasionne des baisses de régime : le scherzo écumant et bouillonnant trouve le chœur moins assuré, et les deux premières strophes du Finale se ressentent d’une fatigue dans l’intonation et le phrasé. Comme pour compenser cette faiblesse, le chef fait avancer le discours, au détriment de la mélancolie qui devrait accompagner Adam et Ève «descendant des jardins de l’Asie». Cependant, avec l’avènement du Poète, «le vrai fils de Dieu, chantant ses chants», tous les musiciens retrouvent le ton de l’exaltation, avant que ce vaste poème de la mer ne s’éteigne doucement, comme un navire qui disparaît, au loin, à l’horizon.

Crédit photographique : © D. Levy

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Paris, Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. 16-III-2010. Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Symphonie n° 1 « A Sea Symphony ». Nathalie Manfrino, soprano ; Alain Buet, baryton ; Chœur de Paris-Sorbonne (chef de chœur : Denis Rouger), Orchestre de Paris-Sorbonne, direction : Johan Farjot.

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