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Aux portes du paradis

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Cathédrale Saint-Étienne. 24-VI-2010. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Vespro della Beata Vergine. Adriana Fernandez, Anne Magouët, sopranos ; Jean-Louis Comoretto, Jean-Yves Guerry, Marc Pontus, altos ; Bruno Boterf, Vincent Bouchot, ténors ; Furio Zanasi, baryton ; Yves Bergé, Renaud Delaigue, basses ; Chœur du Théâtre national du Capitole de Toulouse (chef de chœur : Alfonso Caiani). Les Sacqueboutiers de Toulouse. Direction  : Jean-Pierre Canihac

de Toulouse

Quel manque de clairvoyance a pu avoir le pape Paul V en ce jour de mars 1610, lorsqu’il refusa cet office de vêpres, qui lui était pourtant dédié, ainsi qu’une place et une bourse ecclésiastique pour le fils du compositeur, lequel n’obtint pas le poste escompté à Rome ! Non seulement la postérité n’a pas retenu le nom de Paul V, mais le chef d’œuvre des «Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie», dépasse en notoriété tout ce que l’on peut imaginer. Quatre cents ans plus tard, cet ensemble de 14 pièces (psaumes, hymnes, motets et sonates) est joué dans le monde entier selon un succès jamais démenti.

C’est justement pour célébrer ce quatrième centenaire que , le fondateur et animateur des Sacqueboutiers de Toulouse a proposé à Frédéric Chambert, le directeur du Théâtre du Capitole, d’associer leurs forces musicales au service de cet œuvre sacrée. L’aventure a séduit , le chef du chœur du théâtre lyrique, qui réalise un travail remarquable et risque sa phalange sur des sentiers que ne lui sont pas familiers. Plus habitués à Verdi qu’à Monteverdi, les choristes toulousains se sont engagés dans une unique célébration du maître de Saint-Marc. A contrario, cette œuvre majestueuse n’est pas une nouveauté pour et son ensemble de cuivres anciens. Avec quelque 250 exécutions en concert et 8 participations à des enregistrements sous les baguettes baroques les plus prestigieuses, le cornettiste avoue servir son œuvre fétiche.

Le résultat de ce travail de six mois dépassa toutes les espérances, tant la réussite fut éblouissante. L’osmose entre chœur, solistes et instrumentistes s’est fondue dans une harmonie exceptionnelle, faite d’enthousiasme et de subtilité. Dès la première acclamation en tutti «Domine ad adiuvantum Festina !» (Seigneur hâte-toi de me secourir) sur la fanfare initiale et révolutionnaire de l’Orfeo, composé trois ans plus tôt, le public qui emplissait la nef romane de la cathédrale toulousaine, a frémi pour ne retomber sur terre qu’à la dernière note de l’Amen concluant le Magnificat final. Ce fut une heure et demie de bonheur céleste en apnée du monde extérieur !

Connaissant les redoutables pièges acoustiques de la cathédrale Saint-Etienne, avait particulièrement travaillé la disposition de ses troupes afin de jouer de la spatialisation et de restituer au mieux les échos que cette musique composée pour Saint-Pierre de Rome, requiert. 18 choristes auxquels s’intégraient dix chanteurs solistes formaient un double chœur devant lequel 18 musiciens se répartissaient en deux orchestres. Le riche continuo se plaçait au centre avec l’orgue positif et le clavecin, tandis que les cordes, théorbe et chitarone étaient à l’avant, au plus près du public. Cela donne un relief formidable à la partition avec de somptueux échanges permanents entre les pupitres, le grand chœur, les solistes et les instrumentistes. C’est la meilleure des stéréophonies que l’on puisse imaginer !

Portés par la direction, souple, précise et humblement jubilatoire de Jean-Pierre Canihac, tous les protagonistes se sont surpassés. Il faut dire que la distribution était somptueuse avec un chœur de soliste comme on en rêve. Le trio de ténors , , rejoints par le grand Orfeo que fut fait des merveilles dans le Duo Seraphim. Les échanges entre les sopranos Adriana Fernandez et sont à se damner avec un Pulchra es d’une clarté céleste. Les basses Yves Bergé et Renaud Delaigues ne sont pas en reste, tandis que malgré leurs rares interventions, les trois altos, , Jean-Yves Guerry et Marc Pontus, forment un trio de luxe.

Les moments magiques furent nombreux, tant l’adéquation entre les voix et les instruments était parfaite. On retiendra cet instant de grâce où l’on ne distinguait plus la voix aérienne d’ du cornetto qui l’accompagnait. Et que dire de l’extraordinaire «sonata sopra Sancta Maria a 8» où les sopranos suivent le cantus firmus avec délicatesse, avant d’atteindre les sommets du Magnificat à 7 voix ? Comble de l’élégance, le chef d’un soir s’effaçait pour les airs et duos, tant l’écoute entre les solistes et le continuo était parfaite.

On regrettera seulement que ce concert fut unique et l’on réclamerait un enregistrement avec les mêmes forces. Il ne dépareillerait assurément pas dans la nombreuse discographie de l’ouvrage !

Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

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