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Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché. 09-VII-2010. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, dramma giocoso en 2 actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène et scénographie : Dmitri Tcherniakov ; costumes : Dmitri Tcherniakov et Elena Zayetsa ; lumières : . Avec : Bo Skovhus, Don Giovanni ; Kyle Ketelsen, Leporello ; Marlis Pettersen, Donna Anna ; Colin Balzer, Don Ottavio ; Anatoli Kotscherga, Il Commendatore ; Kristine Opolais, Donna Elvira ; Kerstin Avemo, Zerlina ; David Bizic, Masetto. English Voices (chef de chœur : Tim Brown). Jory Vinicour, pianoforte. Freiburger Barockorchester, direction : Louis Langrée

Don Giovanni

Radical. C’est le moindre qu’on puisse dire de la mise en scène, abondamment sifflée par le public aixois, de qui revisite de fond en comble Don Giovanni.

Mérite-t-elle autant d’opprobre ? Certes, Tcherniakov a plus d’une fois désorienté, surtout après le mémorable ratage que fut Macbeth à l’Opéra de Paris. Pour ce Don Giovanni, il choisit un intérieur bourgeois, lieu unique d’une affaire de famille. Le Commandeur est le PDG d’une holding familiale, Donna Anna et Donna Elvira ses filles, Don Ottavio et Don Giovanni ses beaux-fils, Zerlina le fruit d’un premier mariage de Donna Anna et Leporello un cousin éloigné. Seul Masetto, futur beau petit-fils du Commandeur, garde son statut originel de fiancé de Zerlina. Dans cette famille bien réglée, Don Giovanni apporte sa part de démence et va mettre à mal le bon ordre bourgeois. A l’instar de Randle P McMurphy dans Vol au dessus d’un nid de coucou, Don Giovanni – à qui Tcherniakov donne les traits de Jack Nicholson – dérange en étant lui-même de plus en plus dérangé. Les références cinématographiques du séducteur irrésistible et métaphysique abondent : Teorema, Festen, et surtout La Caduta degli Dei (en français : Les Damnés) de Visconti, dont le début n’est pas sans rappeler les premières scènes du Don Giovanni de Mozart / Da Ponte. Donna Anna, Donna Elvira et Zerlina sont littéralement captivées par Don Giovanni au point d’en perdre toute raison. C’est finalement Don Ottavio qui tire les ficelles du jeu, poussant Leporello a jouer un rôle d’espion, embauchant un sosie du Commandeur pour troubler Don Giovanni et mettant en scène la chute finale d’un héros cardiaque gagné par la folie. Quoi qu’on en pense, quoi qu’on en dise, le propos de Tcherniakov se tient. Il prend au mot tous les sous-entendus du livret de Da Ponte, renverse certaines situations, donne de l’importance aux personnages considérés comme «falots» (le Commandeur, Don Ottavio, Masetto) et pousse les chanteurs dans leurs derniers retranchements d’acteur. Ça se paluche et se galoche sur scène à tout va, entre filles, entre garçons, entre filles et garçons, voire à plusieurs… Pour Tcherniakov, Don Giovanni est celui qui dérange, qui met à mal l’ordre établi et une morale de façade, et qu’il faut éliminer, coûte que coûte.

Le plateau, théâtralement très bon, reste inégal au niveau musical. On ne peut être et avoir été : n’est plus que l’ombre de lui-même. Bon acteur et fin musicien, il compense comme il peut une voix usée à l’émission sourde et aux aigus poussifs. Son Don Giovanni crève la scène à défaut de réjouir les tympans. Du côté de ses dames la déception prime. Marlis Pettersen hurle avec hystérie ses aigus – quoique ça corresponde au personnage voulu par le metteur en scène, Kristine Opolais savonne ses vocalises au point de se fourvoyer dans «Mi tradi quell’alma ingrata», possède un joli timbre mais n’a pas la voix de Zerline, au point de poitriner et caverner dans le registre grave. Coté messieurs nous sommes mieux servis : , outre une brillante présence en cocu magnifique et vengeur, offre ses deux airs avec la même finesse, tout en messa di voce, sans jamais forcer. et David Bizic campent honnêtement leurs rôles respectifs, mais le vainqueur de l’applaudimètre reste sans doute , un des meilleurs Leporello actuels.

Dans la fosse, le régal est de même : nous donne avec le un Don Giovanni intensément lyrique, aux couleurs orchestrales toujours renouvelées. Le son est soyeux, aucune raideur ne vient gâcher l’ensemble, les tempos, dans l’ensemble vifs, participent à cette lecture dynamique et enjouée. Un Don Giovanni mémorable, dans lequel il faudra revoir quelques points de distribution, mais qui est à reprendre et à fixer sur support vidéo.

Crédit photographique : (Leporello) © Pascal Victor / Artcomart

 

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Aix-en-Provence, théâtre de l’Archevêché. 09-VII-2010. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, dramma giocoso en 2 actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène et scénographie : Dmitri Tcherniakov ; costumes : Dmitri Tcherniakov et Elena Zayetsa ; lumières : . Avec : Bo Skovhus, Don Giovanni ; Kyle Ketelsen, Leporello ; Marlis Pettersen, Donna Anna ; Colin Balzer, Don Ottavio ; Anatoli Kotscherga, Il Commendatore ; Kristine Opolais, Donna Elvira ; Kerstin Avemo, Zerlina ; David Bizic, Masetto. English Voices (chef de chœur : Tim Brown). Jory Vinicour, pianoforte. Freiburger Barockorchester, direction : Louis Langrée

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