Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Ciccolini, Angelich : l’élève et son maître

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Biarritz. Grand Casino. 08-IX-2010. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes n°1 en fa majeur op. 15, n°1 en fa mineur op. 55, n°2 en mi bémol majeur op. 55  ; Études n°1 en la bémol majeur op. 25, n°10 en si mineur op. 10, n° 11 en la mineur op. 10, n°12 en ut mineur op. 10  ; Mazurkas n°1 en la mineur op. 59, n°2 en la bémol majeur op. 59, n°3 en fa dièse mineur op. 59. Franz Liszt (1811-1886) : Paraphrase de Aida, Paraphrase de la mort d’Yseult, Harmonies poétiques et religieuses. Nicholas Angelich, Aldo Ciccolini, piano

Festival Musique en Côte Basque

Rien n’était plus naturel pour les organisateurs du festival Musique en Côte Basque que d’offrir une large scène au grand pianiste , qui accompagne ce festival depuis avant même sa création. C’est ainsi qu’il a fait une fois de plus chavirer le public lors du concert du 50e anniversaire en l’église de Saint-Jean-de-Luz avec deux nocturnes op. 48, une Tarentelle op. 43, trois Marzurkas (op. 59), la Polonaise-Fantaisie op. 61 de Chopin et le monument des Tableaux d’une exposition de Moussorgski, qu’il interprète comme personne depuis des décennies. Ce maître du piano français et Italien fut également un grand professeur et à 85 ans, il a toujours plaisir à jouer avec quelques-uns de ses élèves les plus emblématiques.

Mardi 31 août, il présentait à l’église d’Urugne le très prometteur Gabriele Carcano dans un programme Chopin, Fauré, Liszt, Ravel et ce mercredi 8 septembre, il devait jouer une ambitieuse construction autour de Schumann, Chabrier, Debussy et Ravel à deux pianos avec . Las, la santé du maître est devenue fragile et le temps leur a manqué pour répéter suffisamment ce programme conséquent. Il en fallait plus aux organisateurs du festival, qui en un demi-siècle, ont appris à modifier les programmes en dernière minute lorsqu’il ne s’agissait pas de dégoter un soliste à travers la France et l’Europe pour remplacer un artiste défaillant. Les festivaliers se souviennent d’ailleurs du 11 septembre 2001 où sans nouvelles de ses parents après l’annonce des attentats de New York, , qui est franco-américain, décida d’annuler la répétition sans savoir s’il jouerait le soir à Anglet. C’est après un appel à son ami Renaud Capuçon à Jérusalem qu’ils décidèrent de jouer, démontrant que l’art est plus fort que la barbarie… À la place de cette rencontre à deux pianos, ils ont rapidement concocté une soirée romantique autour d’œuvres de Chopin et Liszt, une sorte de récital partagé un peu comme une soirée entre amis dans l’intimité à Nohant.

La haute stature de impressionne toujours lorsqu’il entre en scène et l’on se demande comment un tel géant peut traiter les petites formes de Chopin, qu’il fréquente pourtant depuis sa plus tendre enfance. Considéré comme un pianiste d’une grande finesse, il interprète trois Nocturnes de façon poétique et inspirée, enchaînant sur quatre Etudes fluides avec une «Révolutionnaire» plus héroïque que protestataire. Méditatives et rêveuses, les trois Mazurkas présentent un caractère mélancolique qu’accentue un certain détachement de Nicholas Angelich. Peut-être contrarié par un programme rapidement improvisé, on sent l’artiste assez peu concerné.

La démarche d’ est hésitante et il est quelque peu voûté sur le clavier, mais le toucher demeure intact. Nous sommes toujours en présence d’un grand maître du piano. Il maîtrise parfaitement la danse sacrée et le duo final de la Paraphrase d’Aïda de Liszt, dans laquelle le facétieux diable hongrois s’en donne à cœur joie de virtuosité d’écriture. Il y a là une légèreté ludique qui peut agacer certains puristes… Aldo Ciccolini emporte le public avec la Paraphrase sur la mort d’Yseult, très harmonique et d’une digitalité complexe. C’est à la fois un hommage de Liszt à son gendre tant admiré et un moyen de faire entrer les fureurs orchestrales de Wagner dans les intérieurs, à condition d’en avoir les capacités pianistiques. Enfin, le parrain du festival interpréta avec panache trois pièces du rare et très spirituel cycle des Harmonies poétiques et religieuses d’après des poèmes de Lamartine. Aldo Ciccolini donne une grande leçon de musique avec précision des doigtés, délicatesse des phrasés et surtout quel chant ! Comme un clin d’œil et pour se faire pardonner ce concert imprévu, Aldo Ciccolini et Nicholas Angelich ont joué à 4 mains en rappel la Pavane introductive de Ma mère l’Oye de Ravel.

Autre surprise de cette 50e édition, le retour de Roberto Benzi, à la tête de «son» Orchestre National de Bordeaux Aquitaine, qu’il contribua à créer, il y a une quarantaine d’années. Il illumina Saint-Jean-de-Luz en deux soirées : Ma mère l’Oye et Shéhérazade de Ravel avec Béatrice Uria-Monzon, suivi de Prélude à l’après-midi d’un faune et La Mer de Debussy le 3 septembre ; puis la 9e Symphonie de Beethoven avec Mélody Louledjian, Martine Olmeda, Gilles Ragon, David Bizic et l’Orfeon Donostiarra en clôture le 10 septembre.

Crédit photographique : Nicholas Angelich & Aldo Ciccolini © Alain Huc de Vaubert

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Biarritz. Grand Casino. 08-IX-2010. Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturnes n°1 en fa majeur op. 15, n°1 en fa mineur op. 55, n°2 en mi bémol majeur op. 55  ; Études n°1 en la bémol majeur op. 25, n°10 en si mineur op. 10, n° 11 en la mineur op. 10, n°12 en ut mineur op. 10  ; Mazurkas n°1 en la mineur op. 59, n°2 en la bémol majeur op. 59, n°3 en fa dièse mineur op. 59. Franz Liszt (1811-1886) : Paraphrase de Aida, Paraphrase de la mort d’Yseult, Harmonies poétiques et religieuses. Nicholas Angelich, Aldo Ciccolini, piano

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