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Une Enfance du Christ douce et intime par Laurence Equilbey

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Salle Pleyel. 28-IX-2010. Hector Berlioz (1803-1869) : L’Enfance du Christ, trilogie sacrée op. 25 (H 130. Vesselina Kasarova, Marie, Paul Groves, Récitant, Matthew Brook, Joseph, Laurent Naouri, Hérode / Le Père de famille, Jean-Louis Georgel, Polydore, Romain Champion, Centurion. Maîtrise de Paris (chef de chœur : Patrick Marco), Ensemble Accentus, Ensemble Orchestral de Paris, direction : Laurence Equilbey

À l’origine, L’Enfance du Christ est une supercherie du malicieux , qui présenta l’Adieu des bergers comme l’ouvrage miraculeusement retrouvé d’un maître de musique du XVIIe siècle, l’obscur Pierre Ducré. Berlioz intégra en conséquence à son langage des archaïsmes, colorations modales et références diffuses aux temps révolus. Éclectique, l’œuvre est atypique dans la production berliozienne et contraste avec d’autres compositions plus sonores. Elle mêle moments dramatiques et sections recueillies, et c’est la dimension intimiste que a choisi de mettre en valeur : peu de rage et de violence, mais réserve et discrétion.

D’emblée, son interprétation a été marquée par des nuances douces, même dans le songe agité d’Hérode. L’ensemble a rendu à la perfection, avec clarté et expression, le chant lugubre des devins annonçant au roi Hérode le massacre des Saints Innocents. Le duo de Marie et de Joseph a lui aussi baigné dans ce climat calme, sensible et presque contemplatif. Dans La Fuite en Égypte, lignes courbes et sobriété ont également dominé. Le célèbre chœur des bergers, avec les ponctuations des bois, a été interprété avec lyrisme et émotion. Après le récit du repos de la sainte famille, le chœur d’anges (la ) a su conclure cette séquence sur des aigus cristallins et éthérés d’une rare pureté.

L’arrivée à Saïs a été le point culminant de la trilogie, avec une direction plus liée et fluide, l’orchestre et les chanteurs étant rentrés dans l’atmosphère. Certains auditeurs en ont même oublié de tousser. L’interprétation de est restée sobre, mais s’est aussi davantage animée, notamment dans la fugue chorale dont les lignes étaient parfaitement audibles. Là encore, le travail des chœurs a été particulièrement remarquable. a incarné un père de famille avec une voix timbrée, mélodieuse et élégamment phrasée ; l’interlude instrumental pour deux flûtes et harpe a été intime, apaisé et même tendre. Les élans lyriques ont progressivement laissé place à l’apaisement dans la section finale, en particulier dans les dernières notes du chœur. Rares sont les chefs qui parviennent à créer un tel pianissimo (noté «pppp» sur sa partition par Berlioz), aussi pur et impalpable.

Crédit photographique : Laurence Equilbey © Jean-Louis Bergamo

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