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Hui He bouleversante Madama Butterfly

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Turin. Teatro Regio. 14-XI-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Damiano Michielettto. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Carla Teti. Lumières : Marco Filibeck. Avec : Hui He, Cio-Cio San ; Massimiliano Pisapia, B. F. Pinkerton ; Giovanna Lanza, Suzuki ; Simone Alberghini, Sharpless ; Paolo Maria Orecchia, Yamadori ; Riccardo Ferrari, l’oncle Bonze ; Ivana Cravero, Kate Pinkerton ; Marco Tognozzi, l’Officier d’état-civil ; John Paul Huckle, Le Commissaire Impérial ; Franco Rizzo, l’oncle Yakusidé. Chœur et Orchestre du Teatro Regio, direction musicale : Pinchas Steinberg

Quand au lever de rideau, une voiture arrive aux abords d’une place encombrée de petits commerces de fast food, de néons et d’affiches publicitaires, on perçoit quelques mouvements d’humeur d’un public déconcerté par l’image aussi éloignée de celle de la Madama Butterfly de nos parents. Quand au baisser de ce même rideau, la clameur triomphante du public s’élève, se mesure le chemin parcouru par le metteur en scène vénitien servi par dans ces deux heures d’un spectacle intense et bouleversant.

S’attachant à la lettre au livret de l’opéra qui mentionne que Cio-Cio San est une fille miséreuse de quinze ans vendue à un américain inconnu pour 100 yens, prend le parti de centrer l’histoire de Butterfly sur ce qui aujourd’hui se définirait comme du tourisme sexuel. Ainsi ce décor central d’une maison de verre dans laquelle se «vitrinent» quelques jeunes filles trop court vêtues devient le lieu où se trame la vie de cette Butterfly des temps modernes. Une Butterfly qui, malgré l’entourage d’une société d’indifférence conserve les valeurs de l’amour comme un mythe. Un mythe sincère, éperdu et perdant.

Malgré la froideur d’un décor sans poésie, la misère ambiante du lieu, sorte de cloaque des faubourgs de Nagasaki, le parti pris de Michieletto recrée l’amour de son héroïne avec passion tout en conservant son intimité et celle de son entourage. Dirigeant ses acteurs au travers d’un discours scénique précis et réfléchi, il raconte le drame avec sensibilité. Ne laissant jamais s’installer le hasard ni le vide, ses scènes sont souvent admirables d’humanité, comme celle du fils de Cio-cio San faisant voguer de petits bateaux en papier dans une misérable flaque d’eau, vivant un drame de son âge quand d’autres enfants viennent méchamment déchirer ses innocents jouets.

Dans cet univers apparemment peu propice aux sentiments de jeunes filles amoureuses, les protagonistes jouent le jeu de cette inhabituelle Butterfly qui, au fur et à mesure de l’avancement de l’intrigue conquiert l’émotion. Artisan majeure de cette transformation, la prestation de la soprano (Cio-cio San) déchire le cœur. Sa voix qui, aux premiers accents peut paraître trop lourde pour personnifier la jeune fille de quinze ans, peu à peu s’empare du drame puccinien pour bientôt envahir le théâtre de la douleur extrême de l’abandon. Superbe comédienne, admirable de diction, elle nous emmène dans sa douleur sans jamais surjouer le drame. Profondément humaine, donnant sens à chaque mot, lorsqu’aux ultimes accords, elle s’écroule, on la sait morte sans que l’image sanglante de son suicide ne soit nécessaire. Son théâtre accompagné de celui du metteur en scène suffit à la suggestion. Si la mise en scène centre son action sur Cio-cio San, les autres protagonistes de cette brillante distribution ne déméritent jamais. A l’image de l’admirable Sharpless du baryton italien , ou du brillant (Pinkerton) dont la clarté des timbres régale une école de chant italien de plus en plus rarement entendue sur nos scènes. Remarquable la courte apparition d’Ivana Cravero (Kate Pnkerton) qui, malgré la brièveté de son intervention vocale, habite la scène avec une présence et une justesse du geste extraordinaire.

Si Cio-cio San habite la scène grâce à la main du metteur en scène, elle est sublimée par l’apport d’une direction d’orchestre inspirée. Sous sa baguette, grandit la musique de Puccini et dirige un orchestre du Teatro Regio rarement aussi coloré, aussi brillant.

Au terme de cette soirée, les commentaires enthousiastes du public étaient unanimes à affirmer le caractère exceptionnel de ce spectacle. Un heureux renouvellement de la tradition du chant de l’opéra italien, avec son caractère si admirablement excessif qui, malgré la modernité des décors et de la mise en scène, conserve l’identité du spectacle total.

Crédit photographique : (Madama Butterfly) ; (Sharpless), (Pinkerton), Hui He (Madama Butterfly) © Ramella&Giannese.

 

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Turin. Teatro Regio. 14-XI-2010. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly, opéra en trois actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Damiano Michielettto. Décors : Paolo Fantin. Costumes : Carla Teti. Lumières : Marco Filibeck. Avec : Hui He, Cio-Cio San ; Massimiliano Pisapia, B. F. Pinkerton ; Giovanna Lanza, Suzuki ; Simone Alberghini, Sharpless ; Paolo Maria Orecchia, Yamadori ; Riccardo Ferrari, l’oncle Bonze ; Ivana Cravero, Kate Pinkerton ; Marco Tognozzi, l’Officier d’état-civil ; John Paul Huckle, Le Commissaire Impérial ; Franco Rizzo, l’oncle Yakusidé. Chœur et Orchestre du Teatro Regio, direction musicale : Pinchas Steinberg

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