Une Veuve Joyeuse et polyglotte à Genève

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre. 23-XII-2010. Franz Lehár (1879-1948) La Veuve Joyeuse, 
opérette en trois actes sur un livret de Victor Léon et Léo Stein, d’après L’attaché d’ambassade d’Henri Meilhac. Mise en scène : Christoph Loy. Décors : Christian Schmidt. Costumes : Ursula Renzenbrink. Eclairages : Olaf Winter. Chorégraphie : Thomas Wilhelm. Avec Annette Dasch, Hanna Glawari ; Johannes Martin Kränzle, Prince Danilo ; Bernard Richter, Camille de Rossillon ; Jennifer Larmore, Valencienne ; José Van Dam, Baron Zeta ; Silvia Fenz, Njegus ; José Pazos, Cascada ; Fabrice Farina, St. Brioche ; Wolfgang Barta, Kromov ; Cristiana Presutti, Olga Kromov ; Romaric Braun, Bogdanovitch ; Magali Duceau, Sylviane Bogdanovitch ; Omar Garrido, Pritschitsch ; Rosale Berenger, Praskovia Pritschitch ; Daniela Stoytcheva, Critiana Presutti, Rosale Berenger, Magali Duceau, Lubka Favarger, Dominique Cherpillod, les grisettes. Chœur du Grand Théâtre de Genève (Direction : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande. Direction musicale : Rainer Mühlbach.

Avec ce spectacle de La Veuve Joyeuse de , Christoph Loy signe un divertissement bien emmené même si parfois déroutant. S’inspirant de la Genève internationale, l’ambassade du Pontevedro où se déroule l’intrigue, se veut polyglotte. Ainsi, la langue française côtoie l’anglaise et l’allemande dans les dialogues adaptés par le metteur en scène allemand. L’idée de cette internationalisation du propos scénique est plaisante et intéressante. Pourtant, comme souvent dans le domaine de l’opérette, les chanteurs sont des acteurs de théâtre insuffisants. Ainsi, le volume des voix chantées et des voix parlées accuse de telles différences de volume que la compréhension des dialogues s’avère difficile. Surtout avec une ouverture de scène est aussi grande qu’ici. De plus, comme certains protagonistes ne jouissent pas de la maîtrise totale de la langue dans laquelle ils doivent s’exprimer et qu’ils ne réussissent pas aisément à passer d’une langue à l’autre comme le prévoit cette production, il s’avère parfois difficile de saisir les dialogues sans obliger le regard vers les surtitres et perdre ainsi le fil de l’action.

Si d’une manière générale, la mise en scène de Christoph Loy ne manque pas d’idées, il peine à aller au bout de celles-ci. La sauce ne prend pas toujours et, bien souvent, le soufflé retombe. Plus à l’aise dans la direction d’acteurs que dans les mouvements des masses, il nous emmène cependant dans quelques scènes magnifiquement réussies et pleines d’authenticité, comme celle qui réunit, au début du second acte, le Prince Danilo et Hanna Glawani dans une superbe interprétation du fameux Heure exquise, qui me grise… où les deux protagonistes sont dans un dialogue amoureux admirablement retenu et émouvant. Des instants de beau théâtre qui semblent avoir allumé la scène qui, jusqu’à la fin du spectacle, retrouve une vie qu’on avait pas ressenti jusque-là.

Dans le décor grandiose et marbré de l’ambassade, les personnages de l’intrigue sont bien dessinés. Ainsi, le baron Zeta () est à la fois un cocu magnifique et un ambassadeur empressé pendant que sa Valencienne de femme () campe la plus caricaturale des Américaines qu’on puisse imaginer. Continuellement dans le dynamisme enjoué et forcé de la meneuse de plaisirs, elle énerve agréablement. Quoique comédien quelque peu statique, le ténor (Camille de Rossillon) surprend agréablement son monde avec sa voix bien posée qui allie puissance à un legato et un phrasé de belle tenue.

Dans le rôle-titre, est une Hanna Glawani sculpturale à souhaits. La soprano allemande, possédant entre autres notes de noblesse un premier prix de chant au Concours de Genève en 2000, est une excellente actrice. Elle charme son monde par une présence scénique de tous les instants. Osant courageusement se montrer en grand déshabillé (soutien-gorge et petite culotte), elle tient la scène sans faiblir. Seul bémol à cette très belle prestation, la voix, quoique fort belle, manque sensiblement de la puissance vocale nécessaire aux dimensions du Grand Théâtre de Genève.

Dominant le plateau du geste et de la voix, Johannes Martin Kränzle offre un Prince Danilo d’exception. Quelle aisance, quel naturel, quelle présence, quel charisme dans ce prince sorte de Falstaff exubérant. Alors qu’autour de lui on joue la comédie, le baryton est un véritable être de chair et de sang projeté dans un monde de paraître. Artiste tout entier dans l’intelligence du personnage, il n’est besoin de metteur en scène, de dialogues, de décors, de musique même pour que l’on ne ressente pas son immédiateté d’être. Véritable bête de scène, disant le texte avec une théâtralité formidable, point ne lui est besoin de la beauté du chant tant celui-ci est expressif. On attend avec impatience ses interventions.

Dans la fosse, l’ apparaît souvent bien timide sous la baguette imprécise de . Des décalages déstabilisants, particulièrement pour le Chœur du Grand Théâtre, à l’habitude si excellent, qu’ici, s’il ne déçoit pas vraiment, se montre bien en-deçà de ses habituelles prestations.

Crédit photographique : (BaronZeta), (Hanna Glawani), (Valencienne) ; Annete Dasch (Hanna Glawani), Johannes Martin Kränzle (Prince Danilo) © GTG/Monika Rittershaus

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