La part du lion pour Leonskaja

La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Cité de la Musique. 05-I-2011. Poème sans héros. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Prélude et fugue op. 87 n° 5, Préludes op. 34 n° 10, 8, 17, 19 et 21, Sonate pour violoncelle et piano op. 40, Mort, sixième des Six Romances sur des poèmes japonais op. 21, Sonate pour piano n° 2 en si mineur, op. 61, La Belle Vie, extrait du cycle De la poésie populaire juive op. 79. Sonia Wieder-Atherton, violoncelle ; Elisabeth Leonskaja, piano. Avec la voix d’Anna Akhmatova.

L’intelligence et la sensibilité du programme «Poème sans héros» donné à la Cité de la Musique dans le cadre du superbe cycle «Lénine, Staline et la musique», est à mettre au crédit de . Construite autour de la poétesse Anna Akhmatova et de son plus fameux poème Requiem, la soirée permettait de mettre en regard de courts et intenses extraits lus par Anna Akhmatova au soir de sa vie, avec des œuvres contemporaines de .

Alors que la poétesse voyait ses écrits interdits et qu’au pire de la terreur stalinienne ceux-ci se transmettaient non pas même sous le manteau, mais entre amis apprenant les textes par cœur, Chostakovitch bénéficiait de l’ambiguïté de la musique. Il pouvait glisser des accents dramatiques sous une simplicité d’expression compatible avec les canons esthétiques de l’Union des Compositeurs. C’est tout l’intérêt de ces correspondances où la poésie dénonce frontalement et avec hauteur ce que la musique fait comprendre à qui sait entendre – et Anna Akhmatova nous fait mieux entendre Chostakovitch.

sait s’entourer de musiciens de talents, comme Laurent Cabasso en 2005 ou Jan Talich en 2008. était sans doute, par son style hiératique hérité du Conservatoire de Moscou, par sa vie personnelle et artistique (elle travailla et se lia d’amitié avec Sviatoslav Richter avant de fuir l’URSS en 1978), la pianiste la plus à même d’affronter les mots d’Anna Akhmatova et d’offrir une voix à Chostakovitch. Elle l’a fait magnifiquement. Une fois n’est pas coutume, l’accord parfait entre les deux musiciennes a été rarement atteint, le piano souverain se détachant du violoncelle aux accents frêles et à la fougue manquant de netteté et de tranchant. Laissée seule face à Chostakovitch, Elizabeth Leonskaja dans la Sonate pour piano n°2 de 1943 nous a donné une leçon de style, et mieux, l’idée de ce que peut être le courage dans l’Histoire.

Crédit photographique : © Jean Mayerat

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