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Les forces vives du grand orchestre

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Cité de la musique. 12-I-2011. Igor Stravinsky (1882-1971) : Octuor pour instruments à vent ; Le Sacre du Printemps. Enno Poppe (né en 1969) : Markt. Ensemble Intercontemporain ; Orchestre du Conservatoire National supérieur de Paris ; avec la participation des Etudiants du CRR de Paris dans le cadre des « 100 ans de la rue de Madrid ». Direction Susanna Mälkki.

Salle comble et ambiance chaleureuse à la Cité de la Musique ce mercredi 12 janvier où bon nombre d’étudiants du CNSM et du CRR étaient venus soutenir leurs petits camarades qui côtoyaient ce soir les solistes de l’ dans un très beau programme d’orchestre. Deux des œuvres à l’affiche avaient été préparées en amont par les membres de l’Ensemble qui poursuivent leur mission pédagogique auprès des jeunes interprètes professionnels.

L’Octuor à vent d’ qui débutait la soirée avec les Solistes de l’Intercontemporain n’était certes pas une «Ouverture en fanfare» tant l’interprétation manquait de conviction et d’énergétique sonore. «Le jeu des éléments musicaux est la chose» écrit Stravinsky ; pour autant, cet esprit ludique et un rien théâtral qui fait vivre la forme stravinskienne n’habitait guère le jeu des interprètes ce soir, réduisant à une abstraction froide et ennuyeuse ce qu’André Boucourechliev définit comme «la musique, toute la musique et rien que la musique» !

La seconde pièce au programme balayait ce mauvais souvenir en révélant un des chefs d’œuvre de la production actuelle d’, Markt (Marché), une œuvre de 2009 mobilisant les forces vives du grand orchestre sous le geste efficace et la conduite exemplaire de . L’œuvre dans sa globalité relève du processus, évoluant, en trois étapes, du chaos tensionnel (une minute et demie de musique fragmentaire et éruptive) à une ordonnance toujours plus claire ; Poppe y exerce un art de la ligne aux courbes d’intonation subtiles que lui inspirent les modèles ornementaux et microtonaux des musiques de tradition orale. Comme dans bon nombre de pièces antérieures (Knochen, Öl), l’idée du rituel s’impose ici avec une force prégnante, plongeant l’auditeur dans l’écoute hypnotique d’un univers sonore raffiné et résolument singulier.

En seconde partie, l’orchestre du Conservatoire de Paris était seul en scène pour Le Sacre du Printemps, une véritable pierre de touche pour un jeune orchestre dont c’était, pour la majorité, une «prise de rôle». Si les premiers «tableaux» sont assurés avec un rien de fébrilité dans l’assise sonore et rythmique, l’orchestre gagne en cohésion à la faveur d’une direction qui redouble d’énergie pour faire circuler «ce sang neuf venant des barbares» et donner aux Jeux des cités rivales initiés par les timbales – magnifique Florian Cauquil – une puissance phénoménale. Chauffé à blanc, l’orchestre termine alors la première partie par une Danse de la terre d’anthologie traversée d’une vigueur juvénile incomparable. Après le très beau Nocturne qui ouvre la seconde partie, plus inégal dans son cheminement mais révélant l’étonnante qualité des timbres solistes, l’orchestre se mobilise de nouveau, abordant la Danse sacrale avec une énergie pulsatoire qui, au détriment des ciselures de détail, porte l’intensité incantatoire à son comble.

Crédit photographique : © Simon Fowler

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