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Salves de Maguy Marin : coup de grisou

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Dijon, Auditorium. 24-I-2011. Salves, pièce pour sept interprètes. Conception : Maguy Marin, en collaboration avec Denis Mariotte. Direction technique et lumières : Alexandre Béneteaud. Conception et réalisation du dispositif scénique : Michel Rousseau. Accessoires : Louise Gros et Pierre Treille. Costumes : Nelly Geyres. Son : Antoine Garry. Interprètes : Ulises Alvarez, Teresa Cunha, Matthieu Perpoint, Ennio Sammarco, Agustina Sario, Jeanne Vallauri, Vania Vaneau

L’immense scène de l’auditorium est transformée en une boite de couleur gris-fer pour servir de cadre afin que, (citons Hannah Arendt et le programme)» l’homme ouvre par sa présence une brèche dans le continuum du temps entre passé et futur»…

va proposer une vision noire de la condition humaine, qui correspond, pour elle, à ce qu’on appelle vulgairement une vallée de larmes : les sept danseurs entrent tour à tour sur cette scène en dévidant chacun un fil quasi invisible, sans bruit ni sonorisation, tels des Parques tissant le fil de la vie.

Le spectacle d’une heure et quart se déroule presque entièrement dans le noir, sur un fond intermittent de bruitages et d’enregistrements confus de paroles dans des langues européennes ; le tout diffusé par quatre magnétophones à bandes disposés sur la scène. De temps à autre, des séquences «figurées» sortent de l’ombre ; elles sont le plus souvent répétitives et toujours effectuées par des «danseurs» qui courent et s’agitent fébrilement. On observe pourtant une certaine rigueur dans la construction de la chorégraphie, qui est bâtie comme un immense crescendo.

On le comprend vite, tout n’est qu’agitation inutile en ce bas monde taraudé par le racisme, l’exploitation, l’intolérance, les dictatures policières, le fanatisme religieux et les guerres. Comme le dit le programme très philosophique qui cite Georges Didi-Huberman : il s’agit»d’élever, dans chaque situation particulière, cette chute à la dignité, à la beauté nouvelle, en faisant de cette pauvreté même une expérience selon la leçon de Walter Benjamin pour qui déclin n’est pas disparition». Atteint-on à la beauté suprême lors de l’entartage final symbolisant la lutte du même nom, et qui laisse les acteurs hors d’haleine ?

Force est de constater que l’art chorégraphique s’engage sur les mêmes chemins périlleux que ceux qu’empruntent les arts visuels, c’est-à-dire la conceptualisation à outrance, le minimalisme, voire le misérabilisme. La question se pose : est-ce encore de la danse ? Sans refuser les recherches ni regretter l’époque des pointes, on peut soupirer à juste titre après un spectacle qui soit autre chose qu’une «performance».

Crédit photographique : © Didier Grappe

La chronique du même spectacle à Paris:

Salves de Maguy Marin, radicalement politique

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Dijon, Auditorium. 24-I-2011. Salves, pièce pour sept interprètes. Conception : Maguy Marin, en collaboration avec Denis Mariotte. Direction technique et lumières : Alexandre Béneteaud. Conception et réalisation du dispositif scénique : Michel Rousseau. Accessoires : Louise Gros et Pierre Treille. Costumes : Nelly Geyres. Son : Antoine Garry. Interprètes : Ulises Alvarez, Teresa Cunha, Matthieu Perpoint, Ennio Sammarco, Agustina Sario, Jeanne Vallauri, Vania Vaneau

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